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"On aurait dû quitter l’UE au lendemain du référendum sur le Brexit"

Certains partisans du Brexit s'impatientent face au report de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne [RTS]
Certains partisans du Brexit s'impatientent face au report de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne / 19h30 / 2 min. / le 28 mars 2019
Le Royaume-Uni aurait dû sortir de l’Union européenne ce vendredi 29 mars. Mais près de trois ans après le référendum sur le Brexit, le pays est plus divisé que jamais.

Dans l'ancienne station balnéaire de Clacton-on-Sea, dans l'Essex, près de 70% des électeurs ont voté en faveur du Brexit. Aujourd'hui, à l'instar de Terry Simpson, ils sont nombreux à exprimer leur colère face aux multiples rebondissements politiques qui ont suivi le vote du 23 juin 2016, ce jour désormais historique où 17,4 millions de Britanniques ont fait le choix dans les urnes de prendre le large.

"C'est vraiment scandaleux", confie à la RTS celui qui compte parmi les derniers pêcheurs de Clacton. "On aurait dû quitter l'UE au lendemain du référendum. Reporter le Brexit, c'est une trahison!" Il y a trois ans, il expliquait vouloir que son pays quitte l'Union européenne, trop bureaucratique et trop régulatrice à son goût. "Nous deviendrons plus prospères", estimait-il alors.

Partisan de Nigel Farage, ancien leader de l'UKIP, le parti europhobe fer de lance du Brexit, Terry Simpson regrette désormais que son héros n'ait pas négocié l'accord lui-même. "Il aurait été meilleur", souffle-t-il.

Nigel Farage en marche

Faut-il rappeler que Nigel Farage, satisfait du résultat du référendum, avait quitté son poste peu après le scrutin avant de définitivement abandonner le parti en décembre 2018? Depuis, l'UKIP s'est repositionné encore plus à droite et, malgré des querelles internes, il trouve un nouveau souffle parmi les "Brexiteers", ces partisans du Brexit insatisfaits que l'échéance soit reportée, en particulier dans le nord du pays. Ou dans des lieux comme Clacton.

La vraie division n'est pas entre ceux qui ont voté pour partir ou rester, elle est entre les hommes politiques et le peuple

Nigel Farage, vice-président du mouvement "Leave means Leave"

Nigel Farage – quant à lui – est parti faire de la radio, tout en restant eurodéputé, une fonction que cet invétéré pourfendeur de l'UE occupe depuis 1999 (!). Désormais vice-président du mouvement "Leave means Leave" ("Sortir signifie sortir"), il est à l'initiative de la marche des manifestants pro-Brexit qui ont mis le cap sur Londres à la mi-mars depuis Sunderland.

Cette ville côtière du nord-est de l'Angleterre n'a pas été choisie par hasard. En 2016, elle avait voté pour le Brexit à 61%. Récemment, elle a subi de plein fouet certaines conséquences du divorce - avant même qu'il n'ait lieu – lorsque le constructeur japonais Nissan a renoncé à plusieurs projets destinés à son usine locale, la plus grande sur le continent européen, évoquant l'"incertitude persistante" autour de la sortie de l'UE.

>> Lire aussi: Nissan commence à tourner le dos à l'Angleterre à cause du Brexit

"UE, je t'aime"

Inquiets pour l'économie britannique, europhiles ou critiques envers l'accord négocié par la Première ministre Theresa May et rejeté deux fois par le Parlement, l'autre camp, celui formé des 48,1% de Britanniques qui ont voté pour rester, s'est lui aussi mobilisé. Fâché d'avoir été oublié par son gouvernement qui s'est dès le début mis au service d'un "hard Brexit".

L'organisation "People's vote" a ainsi réuni environ un million de manifestants samedi 23 mars dans les rues de Londres. Et dans cette foule massive et dense, quelques personnalités comme Tom Watson, le numéro 2 du Labour, le principal parti d'opposition au Royaume-Uni, ou Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise qui a appelé ceux qui rejettent une sortie de l'UE à profiter "au maximum de l'opportunité" offerte par le délai accordé par Bruxelles.

Après trois ans de tumultes politiques, le 29 mars pourrait bien avoir lieu le 12 avril si le Parlement britannique refuse à nouveau l'accord et le 22 mai s'il est accepté. Sauf nouveau rebondissement. Bref, to be continued.

Article web: Juliette Galeazzi

Reportage TV: Laurent Burkhalter

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