Modifié le 07 novembre 2019 à 11:45

La justice française allège les charges pour les activités de Lafarge en Syrie

L'usine Lafarge de Jalabyia en Syrie.
Lafarge n'est plus accusé d'avoir été complice de crimes contre l'humanité en Syrie Le Journal horaire / 29 sec. / le 07 novembre 2019
La cour d'appel de Paris a annulé jeudi la mise en examen pour "complicité de crimes contre l'humanité" de Lafarge en lien avec ses activités en Syrie. Le cimentier reste en revanche inculpé pour "financement du terrorisme".

Le groupe français est poursuivi pour des faits survenus avant sa fusion avec le suisse Holcim en 2015, qui a donné lieu à la création de LafargeHolcim. Il avait maintenu ses activités en Syrie, en 2013-2014, dans une zone de conflit tenue notamment par le groupe Etat islamique (EI).

Dans cette affaire, Lafarge SA, propriétaire de Lafarge Cement Syria (LCS), est soupçonné d'avoir versé, via cette filiale, l'équivalent de quelque 14,3 millions de francs à des groupes djihadistes, dont l'organisation Etat islamique (EI), afin de maintenir l'activité de son site en Syrie alors que le pays était ravagé par la guerre.

Mais si la chambre de l'instruction de la cour d'appel a abandonné les poursuites pour "complicité de crimes contre l'humanité", elle a en revanche maintenu les mises en examen du cimentier pour "financement du terrorisme", "violation d'un embargo" et "mise en danger de la vie" d'anciens salariés de son usine de Jalabiya.

Une première mondiale

Les poursuites contre le groupe français, pour "complicité de crimes contre l'humanité", avaient suscité de vives réactions dans le monde économique. Selon l'ONG Sherpa, il s'agissait d'une première mondiale pour une entreprise.

Lafarge SA avait été mise en examen en juin 2018 au terme d'une enquête hors norme. La décision était conforme aux réquisitions du parquet de Paris. La holding avait été soumise dans la foulée à un contrôle judiciaire comprenant une caution de 30 millions d'euros. Le cimentier LafargeHolcim avait immédiatement fait appel de cette mise en examen.

Agences/oang

Publié le 07 novembre 2019 à 10:36 - Modifié le 07 novembre 2019 à 11:45

Huit anciens cadres aussi inculpés

Outre Lafarge, trois ex-dirigeants du groupe contestaient leur mise en examen: l'ancien PDG Bruno Lafont, l'ex-directeur Sûreté de l'entreprise Jean-Claude Veillard et l'un des ex-directeurs de la filiale syrienne, Frédéric Jolibois.

Selon les avocats, la Cour d'appel a réduit les charges pesant sur Jean-Claude Veillard, mais maintenu les autres poursuites.

Dans le cadre de l'information judiciaire ouverte en 2017 après des plaintes de plusieurs associations et du ministère français de l'Economie, huit cadres de Lafarge au total ont été mis en examen, pour "financement d'une entreprise terroriste" et/ou "mise en danger".

Regrets pour les erreurs en Syrie

"La chambre de l'instruction a fait le même constat que nous, à savoir qu'il n'existe pas d'éléments justifiant la mise en examen de Lafarge SA pour ce crime" (contre l'humanité), se sont félicités les avocats du cimentier, Christophe Ingrain et Rémi Lorrain.

Dans un communiqué publié peu après , LafargeHolcim a dit "prendre note" de la décision de la cour d'appel de Paris.

Le groupe se dit disposé à "collaborer pleinement avec les autorités judiciaires françaises" et a exprimé ses "regrets" au sujet des "erreurs inacceptables" commises en Syrie.