Modifié le 28 juin 2010 à 13:38

Nigeria: les violences se poursuivent

Les violences interreligieuses ont déjà causé la mort d'au moins 300 personnes.
Les violences interreligieuses ont déjà causé la mort d'au moins 300 personnes. [Keystone]
Les violences meurtrières entre chrétiens et musulmans, qui ont fait près de 300 tués depuis trois jours, se poursuivaient mercredi à Jos dans le centre du Nigeria. Les combats se sont un peu calmés dans le centre-ville, mais se sont déplacés vers la périphérie, malgré le déploiement de nombreux militaires.

"Les attaques se poursuivent dans les quartiers sud de la ville,
à Kuru Karama, Bisiji, Sabongidan et Kanar", a déclaré à l'AFP
Idris Sarki, qui a fui le centre-ville de Jos. "Le quartier d'où je
viens a été saccagé. Tous les habitants qui ont eu la chance de
pouvoir le faire sont partis, mais beaucoup, beaucoup ont été
tués", a-t-il ajouté.

Construction d'une mosquée en cause

C'est la construction d'une mosquée dans Nassarawa Gwon, un
quartier chrétien de Jos, ville d'un demi-million d'habitants
située entre le nord musulman et le sud chrétien et animiste du
pays, qui a déclenché les violences.





Selon un bilan établi mardi soir de plusieurs sources, 288 morts
ont été dénombrés depuis dimanche. 192 cadavres ont été apportés
dans la mosquée centrale, selon son imam, Balarabe Dawud.





Lundi, il avait déjà annoncé 26 morts. Le chef religieux a fait
état d'au moins 800 blessés, dont 90 graves évacués sur des
hôpitaux militaires. Il n'y a pas eu de confirmation officielle de
ces bilans.





La ville est soumise à un couvre-feu permanent, mais qui n'a pas
empêché les affrontements, selon des résidents.

Déjà 20'000 personnes déplacées

Ces affrontements ont provoqué en trois jours le déplacement de
20'000 personnes et une pénurie d'eau et de vivres, selon Mark
Lipdo, coordonnateur de l'ONG locale Stefanus Foundation.





Les autorités fédérales se sont dites déterminées à en finir avec
ces nouvelles violences intercommunautaires. "C'est une crise de
trop et le gouvernement fédéral estime qu'elle est totalement
inacceptable, réactionnaire et susceptible de menacer davantage
l'unité de notre pays", a déclaré mardi soir le vice-président
fédéral, Goodluck Jonathan.





Des renforts de soldats ont été dépêchés à Jos, "en concertation
avec la police" et les chefs de la sécurité, avait annoncé mardi le
conseiller national à la sécurité, Sarki Mukthar.





L'organisation Human rights watch (HRW) a demandé mercredi aux
forces nigérianes, souvent accusées de méthodes très brutales, de
faire preuve de modération. "Le Nigeria doit s'assurer que les
forces assurant la sécurité usent de modération et observent les
règles internationales en matière d'usage de la force", a déclaré
HRW dans un communiqué.





afp/lan

Publié le 08 mars 2010 à 14:57 - Modifié le 28 juin 2010 à 13:38

Un pays secoué par les crises

Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 150 millions d'habitants, est régulièrement secoué par des violences entre chrétiens et musulmans.

En novembre 2008, des centaines de personnes avaient péri en deux jours dans des affrontements similaires dans cette ville. La secte islamiste Boko Haram a mené en juillet dernier un soulèvement dans l'Etat de Borno (nord) et les combats lors de l'intervention des forces de sécurité ont fait au moins 800 tués.

HRW estime que plus de 13'500 personnes ont été tuées dans des violences entre communautés depuis la fin du régime militaire en 1999 au Nigeria, soulignant que beaucoup de coupables sont restés impunis.