Modifié le 11 juillet 2019 à 21:44

Le patient français tétraplégique Vincent Lambert est décédé

La mort de Vincent Lambert divise l'Europe
La mort de Vincent Lambert divise l'Europe 19h30 / 1 min. / le 11 juillet 2019
Le patient français tétraplégique Vincent Lambert, en état végétatif depuis plus de 10 ans, est décédé jeudi matin suite à l'arrêt de ses traitements il y a une semaine. Les avocats des parents dénoncent un "crime d'Etat".

"Vincent est décédé à 8h24 ce matin" au CHU de Reims, a précisé jeudi son neveu François, en exprimant "son soulagement après des années de souffrance pour tout le monde".

"Nous étions préparés à le laisser partir", a ajouté François Lambert, qui a obtenu l'information du médecin traitant de Vincent. "C'est un soulagement. Ce n'est pas triste (..) c'est un peu le rationnel qui prend le dessus", car "c'était un être humain en souffrance, il fallait arrêter ses traitements, des coups de théâtre à répétition qui n'ont pas servi à grand-chose", a-t-il encore estimé.

Mardi 2 juillet, ce dernier, le docteur Vincent Sanchez, chef de service de soins palliatifs du CHU de Reims, avait engagé un nouvel arrêt des traitements, effectif depuis le mercredi 3 au soir, de ce patient aujourd'hui âgé de 42 ans. Un processus rendu possible le 28 juin par la Cour de cassation. Outre l'arrêt de l'hydratation et de l'alimentation par sonde, le protocole médical prévoyait notamment une "sédation profonde et continue".

"Crime d'Etat"

Sa mort met un terme à un long feuilleton judiciaire et médiatique qui a vu la famille de Vincent Lambert se déchirer: d'un côté, ses parents, Viviane et Pierre, fervents catholiques fermement opposés à un arrêt des traitements, soutenus par leurs avocats et plusieurs associations, dont le comité "Je soutiens Vincent".

De l'autre, son épouse Rachel, son neveu François et six frères et soeurs qui dénonçaient un "acharnement thérapeutique". Selon eux, Vincent leur avait confié oralement préférer mourir que de vivre "comme un légume", bien qu'il n'ait jamais rédigé de directive anticipée. L'épouse du patient, Rachel Lambert, est "abattue" par des "années de procédure", "d'acharnement thérapeutique" et de "lutte" pour faire entendre "les volontés de son époux" a déclaré à l'AFP son avocate, Me Sara Nourdin.

"Vincent est mort, tué par raison d'Etat et par un médecin qui a renoncé à son serment d'Hippocrate. L'heure est au deuil et au recueillement.  Il est aussi à la méditation de ce crime d'Etat", ont en revanche déclaré dans un communiqué Jean Paillot et Jérôme Triomphe, avocats de Pierre et Viviane Lambert.

>> Ecouter le sujet du journal de 12h30

Le CHU de Reims, en France.
François Nascimbeni - AFP
Le 12h30 - Publié le 11 juillet 2019

ats/gma

Publié le 11 juillet 2019 à 09:21 - Modifié le 11 juillet 2019 à 21:44

"Laisser tomber cette colère"

Invité dans La Matinale de la RTS jeudi quelques minutes avant le décès de Vincent Lambert, son ancien médecin, Eric Kariger, avait initié en 2013 le premier processus d'arrêt des soins.

"Ce sont six ans de combat judiciaire et affectif pour cette famille, c'est long. La résignation toute récente des parents à se concentrer dans cette dernière phase d'accompagnement sera essentielle", a déclaré celui qui avait fini par jeter l'éponge en 2014.

"Un médecin a vocation à ne pas donner la mort, mais aussi à ne pas s'obstiner déraisonnablement. On était bien dans un enjeu déontologique et éthique. Le juridique s'en est aussi mêlé parce que les parents et deux membres de la famille n'ont jamais voulu rentrer dans la phase d'acceptation de cette limite intellectuelle. J'espère que chacun pourra faire son deuil et laisser tomber cette colère qui est à la fois extrêmement coûteuse en énergie, en temps, et qui fait beaucoup de dégât pour tout le monde", a indiqué Eric Kariger.

Une autopsie sera pratiquée

La justice française a annoncé jeudi l'ouverture d'une enquête en "recherche des causes de la mort", a indiqué le procureur de Reims, Matthieu Bourrette qui a également saisi la police judiciaire de Reims.

Une autopsie du corps devrait être pratiquée à Paris pour démontrer que Vincent Lambert n'a pas succombé à l'injection de produits létaux par les médecins, qui auraient bien respecté le protocole fixé par la loi.