Modifié le 10 septembre 2019 à 12:48

Le lanceur d’alerte des Football Leaks est toujours en prison

Football Leaks: Portrait de Rui Pinto, le trentenaire par qui toutes les révélations ont commencé.
Football Leaks: Portrait de Rui Pinto, le trentenaire par qui toutes les révélations ont commencé. 19h30 / 2 min. / le 09 septembre 2019
Qui est l’homme derrière les Football Leaks? Alors que le Spiegel publie lundi le livre événement Football Leaks 2, Rui Pinto le lanceur d’alerte à l’origine de ces révélations est derrière les barreaux au Portugal.

Tout commence en 2015 lorsque Rui Pinto, un Portugais de 26 ans met la main sur des milliers de contrats et de versements bancaires vers des paradis fiscaux, tous liés à des stars du foot. Le journaliste du Spiegel Rafael Buschmann sera le premier à entrer en contact avec lui après des échanges ultra sécurisés.

"Ces trois dernières années ont été épuisantes. Rui Pinto est une source qui ne nous que contacte que la nuit, il a sans cesse peur d’être suivi ou persécuté par la police ou des détectives privés, il a peur des persécutions, des attaques et des arrestations. Dans ces conditions, la vie devient un peu plus paranoïaque", raconte le journaliste.

70 millions de documents livrés

Au total, Rui Pinto a livré 70 millions de documents au Spiegel, ce qui en fait la plus grande fuite de documents de l’histoire, devançant même les Panama Papers. Ces documents ont été partagés avec un consortium de médias européens (European Investigative Collaborations) dont la RTS fait partie.  

Considéré par certains comme un lanceur d’alerte, il est pourtant soupçonné par la justice portugaise de piratage informatique. Dans son pays d’origine, il est devenu l’ennemi public numéro 1. En janvier 2019, il est arrêté à Budapest pour vol de données et de tentative d’extorsion, ce qu’il conteste, puis extradé au Portugal suite à des plaintes déposées par le fonds d’investissement Doyen Sports et le club Sporting Portugal.

Depuis le 22 mars 2019, il est en détention provisoire à Lisbonne. "Sa situation en prison n’est pas bonne. Il est en isolement, il n’a pas accès aux autres prisonniers et son accès à la cour est très limitée", déplore Rafael Buschmann. Dans les stades les banderoles d’hommage se multiplient comme lors d’un match Lucerne-Sion où des supporters avaient inscrit "Stay strong Rui, you care about football" (ndlr: Reste fort Rui, tu te soucies du football).

Lors d'un match Lucerne-Sion, des supporters expriment leur soutien au lanceur d'alerte portugais.
Lors d'un match Lucerne-Sion, des supporters expriment leur soutien au lanceur d'alerte portugais. [Facebook: Fan-fotos.ch ]

Quel bilan pour les Football Leaks ?

En Suisse, aucune procédure pénale n’a été ouverte suite aux Football Leaks mais au niveau européen, dix procureurs collaborent activement sur les données fournies par Rui Pinto. Les procédures, notamment contre Cristiano Ronaldo, ont déjà portés leurs fruits: "Nous estimons que 35 millions d’euros d’amende ont déjà été récoltés grâce aux informations révélées par les Football Leaks", affirme dans un communiqué Eva Joly, ancienne députée au Parlement européen.

Ana Gomes, également ancienne eurodéputée (PSE) lui a d’ailleurs remis le prix Award for Journalists, Whistleblowers and Defenders of the Right to Information en prison pour son engagement.

Un harcèlement judiciaire dénoncé

Pour Wiliam Bourdon, son avocat parisien qui a également défendu Edward Snowden et Hervé Falciani le harcèlement judicaire ne fait aucun doute: "Il n’y a pas un grand lanceur d’alerte en Europe qui soit autant criminalisé que Rui Pinto et de façon aussi injuste. C’est un paradoxe, il est hyper criminalisé alors que la voyoucratie qui gangrène la communauté du football dans le monde entier est épargnée".

Et de dénoncer la passivité des autorités portugaises qui n'auraient pas pris au sérieux les documents de son client.

Le 29 août dernier, le mandat d’arrêt européen contre Rui Pinto a été étendu à de nouvelles charges. Un nouvelle étape judiciaire contestée par son avocat : "Qu’est-ce qu’ils ont découvert de plus ? La majorité des disques durs qu’ils ont récupérés sont si cryptés qu’ils ne peuvent pas rentrer dedans donc c’est ahurissant".

Le Portugal a jusqu’au 22 septembre pour l’inculper ou demander un nouveau prolongement de sa détention.

Cécile Tran-Tien

Publié le 09 septembre 2019 à 21:14 - Modifié le 10 septembre 2019 à 12:48