Modifié le 15 juin 2019 à 09:14

"En Inde, les violences anti-musulmans sont presque devenues légitimes"

Geopolitis
Inde, le roi Modi Geopolitis / 26 min. / le 16 juin 2019
Le triomphe de Narendra Modi, réélu pour un deuxième mandat à la tête de l'Inde, est aussi celui du nationalisme hindou. Les violences envers les minorités religieuses se renforcent dans la plus grande démocratie du monde.

Narendra Modi promet une "Nouvelle Inde". Durant les cinq ans à venir, le Premier ministre aura en tout cas une latitude certaine pour ses réformes. Son parti, le Bharatiya Janata Party (BJP) a raflé la majorité absolue au Parlement indien, soit 303 sièges sur 543. Le nationalisme hindou renforce son emprise. "C'est un triomphe des émotions sur les arguments et sur le bilan économique très mitigé de Narendra Modi", relève Sylvie Guichard, maître d'enseignement à l'Université de Genève, invitée de Géopolitis. "Modi a fait appel au nationalisme hindou, qui mêle fierté nationale et religion."

Dans une Inde composée à 80% d'hindous, la campagne électorale a été émaillée de violences, physiques et verbales, à l'encontre de la minorité musulmane. Une minorité qui rassemble tout de même plus de 170 millions de fidèles. C'est la troisième plus grande communauté musulmane au monde. "Les tensions et les violences anti-musulmanes ne sont pas apparues avec Narendra Modi, mais elles sont devenues presque légitimes", observe Sylvie Guichard. "Le Premier ministre a clairement donné le message aux militants nationalistes hindous (...) qu'il laissait faire", poursuit-elle.

Lorsqu'il était ministre en chef de l'Etat du Gujarat, Narendra Modi avait déjà été accusé de ne pas avoir réagi lors des pogroms anti-musulmans de 2002. Ces violences avaient fait plus d'un millier de morts en quelques jours.

Le gardien Modi

En s'imposant en gardien du peuple hindou, le "Chowkidar" Modi marque une rupture avec ses prédécesseurs issus de la dynastie Nehru-Gandhi. Une rupture avec les valeurs d'égalité et d'unité dans la diversité des pères de la Constitution indienne. "Narendra Modi met en avant la majorité hindoue contre les minorités, qui deviennent des citoyens de deuxième classe", souligne Sylvie Guichard. "Il ne leur a pas enlevé le droit de vote, mais il y a des discussions pour retirer la laïcité du préambule de la Constitution indienne." L'Inde s'achemine selon elle vers une forme de "démocratie illibérale".

Sylvie Guichard: "En Inde, les violences anti-musulmans sont presque devenues légitimes"

Le charisme de Narendra Modi est construit par toute une machine politique.

Sylvie Guichard, maître d'enseignement UNIGE

Dans un pays parmi les plus inégalitaires du monde, Narendra Modi et le BJP ont su séduire à la fois les classes moyennes et les paysans les plus pauvres. Le mythe Modi, c'est d'abord l'histoire du modeste vendeur de thé devenu Premier ministre, sans cesse idéalisée. "Sept milliards de dollars auraient été investis durant la campagne, donc le charisme de Narendra Modi est construit par toute une machine politique", précise Sylvie Guichard. Et toujours une communication sur mesure: en meetings géants, sur les panneaux publicitaires, à la radio, il sature l'espace médiatique, use et abuse des réseaux sociaux. Comme Donald Trump, il est accro à Twitter. Partout Modi promet et promeut le "rêve indien". Il veut faire de son pays la troisième puissance économique du monde.

Mélanie Ohayon

Publié le 14 juin 2019 à 15:08 - Modifié le 15 juin 2019 à 09:14