Modifié le 12 septembre 2019 à 20:44

Dans l'enfer de Lesbos, un havre de paix pour les femmes migrantes

Des femmes à Lesbos
La double peine des femmes à Lesbos L'actu en vidéo / 4 min. / le 04 septembre 2019
Chaque jour, des femmes échappent à leur quotidien pour se retrouver dans le centre de Bashira. Là, à l'abri des regards, loin de Moria, le camp où elles vivent sur l'île grecque de Lesbos, elles reprennent goût à la vie. Reportage, alors que la Chaîne du Bonheur lance une collecte pour les femmes des crises oubliées.

Arrivées en Grèce par la mer, la plupart des migrantes doivent affronter la misère de la vie à Moria, le principal camp de réfugiés de Lesbos. Prévu pour 3000 personnes, il en héberge aujourd'hui plus de 10'000 et cet été, avec la recrudescence des arrivées par bateau, les conditions ont encore empiré (lire encadré). "Il manque tout à Moria: il manque les médecins, il manque la bonne nutrition, il manque la paix, la tranquillité. Il n'y en a pas", indique Joséphine*, une Camerounaise rencontrée par la RTS.

11'765 personnes sont arrivées à Lesbos entre janvier et août 2019. 11'765 personnes sont arrivées à Lesbos entre janvier et août 2019. [DR - HCR] Pour des femmes déjà éprouvées par la guerre et la misère, qui souvent ont subi des sévices sexuels, ces conditions génèrent une insécurité et une souffrance supplémentaires, difficiles à supporter. "A Moria, je retrouve le décor de la maison de capture. C’était une pièce, il y avait plusieurs lits, il y avait plusieurs femmes à l’intérieur. A Moria, je retrouve cet environnement. Je suis comme en prison", confie Henriette*, elle aussi originaire du Cameroun.

Un répit salutaire

C'est pour venir en aide à des femmes comme elles que l'association suisse SAO a créé Bashira. Ce centre de jour, situé à Mytilène, la capitale de l'île, leur offre quelques heures de répit salutaire et, au fil des semaines, contribue à panser leurs blessures.

Ce centre nous permet de nous retrouver en tant que femmes, de nous retrouver en tant que personnes normales, de nous retrouver en tant qu'humains

Joséphine*, migrante africaine

Car en plus d'être un havre de paix, Bashira propose des cours d'anglais et de grec ainsi que des ateliers manuels aux quelques dizaines de femmes qui s'y rendent chaque jour. "Nous essayons de leur apporter un soutien dans ces périodes difficiles de leurs vie, de leur donner la confiance pour commencer à construire une nouvelle vie par des activités psychosociales loin de leur stress quotidien", détaille Tereza Lyssiotis, la responsable de SAO pour la Grèce.

Un millier de bénéficiaires

Depuis l'ouverture du centre, en janvier 2017, plus d'un millier de femmes ont bénéficié de cette aide. "Quand tu viens ici, tu trouves des gens accueillants, des gens qui sont plein d'amour, qui te donnent leur amour. Tu trouves la paix, tu trouves l'éducation (...) Ici, on retrouve qui on est parce qu'autour de soi, on a des gens qui redonnent de l'amour", explique Joséphine.

J'ai été victime du trafic humain, alors je ne me sens pas très confiante au milieu des hommes

Henriette*, migrante africaine

Bashira, pour ces femmes, est un lieu de liberté où elles peuvent rattraper des heures de sommeil en retard, recevoir des médicaments, apprendre à se débrouiller dans la rue grâce à l'apprentissage du grec, s'entraider ou prendre une douche, derrière une porte fermée. "Ce sont des petites choses qui leur rendent leur dignité", résume Tereza Lyssiotis. Et d'ajouter: "Dans le camp de Moria, si elles ont accès à la douche, il n'y a pas de porte et il y a une centaine de personnes autour, des hommes qui passent. Ces femmes méritent de dormir sans avoir peur, de prendre une douche sans être observées".

Des petites choses d'autant plus essentielles qu'à Lesbos, l'attente de papiers peut prendre du temps. Rencontrée fin août, Joséphine a enfin reçu la convocation à un entretien pour sa procédure d'asile. Le rendez-vous aura lieu en 2021.

*les prénoms ont été modifiés par la rédaction

>> Voir le reportage du 19h30:

À Lesbos, un havre de paix réservé aux femmes accueille les migrantes et leurs enfants
19h30 - Publié le 12 septembre 2019
 

Article web: Juliette Galeazzi

Reportage TV: Stephen Mossaz

Publié le 12 septembre 2019 à 11:33 - Modifié le 12 septembre 2019 à 20:44

La situation des migrants à Lesbos en bref

Déjà saturé, le camp de Moria a été débordé par les nouvelles arrivées cet été. Au total, 10'600 réfugiés ou migrants résidaient sur l'île à la mi-août, alors qu'11'765 personnes ont débarqué sur Lesbos depuis janvier 2019. Parmi elles, 23% de femmes et 43% d'enfants, en majorité originaires d'Afghanistan (72%), de République démocratique du Congo (7%), Syrie (6%) et Irak (4%).



Face à l'urgence, 1400 réfugiés ont été transférés le 2 septembre vers le camp de Nea Kevala, dans le nord de la Grèce, sous la supervision du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU.

La Chaîne du Bonheur lance une collecte

La Chaîne du Bonheur a lancé jeudi son 250e appel aux dons en faveur des personnes en détresse, jusqu'au 19 septembre. Cette collecte permettra d'aider des femmes dans les crises oubliées.

Pour faire un don:

Compte postal: 10-15000-6
IBAN: CH82 0900 0000 1001 5000 6
SWIFT: POFICHBEXXX
Postfinance, 3030 Berne

Sur le site de la Chaîne du Bonheur.