Modifié le 11 mai 2019 à 21:48

En Italie, la Rai est-elle devenue l'instrument de Matteo Salvini ?

Matteo Salvini est partout sur les chaînes publiques de la Rai depuis son arrivée au pouvoir l'an passé.
La Rai est-elle l'instrument de Matteo Salvini? Forum / 2 min. / le 11 mai 2019
A deux semaines des élections européennes, la Ligue, le parti populiste italien de Matteo Salvini, récolterait 30% des intentions de vote. Un succès qui n'est pas étranger à la surreprésentation du ministre de l'Intérieur sur les chaînes publiques de la Rai.

Au mois de janvier 2019, l'homme fort de la Ligue a occupé à lui seul 15,5% du temps d'antenne politique sur le 20h de Rai Uno, première chaîne du pays, qui est pourtant considérée comme plutôt proche du Mouvement 5 étoiles.

Sur le journal de Rai Due, dirigé par un grand ami de Matteo Salvini, la présence de l'intéressé est encore plus importante et dépasse les 20%, à comparer avec le maigre 1,8% de temps d'antenne de Nicola Zingaretti, l'actuel leader de l'opposition.

Une indépendance mise à mal par la majorité précédente

La direction de la Rai explique cette disproportion en arguant de l'activisme politique et surtout médiatique de Matteo Salvini. En un mot, c'est parce que le chef de la Ligue est très présent sur les réseaux sociaux que les télévisions suivent.

La réalité apparaît pourtant bien différente. La majorité populiste semble avoir quasiment confisqué le pouvoir à la Rai, en vertu d'une loi voulue par la précédente majorité de centre-gauche, celle de Matteo Renzi et qui a mis un peu plus encore l'audiovisuel public italien sous la coupe du pouvoir politique.

Les populistes ont su en profiter et en particulier Matteo Salvini. En homme politique d'expérience, il a en effet réussi à placer des connaissances à des postes clés. Tout cela commence à se traduire par des reportages parfois tronqués, des interviews complaisantes, notamment avec l'idéologue d'extrême droite américain Steve Bannon ou encore l'ultra-nationaliste russe Alexandre Douguine.

Il y a dix jours, un reportage nostalgique sur Benito Mussolini a même été diffusé.

Une mainmise qui va des fourneaux aux séries

Mais ce contrôle, cette mainmise, ne semble pas s'arrêter à l'information. On voit souffler sur les programmes de la Rai un vent souverainiste voire nationaliste, qui va même jusque dans les assiettes.

C'est ainsi que le journaliste gastronomique Vittorio Castellani, qui avait une rubrique sur les cuisines du monde dans la très populaire émission "La prova del cuoco", a été écarté. Les producteurs lui ont expliqué que le programme voulait désormais se focaliser sur les traditions et les plats italiens plutôt que sur le multiculturalisme.

Quant aux téléfilms, si pour l'heure rien n'a vraiment changé sur la Rai, c'est parce que les fictions diffusées cette année ont été réalisées avant l'arrivée de la nouvelle équipe au pouvoir. Mais dans les coulisses, et sous couvert d'anonymat, les producteurs de séries admettent qu'il y a des sujets, ayant notamment trait à l'immigration, qu'ils ne proposent plus.

Sujet Radio: Eric Josef, correspondant pour la RTS à Rome

Adaptation web: Tristan Hertig

Publié le 11 mai 2019 à 21:22 - Modifié le 11 mai 2019 à 21:48