Modifié le 19 février 2020 à 20:38

La Commission européenne veut réguler l'intelligence artificielle

La Commission européenne veut réguler l'intelligence artificielle.
La Commission européenne veut réguler l'intelligence artificielle. 19h30 / 2 min. / le 19 février 2020
La Commission européenne a dévoilé mercredi matin des pistes pour réguler le vaste marché de l'intelligence artificielle. Ce dossier est crucial sur deux plans: économique et éthique.

Pour Bruxelles, l'intelligence artificielle est à la fois un formidable marché d'avenir et un domaine qui requiert précautions et protection puisqu'il repose sur une matière première assez singulière: les données, publiques mais aussi industrielles.

Mercredi, la Commission européenne a donc lancé une grande consultation avec tous les acteurs, entreprises, ONG, syndicats, qui doit durer trois mois. Elle veut ensuite faire des propositions de loi d'ici la fin de l'année pour encadrer l'usage de cet or blanc de l'avenir. Car l'Europe est la première puissance industrielle au monde et, contrairement aux Etats-Unis, elle n'a pas délocalisé à tout-va hors de son territoire. Elle dispose donc avec les données générées par l'industrie d'un trésor à exploiter.

Thierry Breton, le Commissaire européen au Marché intérieur, qui porte le dossier le souligne dans le 12h30 de la RTS: "L'avènement d'un nombre de plus en plus important de données, des données industrielles, par exemple l'organisation de villes intelligentes, la gestion d'un hôpital, mais aussi l'automatisation de plus en plus poussée de chaînes robotiques au sein d'une usine, tous ces éléments font partie des éléments qui vont nous permettre de générer beaucoup de données et ces données ont de la valeur à partir du moment où on sait les exploiter. C'est ce que nous voulons préparer pour qu'elles bénéficient directement aux entreprises européennes."

Les données personnelles ont fait la richesse des Google, Facebook et autre Alibaba. L'Union européenne ne veut pas rater le train des données industrielles et publiques. Elle veut aussi créer l’écosystème favorable à l’éclosion des grandes sociétés européennes dans ce domaine.

Plus l'utilisation est controversée, plus les règles seront strictes

Bruxelles est très claire: plus l'utilisation des données sera controversée, plus les règles seront strictes. La Commission envisage un traitement spécifique pour les données qui nous touchent de près, comme la santé ou l'éthique. "Il s'agit de nos vies, souvent de choses qui nous touchent souvent intimement", rappelle Thierry Breton, "et donc pour toutes ces applications, nous voulons être sûrs que sur des algorithmes d'intelligence artificielle, lorsqu'ils seront commercialisés avec leurs applications en Europe, ils respectent intégralement les valeurs auxquels nous sommes attachés."

A ce titre, la reconnaissance faciale est une question très sensible pour la Commission. C'est un domaine déjà partiellement régulé par la loi européenne sur la protection des données personnelles. Mais la technologie et ses applications n'en sont qu'à leurs débuts. Il faut être prudent, reconnaît Thierry Breton.

"Il y a des domaines où ça peut effectivement heurter notre loi et nos valeurs. Il y en a d'autres où c'est déjà plus accepté, comme dans certains aéroports. Il y a des domaines dans lesquels ça peut être utilisé sous des conditions strictes, d'autres où l'on pense qu'il faudra être beaucoup plus attentifs, et d'autres dans lesquels on pense qu'il faudra l'interdire. On se donne quelques mois pour regarder cette question, parce qu'elle est très délicate."

En la matière, les valeurs européennes sont loin, très loin, des pratiques en Chine.

Alain Franco/ebz

Publié le 19 février 2020 à 15:12 - Modifié le 19 février 2020 à 20:38