Modifié le 14 décembre 2019 à 10:02

"Les Roumains font plus confiance à l'Europe qu'à leur gouvernement"

Geopolitis
Roumanie, nouveau départ Geopolitis / 26 min. / le 15 décembre 2019
Trente ans après sa révolution, la Roumanie fait le ménage dans ses élites et leurs pratiques héritées de l'ancien régime communiste. Résolument pro-européens, les Roumains ont fait de la lutte contre la corruption leur nouveau combat.

Chez le médecin ou au guichet d'une administration publique, la corruption a fait pendant longtemps partie du quotidien des Roumains, à toutes les échelles de la société. Un collectif de citoyens a même créé un comparateur en ligne de pots-de-vin pour identifier là où ils sont les moins coûteux! "La Roumanie est un pays qui a évolué, mais la dernière chose qu'il nous reste à régler, c’est cette histoire de corruption parce que c’est un problème très compliqué", explique Mirel Bran, correspondant pour le journal Le Monde à Bucarest, dans l'émission Géopolitis.

C'est sous la pression de l'Union européenne que la Roumanie a commencé à s'attaquer frontalement au problème de la corruption. L'arrivée d'une nouvelle génération de procureurs a fait le reste. La plus célèbre d'entre eux, Laura Kövesi, prendra d'ailleurs l'année prochaine la tête du tout nouveau parquet européen. "Ces jeunes procureurs formés à l'occidentale ont montré ce qu'ils étaient capables de faire" en Roumanie, analyse Mirel Bran. "Ils ont démarré une véritable opération mains propres qui a amené derrière les barreaux beaucoup d'hommes politiques." Des centaines d'élus locaux et nationaux ont été condamnés depuis le milieu des années 2000. Et les Roumains n'ont pas hésité à sortir par centaines de milliers dans les rues pour réclamer le départ de toute une partie des élites politiques.

Les stigmates du communisme

"Les Roumains font plus confiance à la Commission européenne qu'à leur propre gouvernement", souligne le journaliste roumain. Ce pays intégré à l'UE en 2007 reste majoritairement pro-européen. Contrairement à d'autres anciens pays du bloc de l'Est, comme la Pologne ou la Hongrie, il n'existe pas en Roumanie un vrai courant eurosceptique. La Roumanie vient encore de le confirmer avec la réélection à la présidence, fin novembre, de Klaus Iohannis, qui affiche clairement son soutien au projet européen.

Ce président, issu de la petite minorité allemande, incarne une forme de rupture pour le pays. Ce qui vaut à la Roumanie cette pique de Mirel Bran: "Klaus Iohannis a des qualités qu'on trouve rarement en Roumanie. C’est pour cela qu'il a été élu. C’est un homme très discipliné et les Roumains sentaient le besoin de mettre un peu d’ordre dans le pays." Son élection marque aussi une défaite électorale historique pour le Parti social-démocrate qui domine la vie politique roumaine depuis la chute du régime communiste. "Je ne veux pas le diaboliser: il y a des gens bien chez les socio-démocrates, souligne Mirel Bran, mais le parti a été en quelque sorte kidnappé par un groupe de gens très corrompus qui avaient les réflexes de l’époque communiste."

Mirel Bran: "Les Roumains font plus confiance à l’Europe qu’à leur propre gouvernement"

Trente ans après la révolution roumaine, on est enfin arrivés à tourner cette page.

Mirel Bran, journaliste

Pour Mirel Bran, cette élection est un vrai tournant et marque la fin d'un cycle politique pour ce pays sorti brutalement de la dictature en décembre 1989, lors d'une révolution qui a coûté la vie à un millier de personnes et qui s'est soldée par le procès expéditif et l'exécution de son ancien dirigeant, Nicolae Ceausescu. "Trente ans après, on est enfin arrivés à tourner cette page", constate-t-il. Mais à cette longue transition politique s'ajoute aussi une transition économique, qui n'a pas été facile pour tous les Roumains. "Il y a beaucoup de villages où on sent vraiment la pauvreté. La moitié de la population vit en milieu rural et il y a un écart assez important entre le mode de vie en milieu rural et le mode de vie en milieu urbain", explique Mirel Bran. Plus de 4 millions de Roumains se sont exilés, principalement en Europe de l'Ouest, dans l'espoir d'y trouver un avenir plus prometteur. Aujourd'hui encore, la Roumanie reste, avec la Bulgarie, l’un des pays les plus pauvres de l’Union européenne.

Elsa Anghinolfi, Antoine Pignarre

Publié le 14 décembre 2019 à 09:30 - Modifié le 14 décembre 2019 à 10:02

Un incroyable boom économique

Si la Roumanie reste encore très pauvre, c’est aussi un des champions européens en termes de croissance économique. Depuis la chute du régime communisme, le PIB par habitant a plus que doublé.

Des milliers de start-up ont vu le jour, notamment dans le secteur des nouvelles technologies. Beaucoup de jeunes informaticiens sortent des hautes écoles roumaines. Selon le journaliste Mirel Bran, "c’est une chance pour la Roumanie car ces jeunes font en sorte que le pays rattrape rapidement l'écart économique qu'il a avec l'Europe de l'Ouest. On a vu un boom économique qu'on avait pas imaginé."

Mais la Roumanie doit aussi son succès économique au secteur automobile. Près de 480'000 véhicules ont été produits en 2018, principalement dans les usines Dacia. Ce qui fait du pays le neuvième producteur européen.