Modifié le 15 mai 2019 à 10:25

La pollution du transport maritime, un problème encore peu soulevé

Image du documentaire "Cargos, la face cachée du frêt".
L’Organisation maritime internationale se saisit du problème des bateaux qui polluent Tout un monde / 3 min. / le 15 mai 2019
Les experts estiment que le transport maritime sera responsable de 17% des émissions de gaz au niveau mondial d’ici 2050. Mais leur réduction est pour l'instant une problématique peu évoquée.

L'année dernière, l'Organisation Maritime Internationale (OMI), une agence de l'ONU qui réunit plus de 170 pays, a publié une stratégie pour réduire les émissions de gaz à effets de serre causées par le transport maritime. Et cette semaine, l'OMI réunit ses membres à Londres, pour parler notamment climat et environnement.

Or, on ne parle que très peu de l'impact du transport maritime sur le climat et l’environnement, et il ne fait même pas partie des objectifs fixés lors des COP, ces grandes conférences onusiennes sur le climat.

>> Lire: Accord historique pour réduire les émissions carbone du transport maritime

Pourtant, le transport maritime représente 3% des émissions totales de gaz à effet de serre: c'est plus que le bilan carbone d'un pays comme l'Allemagne. Et surtout, ce chiffre ne fait qu'augmenter: si rien n’est fait, on estime que le transport maritime sera responsable de 17% des émissions de gaz au niveau mondial d'ici 2050. Aujourd'hui déjà, environ 90% des marchandises sont acheminés par voie maritime. L'OMI, elle, veut réduire de moitié les émissions de CO2 d'ici à 2050, par rapport au niveau de 2008, mais ce ne sont que des engagements, sans mesure contraignante ni feuille de route.

>> Lire aussi: "Le transport maritime doit prendre conscience de son impact"

Loin des côtes, des régulations moins contraignantes

Le transport maritime a un impact très néfaste sur l’environnement et la santé, car le fioul utilisé par les bateaux est beaucoup plus polluant que celui des voitures ou les avions. Mais loin de la terre ferme, les régulations sont bien moins contraignantes, malgré le fait que la moitié de la population mondiale vit à moins de 150km des côtes et souffre de cette pollution, responsable de décès prématurés à l'échelle de l’Union européenne, mais aussi au niveau mondial. Des mesures ont été prises ces dernières années pour diminuer la teneur en soufre dans les fiouls des cargos, mais les ONG de défense de l’environnement appellent à une action plus conséquente encore.

Limiter la vitesse de navigation

Pour réduire les émissions de CO2, plusieurs pays et organisations proposent de limiter la vitesse de navigation. Aujourd'hui, il n'y a aucun seuil maximum, contrairement au transport routier. "Pour faire avancer un bateau sur la mer, on a besoin de beaucoup d'énergie, à cause de la résistance de l'eau (...). En diminuant notre vitesse de 10%, on baisse de 30% les émissions de gaz à effet de serre", explique Faig Abbasov, chargé du programme politique maritime au sein de l'ONG Transport et Environnement. Les experts ont pu observer cette corrélation dans la "vraie vie", lorsqu'en 2009, au moment de la crise économique, avec la baisse de la demande, les bateaux allaient moins vite.

Faig Abbasov soutient par ailleurs, sur la base d’estimations réalisées par son ONG, qu'en réduisant la vitesse, on peut aussi faire des économies de fioul, et donc réduire les coûts. Mais en face, il y a des consommateurs avides d'obtenir des marchandises au plus vite.

Isabelle Cornaz/jvia

Publié le 15 mai 2019 à 09:59 - Modifié le 15 mai 2019 à 10:25