Modifié le 10 juillet 2019 à 21:40

Mossoul, deuxième ville d'Irak, reste déchirée deux ans après la guerre

Un documentaire raconte la lente reconstruction de Mossoul, deux ans après la chute du groupe État islamique.
Un documentaire raconte la lente reconstruction de Mossoul, deux ans après la chute du groupe État islamique 19h30 / 2 min. / le 10 juillet 2019
Il y a deux ans, le 10 juillet 2017, Mossoul était libérée de l'Etat islamique après trois ans d'occupation par les djihadistes. Aujourd'hui, la reconstruction de la deuxième ville d'Irak se fait dans la difficulté.

De violents combats, de nombreux morts et la destruction de la moitié de la ville: c'est ce qu'il reste de la bataille de Mossoul, neuf mois d'une guerre intense entre les forces gouvernementales irakiennes, les combattants kurdes ainsi que quelques milices, et le groupe Etat islamique (EI).

Mais si la ville, qui comptait près de trois millions d'habitants lors du dernier recensement en 2008, a été libérée du joug islamiste, elle n'en demeure pas moins un champ de ruines. Sa partie ouest, notamment, a été entièrement détruite.

"C'est très difficile de comprendre comment on peut détruire une ville à ce point. C'est absolument dévasté. Il y a un sentiment très fort d'abandon, de colère aussi, envers l'Etat, envers la communauté internationale, de ne pas avoir été à la hauteur des promesses qui ont été faites lors de la libération", témoigne la réalisatrice Anne Poiret, rencontrée par la RTS.

La population, par sa résilience, est impressionnante

Anne Poiret, réalisatrice

Pour tourner le documentaire "Mossoul après la guerre", elle s'est rendue à quatre reprises en Irak à la rencontre des habitants de Mossoul. Avec sa caméra, elle montre à quel point tout reste à reconstruire: les rues, les maisons et aussi le lien social.

Désir de revanche

"Tout ce qui a permis à Daech de s'installer à Mossoul est de nouveau en place", observe-t-elle. "Les services publics sont toujours défaillants. Il y a toutes ces familles de Daech qui ne sont pas reconnues, qui vivent soit dans des camps de réfugiés, soit comme des fantômes dans la ville. C'est très inquiétant".

Malgré quelques scènes porteuses d'espoir, son film montre une ville gangrenée par la corruption, l'immobilisme et l'impuissance. Et il ne cache pas non plus le désir de revanche des anciens membres du groupe EI.

On fait tout pour combattre cette violence qui est basée sur l’ignorance. L'obscurantisme, on ne peut l’abattre que par l’éducation

Père Najeeb, archevêque de Mossoul

Pas de quoi rassurer les milliers de chrétiens vivant à Mossoul qui ont dû fuir lors de la prise de la ville. Aujourd'hui, le père Najeeb, l'archevêque de Mossoul, tente de les faire revenir. "Beaucoup de familles sont contentes du retour des chrétiens", relève-t-il, tout en reconnaissant que "d'autres disent: 'aujourd'hui vous êtes là, demain on va vous chasser une nouvelle fois'".

Quand les morts auront été enterrés, les maisons reconstruites, les Mossouliotes devront réapprendre à vivre ensemble. Mais le sauront-ils?

Tristan Dessert

Publié le 10 juillet 2019 à 20:30 - Modifié le 10 juillet 2019 à 21:40