Modifié le 29 décembre 2019 à 13:15

L'attitude des Etats-Unis dans le cas Assange "rappelle un régime dictatorial"

Nils Melzer a rendu visite en prison à Julian Assange, à Londres, au début du mois de mai 2019.
Le rapporteur de l'ONU contre la torture s’inquiète d’un jugement de Julian Assange aux Etats-Unis Le 12h30 / 1 min. / le 29 décembre 2019
Le Zurichois Nils Melzer, rapporteur de l'ONU contre la torture, réprimande la justice américaine, mais aussi le Conseil fédéral, qui reste silencieux sur le cas du fondateur de Wikileaks, Julian Assange, détenu en Grande-Bretagne.

Dans une interview avec le SonntagsBlick, le Zurichois Nils Melzer souligne que la manière de faire des Etats-Unis avec le cas Assange "est inacceptable au regard de l'Etat de droit et rappelle un régime dictatorial, mais pas une démocratie moderne".

La justice britannique doit décider prochainement si elle autorise ou non l'extradition de l'Australien vers les Etats-Unis pour espionnage. En 2010, WikiLeaks avait publié plus de 700'000 documents confidentiels sur les activités militaires et diplomatiques américaines.

Une cour américaine très sévère

Nils Melzer indique qu'en cas d'extradition, Julian Assange devrait être jugé aux Etats-Unis par la Cour fédérale d'Alexandrie, en Virginie, dont le fonctionnement est opaque. "Elle prononce des sentences draconiennes" dans les affaires d'atteinte à la sécurité de l'État. Les peines pour les lanceurs d'alerte ou les journalistes peuvent être aussi lourdes que pour des criminels de guerre jugés à La Haye, selon le rapporteur de l'ONU.

Nils Melzer, qui s'inquiète du précédent que constituerait une condamnation de Julian Assange pour les journalistes du monde entier, a déjà plusieurs fois estimé que le fondateur de WikiLeaks était soumis à de la torture psychologique.

>> Revoir l'interview de Nils Melzer dans le 19h30 du 19 décembre

Nils Melzer: "Julian Assange montre les symptômes des victimes de tortures psychologiques."
19h30 - Publié le 19 décembre 2019

Se taire n'est pas dans l'intérêt de la Suisse

Quant aux autorités de notre pays, il affirme que "la Suisse veut probablement éviter de prendre le mauvais parti ici, pour éviter de s'exposer" parce qu'économiquement, elle dépend du fait que les Américains ne frappent pas la place économique avec des sanctions, note-t-il.

Mais dans ce cas, il s'agit de protéger les lanceurs d'alerte, la liberté de la presse et l'Etat de droit, "des thèmes que défend notre politique", poursuit Nils Melzer. Et d'ajouter que se taire dans l'affaire Julian Assange n'est pas dans le meilleur intérêt de la Suisse à long terme.

Avec sa tradition démocratique, humanitaire et de droits humains, la Suisse pourrait selon lui "être beaucoup plus claire" dans ses relations, y compris avec des Etats puissants, et utiliser des moyens diplomatiques pour exiger le respect des normes fondamentales du droit international.

sjaq avec ats

Publié le 29 décembre 2019 à 09:50 - Modifié le 29 décembre 2019 à 13:15

Dans une prison de haute sécurité

L'Australien Julian Assange est détenu dans la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh depuis le mois d'avril, condamné à une peine de 50 semaines de prison pour violation des conditions de sa liberté provisoire.

Après sept années passées dans la représentation diplomatique de l'Equateur pour éviter une extradition vers la Suède suite à des accusations de viol, il en avait été délogé par la police britannique le 11 avril, avec l'accord de Quito. Le parquet suédois a annoncé en novembre l'abandon des poursuites pour viol, faute de preuves.

La justice britannique doit décider prochainement si elle autorise ou non l'extradition de l'Australien vers les Etats-Unis pour espionnage.

Julian Assange encourt une peine allant jusqu'à 175 ans de prison aux Etats-Unis.