Publié vendredi à 19:14

Relaxé en Italie, il n'était pas le chef d'un réseau de passeurs de migrants

Le procès s'est déroulé devant la cour d'assises de Palerme.
Relaxé en Italie, il n'était pas le chef d'un réseau de passeurs de migrants Le Journal horaire / 13 sec. / vendredi à 19:00
La cour d'assise de Palerme, en Sicile, a reconnu vendredi une erreur d'identité dans l'affaire d'un Erythréen accusé d'avoir dirigé un vaste réseau de trafiquants de migrants. C'est un nouveau coup dur pour les enquêteurs.

La cour sicilienne a ordonné la libération immédiate de l'homme jugé, tout en assortissant sa décision d'une condamnation pour aide à l'immigration clandestine - peine couverte par sa détention préventive.

En juin 2016, les autorités italiennes avaient fièrement annoncé l'arrestation du suspect au Soudan et son extradition en Italie. Cette interpelation était censée conclure des années d'enquête sur les réseaux qui ont envoyé des centaines de milliers de migrants en Europe, et des milliers à la mort.

Pas un boss mais un réfugié

Premier chef de réseau jugé en Italie, l'homme était soupçonné en particulier d'avoir affrété le bateau dont le naufrage avait fait plus de 366 morts le 3 octobre 2013 devant l'île de Lampedusa. Mais, très vite, les témoignages ont afflué pour dire que l'homme arrêté n'était pas le patron du réseau en question mais un réfugié érythréen échoué à Khartoum sans lien avec celui qui était recherché.

Erreur étayée par des enquêtes journalistiques

Plusieurs enquêtes menées par des journalistes italien, américain et suédois ont établi que l'homme arrêté avait été repéré au printemps 2016 par les enquêteurs parce qu'il avait flirté avec la femme du chef de réseau sur Facebook et appelé un passeur en Libye pour avoir des nouvelles d'un cousin parti pour l'Europe.

A cette époque, les enquêteurs avaient perdu la trace du suspect, arrêté fin 2015 à Dubaï pour détention de faux passeport. Libéré huit mois plus tard, il vit désormais en Ouganda, selon ces journalistes.

Impuissance des enquêteurs face aux réseaux

Outre de multiples témoignages, la défense a fourni des photos du chef de réseau n'ayant aucune ressemblance avec l'accusé ou encore une analyse ADN. Mais l'accusation a maintenu le cap, assurant en particulier que les conversations enregistrées avec le passeur en Libye n'avaient rien d'innocent. Le 17 juin, le procureur Calogero Ferrara avait requis dans la foulée 14 ans de réclusion et 50'000 euros d'amende contre l'accusé.

Ce verdict montre que, si les dossiers des enquêteurs italiens contre les réseaux sont fournis, la plupart des chefs de réseau restent quasi-intouchables dans le chaos libyen.

afp/oang

Publié vendredi à 19:14