Modifié le 15 novembre 2019 à 20:36

De plus en plus souvent submergée, "Venise est perdue à terme"

VENISE
Les marées hautes se succèdent à Venise L'actu en vidéo / 1 min. / le 15 novembre 2019
Le nombre de marées hautes qui frappent Venise, à nouveau inondée vendredi, a explosé ces dernières années. Pour la climatologue Martine Rebetez, la ville est condamnée face à la montée du niveau de la mer.

Trois jours après la marée record qui a dévasté Venise, la ville a connu vendredi un nouveau pic exceptionnel avec une montée des eaux de 154 cm. Son maire a ordonné la fermeture de la célèbre place Saint-Marc (lire encadré).

Le pic de mardi soir était la pire "acqua alta" que Venise a connue en 53 ans, alors que les marées hautes, de plus de 110 centimètres, y sont de plus en plus fréquentes.

Multiplication des marées hautes

La vague de marées hautes ne date pas d'aujourd'hui. En augmentation depuis 1960, leur nombre explose depuis les années 2000, d'après les données du centre de prévisions des marées de Venise. Plus de 120 marées hautes ont frappé Venise ces 20 dernières années, contre 70 vingt ans plus tôt.

Les pics exceptionnels, supérieurs à 140 cm, s'avèrent également moins rares. La ville en a connu davantage ces 20 dernières années que sur l'ensemble du 20e siècle. A partir de ce niveau, 60% de Venise est inondé.

Réchauffement climatique en cause

Mercredi, le ministre italien de l'Environnement a lié le drame au réchauffement climatique. Un constat partagé en partie par la climatologue Martine Rebetez, professeure à l'Université de Neuchâtel et à l'Institut fédéral WSL.

"Le réchauffement climatique a déjà entraîné une augmentation du niveau des mers de 25 à 30 centimètres depuis le 19e siècle", explique-t-elle à la RTS. A cela s'ajoutent d'autres facteurs qui renforcent les marées comme des vents forts, plus fréquents avec le dérèglement climatique.

"Par ailleurs, la ville, construite sur une zone marécageuse, s'enfonce", ajoute la climatologue. Un élément qui amplifierait la taille des marées et le risque d'être submergé.

>> Le sujet du 19h30 sur le patrimoine de Venise en danger:

Le patrimoine de Venise est en danger après la nouvelle crue de ce vendredi.
19h30 - Publié le 15 novembre 2019

Venise "condamnée"

"A terme, Venise est perdue", affirme Martine Rebetez. Selon elle, une digue ne suffirait pas à sauver la ville: "On peut prolonger sa vie de quelques décennies mais le niveau des mers va monter d'un mètre d'ici la fin du siècle, et ensuite de plusieurs dizaines de mètres."

La climatologue ne voit qu'une solution: "En réduisant massivement les émissions de gaz à effet de serre dans les dix ans, on pourrait limiter l'augmentation du niveau des mers à quelques dizaines de centimètres d'ici la fin du siècle."

>> Point de la situation avec Valérie Dupont:

Valérie Dupont à Venise: "Les dégâts au patrimoine sont énormes. Des gens sont venus pour sauver ce qui l'est encore."
19h30 - Publié le 15 novembre 2019

>> Ecouter aussi l'interview de l'économiste Robert Lanquar dans La Matinale:

L'"acqua alta" record du mardi 12.11.2019 a submergé 80% de la cité lacustre.
Manuel Silvestri - Reuters
La Matinale - Publié le 15 novembre 2019

Valentin Tombez

Publié le 15 novembre 2019 à 17:09 - Modifié le 15 novembre 2019 à 20:36

La place Saint-Marc fermée

A la suite du nouveau pic de marée haute, la place Saint-Marc a été fermée vendredi. L'"acqua alta" a atteint un pic de 1,54 mètre à la mi-journée, tandis que de fortes averses et du vent sont annoncés sur toute la région.

"Je suis dans l'obligation de fermer la place Saint-Marc pour épargner aux citoyens de Venise tout risque sanitaire, un désastre", a affirmé le maire de Venise, Luigi Brugnaro.

Ce dernier a annoncé l'ouverture d'un compte bancaire pour tous ceux, en Italie et à l'étranger, souhaitant contribuer aux réparations: "Venise, endroit unique, est l'héritage de tout le monde. Grâce à votre aide Venise brillera de nouveau".