Modifié le 12 novembre 2019 à 15:18

La médecine cubaine affectée par des sanctions américaines renforcées

Hôpital Freyre de Andrade , La Havane, Cuba.
L’impact des sanctions américaine sur la médecine et la santé à Cuba Tout un monde / 4 min. / le 05 novembre 2019
A Cuba, on se targue d'avoir l'un des meilleurs systèmes de santé au monde. Mais le renforcement récent des sanctions américaines a causé de lourdes pertes dans l'industrie pharmaceutique cubaine, qui mettent les médecins en difficulté.

De nombreuses entreprises pharmaceutiques ont cessé leurs envois à Cuba, de peur des représailles côté américain. Certaines entreprises américaines faisaient affaire avec Cuba durant la présidence de Barack Obama, mais elles ont soudain rompu leur contrat.

"Nous étions arrivés à échanger avec cinquante-sept entreprises d'origine américaine. Parmi celles-ci, seules trois ont eu la décence de nous répondre. Elles ont dit qu'elles ne pouvaient plus coopérer, car l’embargo les en empêchait", explique Lazaro Silva, directeur de l'entreprise d'importation de médicaments sur l'île, dans l'émission Tout un monde de la RTS. "On nous met des obstacles de plus en plus difficiles à franchir. Pour moi le mot blocus ne suffit plus pour décrire ce... génocide que nous subissons", tranche-t-il.

10% de composants d'origine américaine

L'administration Trump a instauré une nouvelle mesure: si un médicament contient 10% ou plus de composants d'origine américaine, il ne peut pas entrer sur le territoire cubain, quelle que soit l'origine du médicament. "Si l’on prend les choses à la lettre, n'importe quelle matière première, un équipement médical ou un outil technologique pour le traitement du cancer se trouve dans ce critère des 10% de composants d'origine états-unienne", analyse le docteur Elia Garcia Medina, chef d’équipe du département de cancérologie à l'hôpital de La Havane.

Si l’on prend les choses à la lettre, n'importe quelle matière première, un équipement médical ou un outil technologique (...) se trouve dans ce critère des 10% de composants d'origine états-unienne.

Elia Garcia Medina, chef d’équipe du département de cancérologie à l'hôpital de La Havane

Impossible également de payer les produits en dollars, ce qui exclut de nombreux pays qui utilisent cette monnaie d'échange. En outre, certains diagnostics ne peuvent pas être réalisés à cause du manque de matériel, sans parler de l'accès à la chirurgie robotique.

Les médecins cherchent des solutions

Nous garantissons au patient son traitement, où qu'il faille le chercher, quel que soit son prix.

Lazaro Silva, directeur de l'entreprise d'importation de médicaments de Cuba

"En tant que médecin, parce qu'une entreprise a rompu ses relations avec moi, je dois me mettre à chercher un médicament dans le monde", explique encore Elia Garcia Medina. "Dans le cas de l'oncologie, les produits requis ne peuvent pas se conserver. Une fois que j'en ai commandé en grande quantité, que le contrat est signé, alors la fabrication peut commencer. Mais cela prend au moins trois mois! Et bien sûr, nous n’avons pas le luxe de négocier. Nous garantissons au patient son traitement, où qu'il faille le chercher, quel que soit son prix", détaille-t-il. Car, en effet, les patients cubains ne payent pas un centime, quelle que soit l’opération médicale. Et malgré tout, Cuba affiche des résultats en médecine à la hauteur de certains pays européens.

L'État cubain chiffre les préjudices infligés dans le secteur de la santé à plus de 104 millions de dollars, soit 6 millions de plus que l’année dernière. Un patient cubain est décédé il y a quelques jours. Selon les autorités, il aurait pu survivre s’il avait eu accès à un médicament que commercialisent les Etats-Unis.

Reportage radio: Romane Frachon

Adaptation web: Jessica Vial

Publié le 09 novembre 2019 à 07:59 - Modifié le 12 novembre 2019 à 15:18

"Points sensibles" touchés

Cuba vit sous les sanctions américaines depuis quasiment 60 ans, mais cette fois, le président américain Donald Trump a touché "les points sensibles par exemple en essayant d'empêcher les transactions financières de Cuba, raison pour laquelle ils ont menacé et sanctionné beaucoup de banques", estime l'ambassadeur de Cuba en Suisse, Manuel Aguilera de la Paz.

Il souligne d'ailleurs que l'île est aussi indirectement touchée par les sanctions qui pèsent sur son principal allié, le Venezuela. "Les Etats-Unis cherchent en particulier à empêcher la livraison de pétrole à Cuba", souligne Manuel Aguilera de la Paz.

Comment agit l'Etat cubain? Manuel Aguilera de la Paz évoque notamment la nouvelle Constitution (acceptée à 87% en avril 2019), qui "étend les droits individuels, et par exemple, reconnaît la propriété privée, les investissements étrangers, les entreprises bi-nationales (...). Et elle change la structure de l'Etat", répond-il. L'ambassadeur est pourtant persuadé que la doctrine communiste est intacte et qu'elle va durer encore longtemps.

>>Son interview complète dans Tout un monde:

Propos recueillis par Anouk Henry

Soutien suisse en sursis

L’ONG suisse MediCuba a été créée en 1992 par le Dr. Franco Cavalli et investit autour de 700'000 francs par an dans la coopération médicale à Cuba. Mais du jour au lendemain, la banque PostFinance a cessé les transactions avec l'île. MediCuba a alors aussitôt alerté la presse et des députés sur la situation.

"Quand la banque a été informée des réactions qu'il y avait eues (dans la Confédération, ndlr), elle a dit qu'elle allait nous laisser un mois de répit, puis prendre une décision définitive. (...) Ils nous ont dit qu'à partir du 1er septembre, ils allaient bloquer nos transactions. La banque nous donnait 3 ou 4 jours. C’est une situation absurde: une organisation ne peut pas changer son système de fonctionnement financier en si peu de temps !", réagit Manuel Vanegas, coordinateur du programme.

MediCuba bénéficie pour l’instant d'un traitement de faveur de PostFinance, mais ignore jusqu'à quand.