Modifié le 11 juillet 2019 à 09:43

"On pourra me connaître mieux que je ne me connais moi-même"

Entretien avec Yuval Noah Harari, l'historien de l'avenir
Entretien avec Yuval Noah Harari, l'historien de l'avenir L'actu en vidéo / 4 min. / le 10 juillet 2019
L'historien et futurologue israélien Yuval Noah Harari était mercredi à Lausanne pour une conférence-événement sur l'avenir de l'humanité, qu'il voit bien sombre. Il s'en explique dans une interview à la RTS.

L'intellectuel, qui est l'un des penseurs les plus lus et écoutés du moment (lire encadré) était invité à l'EPFL par l'Empowerment Foundation.

Et si cet historien se penche aujourd'hui sur l'avenir de l'humanité, c'est qu'il "n'y a pas beaucoup d'intérêt à connaître le passé s'il ne nous dit pas quelque chose à propos du présent et de l'avenir", explique-t-il dans le 19h30. "Je ne crois pas que l'Histoire soit l'étude du passé, c'est l'étude du changement."

L'historien israélien Yuval Noah Harari.

Des entreprises ou des gouvernements pourront manipuler mes choix et prendre des décisions à ma place.

Yuval Noah Harari

Mais le changement qu'il imagine n'a rien de rassurant: avec l'intelligence artificielle, l'humain risque de devenir superflu et la technologie permettra même de nous pirater.

"Hacker l'humain signifie que l'on pourra me connaître mieux que je ne me connais moi-même", avertit Yuval Noah Harari. "Des entreprises ou des gouvernements pourront non seulement anticiper mes choix, mais aussi manipuler mes choix et même prendre des décisions à ma place."

L'historien israélien Yuval Noah Harari.

Avec les biotechnologies, il sera possible de transformer les inégalités économiques en inégalités biologiques.

Yuval Noah Harari

Les biotechnologies, toujours plus perfectionnées pour allonger la vie, pourraient aussi créer des inégalités inédites. "Auparavant dans l'Histoire, les inégalités étaient seulement économiques et politiques. Il y avait des différences économiques entre riches et pauvres, mais pas de différences biologiques. Dans les prochaines décennies, avec les biotechnologies, il sera possible de transformer les inégalités économiques en inégalités biologiques."

Un influenceur qui ne croit pas au déterminisme

Mais cette vision sombre de l'avenir est influencée par ce que l'historien observe dans son pays d'origine, Israël. "Si vous vivez en Californie, vous pouvez avoir une vision assez rose de l'humanité. Mais quand vous vivez au Moyen-Orient, vous avez une vision plus réaliste de ce que les humains peuvent vraiment faire."

Yuval Noah Harari est lu par des personnes influentes, comme Barack Obama. Et pour lui, cette influence doit permettre de lutter contre un certain fatalisme. "Je ne crois pas au déterminisme", dit-il. "Les technologies nous offrent toujours différentes options. Nous pouvons les utiliser pour créer les pires régimes totalitaires, mais nous pouvons aussi les utiliser pour créer des systèmes extrêmement libérateurs."

>> Le portrait de Yuval Noah Harari dans le 19h30:

Yuval Noah Harari a une vision plutôt pessimiste de l'avenir de l'humanité.
19h30 - Publié le 10 juillet 2019

Gaspard Kühn/oang

Publié le 10 juillet 2019 à 22:06 - Modifié le 11 juillet 2019 à 09:43

Auteur de bestsellers traduits dans plus de 50 langues

Invité dans le cadre du 50e anniversaire de l’EPFL, Yuval Noah Harari a participé mercredi en fin de journée à une conférence organisée conjointement avec l'Empowerment Foundation au SwissTech Convention Center.

Il a partagé sa vision de "l'avenir de l'Humanité" dans une série de débats en face à face avec différentes personnalités dont le directeur exécutif de Human Rights Watch Ken Roth ou le prix Nobel de chimie Jacques Dubochet (UNIL).

L’historien israélien est l'auteur des bestsellers internationaux "Sapiens: A Brief History of Humankind" (2014), "Homo Deus: A Brief History of Tomorrow" (2016) et "21 Lessons for the 21st Century" (2018).

Il a déjà vendu plus de 19 millions de livres, traduits dans plus de 50 langues.