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Michel Onfray: "On est forts avec les faibles et faibles avec les forts"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Michel Onfray, philosophe français
L'invité de La Matinale (vidéo) - Michel Onfray, philosophe français L'invité-e de La Matinale / 9 min. / mardi à 07:33
Invité de La Matinale de la RTS mardi, le philosophe et écrivain français Michel Onfray ne mâche pas ses mots vis-à-vis de l'Europe de Maastricht et de l'exercice du pouvoir en France sous Emmanuel Macron, notamment face à la crise des Gilets jaunes.

Pour Michel Onfray, l'état de santé de la France est loin d'être extraordinaire en ce moment: "Ca fait des années qu'il y a de la misère, de la souffrance, de la pauvreté, que l'Europe de Maastricht augmente la paupérisation, qu'un certain nombre de gens le font savoir en votant pour des partis extrémistes, ou en n'allant plus voter, ou en votant blanc et que les présidents qui se succèdent n'ont rien à faire de cette souffrance qui s'exprime d'abord de manière sympathique, sur les ronds-points, puis ensuite de plus en plus violemment. Et on a vu que le pouvoir répondait par une violence supérieure."

Violente Europe

Et le philosophe d'embrayer sur les disparités sociales dans l'Hexagone: "On tape sur les petits, on est forts avec les faibles et faibles avec les forts dans cette Europe-là. Il y a un chômage considérable en France, et je ne comprends pas qu'on puisse laisser autant de gens au chômage, faire travailler les gens aussi longtemps, faire savoir que les vieux ne sont plus désirables à partir de cinquante ans", assène-il.

L'Europe libérale de Maastricht reste décidément en travers de la gorge de Michel Onfray: "Emmanuel Macron applique le programme de l'Europe." Or, pour le philosophe, "ce programme-là est d'une extrême violence. Et Emmanuel Macron a été élu dans des conditions assez particulières. Ca n'a pas été un raz-de-marée, ça n'a pas été un plébiscite."

La criminalisation de Marine Le Pen

Il précise, décortiquant le système: "En France, tout est fait pour que Marine Le Pen soit présente au premier tour et puis après on la criminalise en disant que c'est Auschwitz, que c'est Dachau, que c'est Adolf Hitler.(...) Quand tout est fait comme ça, quand la propagande est considérable sur ce sujet-là, il me semble que le président, quand il est élu, ne l'est pas véritablement avec les bons arguments. Quand on utilise la peur, la crainte, la désinformation, on n'est plus dans une logique ni républicaine, ni démocratique."

On accuse d'ailleurs souvent Michel Onfray d'être un auxiliaire du lepénisme, ce qu'il réfute en s'en prenant aux médias: "Si on ne dit pas que Macron c'est formidable, que l'Europe de Maastricht c'est formidable, que le libéralisme c'est excellent, que le capitalisme, surtout sur sa forme écologiste, est aujourd'hui formidable, on est un suppôt de Marine Le Pen, on est un antisémite etc.. C'est la meilleure façon qu'on a trouvé aujourd'hui de ne pas penser, de ne pas débattre véritablement."

Intellectuels contre Gilets jaunes

Sur la distance circonspecte de ses "confrères" intellectuels français face aux Gilets jaunes, Michel Onfray dégaine: "Les intellectuels sont pratiquement tous des gens qui défendent aujourd'hui le système. De Bernard-Henri Lévy qui a lancé le mouvement à Luc Ferry qui a estimé qu'il fallait tirer à balles réelles sur les manifestants, en passant par quelques autres, il n'y en a pas eu beaucoup pour défendre ce mouvement-là."

"Vous savez qu'en France, il y a des gens qui travaillent aujourd'hui mais qui ne peuvent pas payer un loyer et qui dorment dans leur voiture. C'est quand même ça la France, aujourd'hui", conclut le philosophe.

Propos recueillis par Xavier Alonso

Publié mardi à 10:46 - Modifié mardi à 14:59

"Grandeur du petit peuple"

Interrogé sur le livre qu'il va publier "Grandeur du petit peuple", sur les Gilets jaunes, Michel Onfray le décrit comme "une réflexion sur ce qu'est la paupérisation, c'est-à-dire le fait que les pauvres sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches et de moins en moins nombreux."

"J'ai raconté la chronique de cette histoire au quotidien, parce que les révolutions, les révoltes m'intéressent et j'ai hélas vu comment le pouvoir s'y prenait pour détruire les révoltes et ne pas les entendre. Je pense que comprimer cette souffrance un peu au sens physique du terme est un mauvais choix parce qu'elle existe toujours, elle ressortira ailleurs et je pense qu'il y a un moment où les gens diront: 'on va finir par voter Marine Le Pen, on n'était pas d'accord avec elle mais c'est le seule façon de dire non à Macron'".