Modifié le 24 septembre 2019 à 14:23

Pré-accord conclu à Malte sur une répartition automatique des migrants

Maria Ohisalo, la ministre de l'intérieur finlandaise, arrive au Fort Saint-Ange, à Malte, le 23 septembre 2019.
Un nouveau système de répartition automatique des migrants pourrait voir le jour Le 12h30 / 1 min. / le 23 septembre 2019
Un pré-accord a été trouvé à Malte entre quatre pays de l'UE pour la mise en place d'un système de répartition automatique des migrants débarquant à Malte ou en Italie, ont annoncé à la presse les délégations à l'issue d'une rencontre au Fort Saint-Ange.

Le texte, qualifié de "base d'accord" et dont le contenu n'a pas été dévoilé en détail, sera soumis pour approbation à l'ensemble des pays de l'Union européenne lors d'un conseil européen "Affaires intérieures", au Luxembourg le 8 octobre, ont précisé les ministres de l'Intérieur des quatre pays – Allemagne, France, Malte et Italie – et la présidence finlandaise de l'UE.

Des migrants regardent la mer Méditerranée houleuse depuis le bateau de sauvetage Ocean Viking, dimanche 22 septembre 2019. Des migrants regardent la mer Méditerranée houleuse depuis le bateau de sauvetage Ocean Viking, dimanche 22 septembre 2019. [Renata Brito - Keystone/AP photo] Ils s'étaient réunis pour une journée, lundi, à Malte, afin de s'entendre sur une répartition automatique des migrants, un mécanisme réclamé par l'Italie pour mettre fin aux négociations au cas par cas, à chaque sauvetage opéré en Méditerranée.

L'idée étant d'élaborer un dispositif qui permettra aux pays européens volontaires de se répartir de façon systématique les personnes secourues en mer.

Le commissaire européen en charge des migrations, Dimitris Avramopoulos, a pris part aux travaux qui doivent déboucher sur un accord lors du Conseil "Affaires intérieures" de début octobre.

Solidarité européenne envers l'accueil des migrants

Ardemment réclamé par l'Italie, qui accuse ses partenaires de ne pas l'avoir soutenue face à l'afflux de migrants, le mécanisme de répartition se veut temporaire dans l'attente d'une renégociation du Règlement de Dublin, qui confie le traitement des demandes d'asile au pays d'arrivée.

Cette règle est jugée injuste parce qu'elle fait reposer, pour de simples raisons géographiques, le fardeau de l'accueil sur l'Italie, la Grèce, l'Espagne ou Malte, principales portes d'entrée des migrants.

Soutenu par plusieurs pays, à commencer par Paris et Berlin et coordonné par la Commission européenne, le nouveau système doit "garantir à l'Italie ou à Malte une organisation plus solidaire et efficace", a déclaré le président français Emmanuel Macron, lors d'un déplacement à Rome mercredi.

>> Lire: "L'UE n'a pas été assez solidaire avec l'Italie", estime Emmanuel Macron

Paris et Rome défendront désormais au sein de l'UE "une position commune pour que tous les pays participent d'une façon ou d'une autre" à l'accueil, "ou bien soient pénalisés financièrement", selon Emmanuel Macron.

Pour le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, il faut "sortir le thème de l'immigration de la propagande anti-europénne".

L'ONG "Mission Lifeline" encourage les ministres européens à agir en faveur des migrants. Malte, le 23 septembre 2019.
L'ONG "Mission Lifeline" encourage les ministres européens à agir en faveur des migrants. Malte, le 23 septembre 2019. [Mission Lifeline]

Avec l'arrivée du nouveau gouvernement formé par le Parti démocrate (gauche) et le Mouvement 5 Etoiles (antisystème), l'Italie a assoupli sa politique migratoire après une série de mesures anti-migrants prises par l'ancien ministre de l'Intérieur, le souverainiste Matteo Salvini.

Rome a en particulier rouvert ses ports aux navires de sauvetage en mer. Dimanche soir, l'Italie a autorisé le navire humanitaire Ocean Viking à débarquer à Messine, en Sicile, 182 migrants secourus en mer.

Il est "urgent qu'un accord européen soit trouvé"

Les ONG SOS Mediterranée et Médecins Sans Frontières qui opèrent l'Ocean Viking ont salué cette décision mais ont jugé "urgent qu'un accord européen soit trouvé", trouvant "inacceptable que des personnes ayant survécu à une traversée très dangereuse soient bloqués pendant des jours voire des semaines avant qu'on ne leur trouve un port sûr".

>> Lire: SOS Méditerranée se félicite de la réouverture des ports italiens

Lors d'une réunion informelle en juin à Paris, une quinzaine de pays avaient donné leur accord à la création d'un "mécanisme de solidarité européen". Huit pays sont prêts à y prendre part "de manière active": France, Allemagne, Portugal, Luxembourg, Finlande, Lituanie, Croatie, Irlande.

Le Premier ministre hongrois, le nationaliste Viktor Orban, a rejeté ce mécanisme de répartition samedi lors d'une visite à Rome.

Selon certaines sources, la France et l'Allemagne accepteraient d'accueillir chacune 25% des migrants secourus tandis que l'Italie en recevrait 10%.

>> Voir aussi les précisions du 12h45:

A Malte, les ministres de l'intérieur de l'Union Européenne ont signé un pré-accord pour la répartition des migrants
12h45 - Publié le 24 septembre 2019
 

afp/sjaq

Publié le 23 septembre 2019 à 16:45 - Modifié le 24 septembre 2019 à 14:23

De nombreuses questions en suspens

Seuls les pays volontaires intégreront le nouveau système, qui ne concernera que les migrants arrivant par la mer. Mais des interrogations subsistent.

Qui fera la sélection entre les éligibles au droit d'asile et les migrants dits "économiques" qui n'ont pas vocation à rester en Europe? Le pays d'arrivée à terre comme le souhaite la France, ou le pays de destination?

Autre point à éclaircir: la notion de port sûr "le plus proche", prévue par le droit maritime international. L'Italie plaide pour une "rotation" des ports d'accueil, en incluant Marseille par exemple, pour soulager les pays du sud de l'Europe, mais la France se montre réticente.

Selon Matteo Villa, chercheur à l'Institut pour les études de politique internationale de Milan (ISPI), un accord qui ne concernerait que les migrants secourus en Méditerranée centrale "serait perçu comme inéquitable" par les pays d'arrivée se trouvant sur les deux autres routes, de Méditerranée occidentale (Espagne) et orientale (Grèce).

Depuis le début de l'année, seuls 13% des 67'000 migrants irréguliers arrivés en Europe ont débarqué en Italie ou à Malte, contre 57% en Grèce et 29% en Espagne.

Le Fort Saint-Ange, à Malte, où se tient le mini-sommet