Publié le 16 juillet 2019 à 05:21

En France, le scandale de l'amiante soldé par un non-lieu pour Eternit

Le logo d'Eternit sur les vêtements de travail d'un employé.
En France, le scandale de l'amiante soldé par un non-lieu pour Eternit Le Journal horaire / 28 sec. / le 16 juillet 2019
Au terme de plus de 20 ans d'enquête, des juges d'instruction parisiens ont rendu une ordonnance de non-lieu pour les responsables d'Eternit, groupe suisse spécialisé dans l'amiante et un des premiers à avoir été visé par une plainte contre ce matériau cancérigène.

Comme dans d'autres non-lieux ordonnés ces dernières années, les trois magistrats chargés des investigations fondent leur décision sur l'"impossibilité de dater l'intoxication des plaignants".

Dès lors, "il apparaît impossible de déterminer qui était aux responsabilités au sein de l'entreprise (...) et quelles réglementations s'imposaient à cette date inconnue", estiment-ils dans leur ordonnance datée du 10 juillet, consultée par l'AFP et relayée par l'Association des victimes de l'amiante et autres polluants (AVA).

L'AVA dénonce dans un communiqué une volonté selon elle délibérée des magistrats instructeurs du pôle de santé publique de Paris de "mettre un terme par des non-lieux à toutes les affaires engagées par les victimes de l'amiante depuis 23 ans". L'Association nationale de défense des victimes de l'amiante (Andeva), lui, parle d'un "véritable déni de justice".

Les associations vont faire appel

L'AVA et l'Andeva ont annoncé qu'elles allaient faire appel de ce non-lieu, qui concerne tous les sites d'Eternit.

Mais l'AVA compte surtout sur une citation directe à laquelle plus de mille victimes se sont jointes à ce jour et qui sera déposée officiellement en septembre prochain. Cette citation directe, qui vise les "responsables nationaux" de la catastrophe sanitaire de l'amiante, doit permettre de contourner l'instruction et la décision du 11 juillet, explique l'association.

agences/jvia

Publié le 16 juillet 2019 à 05:21

2000 à 3000 décès par an en France

L’amiante a fait des dizaines de milliers de victimes en France, qui meurent encore au rythme de 2000 à 3000 chaque année, 20 ans après l’interdiction de ce produit, selon les estimations.

En 2012, les autorités sanitaires estimaient que l'amiante pourrait provoquer, d'ici à 2025, 3000 décès chaque année causés par des cancers de la plèvre ou des cancers broncho-pulmonaires.

Une loi assouplie en Suisse

La Suisse a été l'un des premiers pays à interdire l'utilisation de l'amiante en 1990, après les pays scandinaves et la Hongrie. Ce matériau est revenu par la petite porte, grâce à une exception dans la loi.

En mars dernier, la loi sur l'environnement a subi quelques adaptations, permettant l'entrée en vigueur d'une exception à l'interdiction de l'amiante. L'amiante peut ainsi être utilisée "si, pour des raisons esthétiques, il n'est pas envisageable d'employer du matériel de substitution sans amiante pour des travaux de réparation ou de restauration ponctuels effectués sur des ouvrages ou des monuments existants".

Cette exception autorise les rénovations des bâtiments construits avec la pierre serpentinite. Une roche très spécifique qui peut contenir de l'amiante.