Modifié le 12 avril 2019 à 17:27

Les Etats-Unis veulent juger Julian Assange, arrêté à Londres

Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, arrive au Tribunal de Westminster, après son arrestation. Londres, le 11 avril 2019.
Julian Assange, le fondateur de Wikileaks arrêté hier à Londres, risque une extradition vers les Etats-Unis La Matinale / 2 min. / le 12 avril 2019
Le fondateur de WikiLeaks, arrêté à Londres et reconnu coupable par la justice britannique d'avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, entend "contester et combattre" la demande d'extradition de Washington qui veut le juger et le considère comme une menace pour sa sécurité.

Julian Assange a été extrait de force jeudi matin de l'ambassade d'Equateur où il était réfugié depuis 2012; il voulait éviter d'être extradé vers la Suède, où il était accusé de viol, un dossier depuis classé.

>> Voir le sujet du 12h45 sur les réactions en Equateur:

Julian Assange: l'arrestation du lanceur d'alerte provoque des réactions en Equateur.
12h45 - Publié le 12 avril 2019

Des policiers habillés en civil l'ont porté jusqu'à un fourgon de police. Apparaissant vieilli et affaibli, cheveux longs blancs et barbe hirsute; selon une vidéo réalisée par l'agence Ruptly TV, il s'est écrié: "Le Royaume-Uni doit résister", selon l'auteure de la vidéo.

>> Lire: Julian Assange arrêté par la police britannique à Londres

"Piratage informatique"

L'Australien de 47 ans a été arrêté en vertu d'une demande d'extradition américaine pour "piratage informatique", qui sera examinée au cours d'une audience le 2 mai, et d'un mandat délivré en juin 2012 par la justice britannique pour non présentation au tribunal: un délit passible d'un an de prison.

Il va "contester et combattre" la demande d'extradition, a déclaré son avocate, Jennifer Robinson, pour qui son arrestation "crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes dans le monde. Cela signifie que n'importe quel journaliste peut être extradé vers les Etats-Unis et y être poursuivi pour avoir publié des informations véridiques sur cet Etat".

Chelsea Manning, ex-analyste du renseignement américain, la veille de sa parution devant un grand jury supervisant une enquête sur WikiLeaks. Alexandria, Virginie, le 8 mars 2019. Chelsea Manning, ex-analyste du renseignement américain, la veille de sa parution devant un grand jury supervisant une enquête sur WikiLeaks. Alexandria, Virginie, le 8 mars 2019. [Ford Fischer - Reuters/News2Share] Un autre de ses avocats, l'Espagnol Baltasar Garzon, a affirmé que son client est l'objet "d'une persécution politique" de la part des Etats-Unis.

Le militant est inculpé aux Etats-Unis d'association de malfaiteurs en vue de commettre un "piratage informatique", passible d'une peine maximum de cinq ans de prison, a révélé jeudi le ministère américain de la Justice.

Il est accusé d'avoir aidé l'ex-analyste du renseignement américain, Chelsea Manning, à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense. L'ancienne informatrice, lanceuse d'alerte, a été remise en prison début mars aux Etats-Unis, car elle a refusé de répondre aux questions d'un grand jury supervisant une enquête sur WikiLeaks.

>> Lire: L'ex-informatrice de WikiLeaks Chelsea Manning à nouveau en détention

Julian Assange, "un symbole"

Pour Jean-Marc Manach, journaliste d'investigation spécialiste des questions de surveillance et de vie privée, Julian Assange est "un symbole": "Il a fortement ennuyé les Etats-Unis et ça fait des années qu'ils voulaient se venger: là, ils ont trouvé un moyen, parce que le président équatorien a changé. L'ancien président, Rafael Correa, n'était pas un allié des Etats-Unis et soutenait Assange; le nouveau, Lenin Moreno, est clairement un allié des Américains. Julian Assange a été sacrifié pour faire du business avec les Etats-Unis", soulignait-il à La Matinale de la RTS.

Jeudi, le président américain a réagi avec prudence. "Je ne sais rien de WikiLeaks, ce n'est pas mon affaire", a lancé Donald Trump à la presse, en renvoyant les questions vers son ministère de la Justice.

>> Ecouter La Matinale: "L'héritage de Julian Assange", l'interview de Jean-Marc Manach, journaliste d’investigation, spécialiste des questions de surveillance et de vie privée:

Jean-Marc Manach.
Manhack - CC - BY - SA
La Matinale - Publié le 12 avril 2019

Comparution au tribunal de Westminster

Julian Assange a comparu en milieu de journée, jeudi, dans une salle d'audience du tribunal de Westminster, à Londres, vêtu de vêtements foncés, esquissant un salut, pouce levé, en direction de la presse, avant de se plonger dans un livre.

Le juge Michael Snow l'a qualifié de "narcissique incapable de voir au-delà de son propre intérêt" et l'a déclaré coupable de violation des conditions de sa liberté provisoire. Sa peine sera rendue à une date ultérieure non précisée.

Pour l'ex-président équatorien Rafael Correa, cette arrestation relève "d'une vengeance personnelle du président Lenin Moreno, parce que WikiLeaks il y a quelques jours a publié un cas de corruption très grave".

"Dans sa haine, parce que WikiLeaks a publié la corruption des INA papers, Moreno a voulu détruire la vie d'Assange. Il l'a probablement fait, mais il a également causé d'importants dégâts au pays. Qui va faire confiance à l'ÉQUATEUR à nouveau? "Asylum", du grec ásylon: lieu inviolable, art.41 de la Constitution."

L'ancien président parle de la révélation par le site WikiLeaks de l'existence "d'un compte secret au Panama, à la Balboa Bank", au nom de la famille Moreno. Une affaire connue en Equateur sous le nom de #INApapers.

"Personne n'est au-dessus des lois"

Les critiques ont aussi été jugées "totalement infondées" par le secrétaire d'Etat britannique pour l'Europe et les Amériques, Alan Duncan, qui a assuré que "ses droits n'ont pas été violés" et que tout a été fait "dans le respect du droit international".

Mais la rapporteure de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a déclaré à l'AFP qu'en l'expulsant de l'ambassade, l'Equateur faisait courir à Julian Assange "un risque réel de graves violations de ses droits fondamentaux".

Le gouvernement britannique s'est attaché de son côté à présenter Assange en justiciable comme les autres. "Personne n'est au-dessus des lois", a déclaré la Première ministre Theresa May au Parlement, tandis que le chef de la diplomatie Jeremy Hunt a jugé qu'il n'était "pas un héros".

Stéphanie Jaquet et les agences

Publié le 12 avril 2019 à 09:58 - Modifié le 12 avril 2019 à 17:27

Un proche de Julian Assange arrêté à Quito

L'Equateur a arrêté jeudi une personne "proche" de Julian Assange accusée d'avoir "collaboré aux tentatives de déstabilisation du gouvernement" du président Lenin Moreno, a annoncé la ministre de l'Intérieur Maria Paulo Romo.

La ministre n'a pas dévoilé le nom de la personne arrêtée mais selon la chaîne Teleamazonas, il s'agit d'un ressortissant suédois, Ola Bini, expert en informatique, spécialiste en questions de sécurité et cryptographie.

Cette personne a été interpellée alors qu'elle s'apprêtait à quitter l'Equateur pour aller au Japon.

Vers une réouverture de l'enquête en Suède?

En Suède, l'accusatrice de Julian Assange compte demander la réouverture de l'enquête, a déclaré jeudi son avocate.

"Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l'enquête suédoise et qu'Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol", a dit Me Elisabeth Massi Fritz.