Modifié le 19 janvier 2020 à 09:13

La Hongrie rend gratuite la PMA pour renforcer sa natalité en chute libre

La Hongrie a lancé son "Programme national pour la reproduction", pour que les Hongrois fassent davantage d'enfants.
La Hongrie lance un "Programme national pour la reproduction" pour palier au déclin démographique Tout un monde / 2 min. / le 13 janvier 2020
La Hongrie, comme d'autre pays de l'Union européenne, est confrontée à un problème de dénatalité. Opposé à l'immigration pour renforcer la démographie, le Premier ministre Viktor Orban a décidé de rendre gratuite la procréation médicalement assistée (PMA).

Depuis 1981, la Hongrie perd des habitants, avec davantage de décès que de naissances. Les Hongrois, qui sont actuellement près de 10 millions, ne seront plus que 6 millions en 2070 si le déclin démographique continue à ce rythme.

Le Premier ministre Viktor Orban s'affiche en champion du redressement démographique. Mais pour le dirigeant nationaliste, qui a fermé ses frontières aux réfugiés, pas question de passer par l'immigration pour rééquilibrer la pyramide des âges. Il veut au contraire que les Hongrois fassent plus d'enfants, et vient pour cela de lancer son "Programme national pour la reproduction".

Cliniques de fécondation in vitro nationalisées

Cela ne veut pas dire pour autant que les Hongroises vont être forcées de procréer, comme dans la série "La servante écarlate"! Il s'agit de soutenir les couples qui n'arrivent pas à avoir des enfants, estimés à 150'000 en Hongrie. Pour les aider à réaliser leur rêve, le gouvernement veut dynamiser le système de la fécondation in vitro: il vient pour cela de nationaliser une demi-douzaine de cliniques privées spécialisées dans la fécondité.

"Mon gouvernement protège la vie. Nous sommes 'pour' la vie. Et nous voulons contrôler ce qui se passe dans la bio-éthique. Nous avons acheté ces cliniques pour que l'Etat soit le seul à s'occuper de cette question. Désormais, en Hongrie, la PMA sera gratuite", a annoncé Viktor Orban la semaine dernière.

PMA entièrement remboursée

Et le Premier ministre de préciser: la PMA, qui coûte environ 3300 euros (3570 francs) et était jusqu'ici remboursée à 70% par la sécurité sociale hongroise, sera entièrement gratuite à partir du 1er février prochain.

D'autres mesures veulent donner un coup de pouce aux familles: des taux de prêt à taux zéro pour les familles qui veulent acheter un appartement, l'exemption d'impôts pour les femmes qui ont au moins trois enfants, notamment. En place depuis dix ans, ces politiques ont porté leurs fruits. Selon le gouvernement, le taux de natalité a grimpé de 1,2 enfant à 1,5 enfant par femme.

Mais cela reste insuffisant: il faudrait en effet atteindre le seuil de deux enfants par femme pour assurer le remplacement des générations. Le grand problème, c'est que de nombreux Hongrois - entre 600'000 et un million - ont émigré à l'étranger pour des raisons économiques, ou parce qu'ils ne supportent pas le régime autoritaire de Viktor Orban. Et comme ce dernier refuse d'accueillir des immigrants, la population continue de baisser.

Le dernier espoir du gouvernement aujourd'hui, ce sont les couples infertiles. La secrétaire d'Etat à la famille Katalin Novak en est convaincue: "Si tous les couples qui désirent un enfant arrivent à avoir un bébé, la Hongrie n'aura plus de problème démographique."

Dénatalité forte dans toute l'Europe de l'Est

Le problème d'une population qui diminue dépasse toutefois largement la Hongrie. Les statistiques de l'ONU montrent qu'un tiers des pays membres de l'Union européenne subissent un déclin démographique.

>> Lire aussi: L'Italie atteint son niveau le plus bas de naissances depuis le XIXe siècle

Mais c'est dans les pays d'Europe de l'Est que le phénomène est le plus rapide. "Deux processus se combinent", explique Clémentine Rossier, professeure à l'Institut de démographie et socio-économie de l'Université de Genève. "D'une part, ce sont des pays où la fécondité a baissé depuis les années 1990, avec la fin de l'ère communiste. Les jeunes ont retardé le moment de faire des enfants, la natalité a baissé de manière très prononcée. La situation économique était difficile, et elle reste moins favorable qu'à l'Ouest", expose-t-elle dans l'émission Tout un monde.

L'autre facteur est l'importante émigration que connaissent ces pays, qui contribue à une baisse de la population.

Pour contrer ce phénomène, les politiques familiales volontaristes peuvent faire une différence, note Clémentine Rossier. "Plus efficaces que les incitations financières telles que proposées en Hongrie, les aides à la conciliation travail-famille se sont prouvées particulièrement efficaces pour remonter la fécondité d'un pays", souligne la professeure.

>> Ecouter les explications de Clémentine Rossier dans Tout un monde:

La Suisse comptait plus de 8,5 millions d'habitants en 2018.
Monika Flueckiger - Keystone
Tout un monde - Publié le 13 janvier 2020

Florence Labruyère/kkub

Publié le 19 janvier 2020 à 08:28 - Modifié le 19 janvier 2020 à 09:13