Modifié le 13 novembre 2019 à 13:10

De possibles crimes de guerre auraient été filmés en Syrie

Malgré le cessez-le-feu, les combats continuent à la frontière turco-syrienne, avec des soupçons de crimes de guerre
Malgré le cessez-le-feu, les combats continuent à la frontière turco-syrienne, avec des soupçons de crimes de guerre 19h30 / 2 min. / le 12 novembre 2019
Des scènes filmées par les milices alliées des forces turques de leurs propres exactions en Syrie pourraient constituer la preuve de crimes de guerre dans le conflit qui les oppose aux Kurdes. Amnesty International accuse les parties d’exécutions sommaires et autres violations.

Dans une vidéo filmée dans le nord de la Syrie, on aperçoit ainsi un combattant allié aux Turcs qui porte une prisonnière kurde blessée. D'autres combattants la filment comme un trophée et la menacent. On entend l'un d'eux crier: "Il faut l'égorger!"

Peu après, elle apparaît à la télévision turque en train d'être soignée dans un hôpital. Mais son sort demeure incertain à ce jour.

Dans une autre vidéo trop choquante pour être diffusée, des milices exhibent fièrement la dépouille d'une autre combattante kurde et crient "Dieu est grand!"

Au bord d'une route, en plein désert, le véhicule criblé de balles témoigne aussi de la violence de l'attaque qu'a subie une politicienne kurde syrienne, exécutée de sang-froid.

Demander des comptes

Ces documents ont fait le tour des réseaux sociaux et pourraient prouver les crimes de guerre que dénoncent l'ONU et Amnesty International.

"Les forces turques ont l'obligation d'avoir le contrôle des forces armées alliées qu'elles engagent. Elles doivent demander des comptes à ces groupes qui ont exécuté des gens de sang-froid", affirme dans le 19h30 Nadia Boehlen, porte-parole de la section suisse d'Amnesty International.

Milices issues de groupes djihadistes

Qui sont ces milices, présentes dès le premier jour de l'opération turque contre les Kurdes au nord de la Syrie? "Elles sont issues des groupes djihadistes Etat islamique et Front al Nosra, venus d'Idleb", explique à la RTS le photographe de guerre genevois Guillaume Briquet, qui revient d'un reportage au front.

Ce sont les fantassins d'Ankara "de la même manière que les Américains avaient utilisé les Kurdes du YPG à Raqqa" pour éviter les morts parmi les troupes nationales. "Tous les moyens sont bons" pour ces troupes supplétives des Turcs et "elles font de gros dégâts", résume le reporter.

No comment des autorités turques

L'ONU veut une enquête sur les accusations de crimes de guerre et Amnesty réclame la fin des exportations d'armes vers la région, y compris pour les Kurdes, également accusés de violations graves.

Malgré nos demandes d'interview, les autorités turques n'ont pas souhaité s'exprimer sur ce sujet.

Face aux combats, plus de 300'000 civils auraient fui la zone depuis le début de l'opération en octobre.

Olivier Kohler et Laurent Burkhalter

Publié le 12 novembre 2019 à 20:47 - Modifié le 13 novembre 2019 à 13:10