Modifié le 19 mai 2019 à 15:14

Ultime jour de vote pour des élections législatives géantes en Inde

Des personnes attendent pour voter, dans le village de Mode, en Inde, le 19 mai 2019.
Ultime jour de vote pour des élections législatives géantes en Inde Le Journal horaire / 16 sec. / le 19 mai 2019
L'Inde vote dimanche pour le dernier jour de ses gigantesques élections législatives. Le scrutin a été marqué par une campagne acrimonieuse à l'issue de laquelle les nationalistes hindous de Narendra Modi espèrent être reconduits au pouvoir pour cinq ans.

Amandeep Kaur votait pour la première fois: elle montre son doigt plein d'encre, qui prouve qu'elle a déjà déposé son bulletin. Village de Bachiwind, le 19 mai 2019. Amandeep Kaur votait pour la première fois: elle montre son doigt plein d'encre, qui prouve qu'elle a déjà déposé son bulletin. Village de Bachiwind, le 19 mai 2019. [Raminder Pal Singh - Keystone/epa] Près de 120 millions d'électeurs – sur les 900 au total que compte la démocratie la plus peuplée du monde – sont appelés aux urnes dimanche pour la septième et dernière phase de ce plus grand scrutin de l'histoire. En jeu au cours de cette journée, 59 sièges de députés sur 543, principalement situés dans le nord et l'est du pays notamment dans la circonscription du premier ministre Modi.

>> Lire: Les plus grandes élections de l'Histoire débutent en Inde

En raison des dimensions géographiques et démographiques de l'Inde, géant d'Asie du Sud, les régions votent à tour de rôle depuis le 11 avril. Les derniers bureaux de vote fermeront à 18h00 locales (14h30 en Suisse), pour un comptage des voix jeudi 23 mai.

Des villages en haute altitude du Ladakh en passant par la poussiéreuse plaine du Gange ou les mégapoles polluées, la participation s'est établie à 66% aux précédentes phases du scrutin, un niveau habituel pour ces élections, temps fort de la vie de la troisième économie d'Asie.

Calcutta scrutée de près

Calcutta et la ville sacrée de Varanasi (Bénarès, nord) sont les principaux points d'attention de cette dernière journée de vote. Dans la matinée, aucune violence majeure n'a été signalée à Calcutta, où partisans du premier ministre sortant Narendra Modi et de l'opposition se sont affrontés dans des combats de rue cette semaine. La police locale avait procédé à plus d'une centaine d'interpellations.

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, salue ses partisans à Varanasi, le 25 avril 2019.
Le Premier ministre indien, Narendra Modi, salue ses partisans à Varanasi, le 25 avril 2019. [Adnan Abidi - Reuters]

En ce jour de vote, les forces de sécurité sont déployées en nombre dans la capitale du Bengale occidental (est) pour éviter de nouveaux heurts.

Au vu de la campagne électorale agressive qui tient en haleine la nation de 1,3 milliard d'habitants depuis des semaines, "le niveau de la politique indienne a gravement baissé", déclare Asit Banerjee, professeur d'histoire de Calcutta, en se rendant au bureau de vote. "Le combat de boue sans fin et les déclarations vitupératrices ont imprégné la campagne", estime-t-il.

Majorité absolue compliquée

Le nationaliste hindou Narendra Modi brigue un deuxième mandat de cinq ans. Il a en face de lui une myriade de puissants partis régionaux décidés à le faire chuter, ainsi que l'historique parti du Congrès emmené par l'héritier Rahul Gandhi.

>> Ecouter: "Le nationalisme hindou, étendard pour la réélection de Narendra Modi"

Le Premier ministre indien Narendra Modi.
Manish Swarup - AP/Keystone
Tout un monde - Publié le 12 avril 2019

Natif du Gujarat (ouest) et vendeur de thé dans son enfance, le chef de gouvernement bénéficie d'une grande popularité due à ses origines modestes et à l'image d'homme fort qu'il cultive. Les analystes doutent toutefois qu'il parvienne à réitérer son exploit de 2014 d'obtenir la majorité absolue avec son seul parti. Il pourrait devoir former une coalition pour se maintenir à son poste, ce qui constituerait un retour à la norme pour la politique indienne.

Rahul Gandhi (fils de Rajiv et Sonia), le président du principal parti d'opposition. New Delhi, le 12 mai 2019. Rahul Gandhi (fils de Rajiv et Sonia), le président du principal parti d'opposition. New Delhi, le 12 mai 2019. [Adnan Abidi - Reuters] Le Premier ministre de 68 ans est personnellement à l'épreuve des urnes dimanche: sa formation, le Bharatiya Janata Party (BJP), a axé sa campagne sur sa personne. Narendra Modi a insisté sur la sécurité nationale, se présentant en rempart au Pakistan, plutôt que sur le développement de l'économie, programme qui l'avait propulsé au pouvoir il y a cinq ans.

"Attiser la peur"

Au lieu de défendre son bilan, Narendra Modi "a joué sur nos insécurités et fait vibrer nos peurs intérieures profondes", estime le commentateur politique Karan Thapar dans les colonnes du quotidien Hindustan Times. "Son but était de nous rappeler la vulnérabilité de l'Inde. Il a donc attisé la peur, au point de créer la paranoïa", sans parler de sujets pressants comme la crise rurale ou le chômage, juge l'éditorialiste, égratignant aussi la campagne de Rahul Gandhi pour son manque de souffle.

>> Ecouter: "Rahul Gandhi devient le chef de l'opposition en Inde"

Rahul Gandhi.
Ajit Solanki - AP/Keystone
Le 12h30 - Publié le 18 décembre 2017

ats/afp/sjaq

Publié le 19 mai 2019 à 14:48 - Modifié le 19 mai 2019 à 15:14

Une cyber-guerre pourrit les élections

La commission électorale d'Inde a forcé les géants d'internet à retirer des centaines de pages ou messages durant les gigantesques élections législatives, mais ceux-ci ne constituent qu'une goutte d'eau dans l'océan d'infox autour de ce scrutin, estiment les experts.

Durant les six semaines de vote, les deux principaux partis – le Bharatiya Janata Party (BJP) et le parti du Congrès – ont dévolu des armées de "cyber-guerriers" à la lutte d'influence sur les réseaux sociaux. Les deux camps s'accusent mutuellement de recourir à des comptes automatisés (bots) ou agressifs (trolls) pour bombarder les quelque 900 millions d'électeurs indiens de messages, vrais ou faux.

Les insultes échangées à distance entre les deux responsables politiques – Rahul Gandhi qualifiant Narendra Modi de "voleur", ce dernier le surnommant "pappu", qui signifie "idiot" en hindi – sont instantanément partagées des milliers de fois sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie privée.

Une campagne sur internet et les applications de smartphones

La campagne se joue en grande partie sur internet et à l'intérieur des applications de smartphones dans ce pays de 1,3 milliard d'habitants, de plus en plus connecté.

Le vote indien 2019 a été "une élection basée sur les applications où, à côté des appels positifs à l'implication d'électeurs, WhatsApp, ShareChat, Helo, TikTok, Instagram ont été utilisés pour des campagnes de propagande et de désinformation", explique Sangeeta Mahapatra, chercheuse sur l'Asie au German Institute of Global and Area Studies d'Hambourg.

Quelque 500 millions d'Indiens ont accès à internet, un nombre en croissance rapide. 300 millions d'entre eux sont enregistrés sur Facebook et 250 millions utilisent la messagerie WhatsApp.