Modifié le 23 mars 2019 à 10:23

Pourquoi la Lettonie clôture sa frontière russe avec des barbelés

Un mur de barbelés à la frontière entre la Lettonie et la Russie.
La Lettonie construit un mur sur sa frontière avec la Russie Tout un monde / 4 min. / le 18 mars 2019
La Lettonie annonce avoir terminé la construction des premiers 93 km de sa barrière de fils barbelés à sa frontière avec la Russie. L'objectif officiel est de limiter l'immigration clandestine, mais pas de "murer" le pays.

L'image de cette clôture de 2 mètres 70 surmontée de fils barbelés, sur l'une des frontières extérieures de l'Union européenne, ne laisse personne indifférent. 93 kilomètres, c'est un tiers des presque 300 kilomètres de la ligne de démarcation entre la Lettonie et la Russie. A ce stade, Riga n'envisage pas de clôturer l'intégralité de sa frontière, mais uniquement les points de passage sans frontière naturelle.

Officiellement, le petit pays balte espère mieux contrôler les trafics avec son grand et encombrant voisin. Mais pour Emilija Pundziute Gallois, doctorante au Centre de recherche internationale (CERI) de Science Po Paris, l'enjeu est aussi de se protéger contre la Russie.

Un incident qui renforce l'inquiétude sécuritaire

"Il ne faut pas le cacher, il y a cette inquiétude sécuritaire", explique-t-elle lundi dans l'émission Tout un monde. "En septembre 2014, sur la frontière estonienne, les services spéciaux russes ont capturé un policier estonien dans une espèce d'opération de diversion. Il a été arrêté, mis en prison, jugé en Russie, puis échangé contre un espion russe détenu en Estonie."

L'aboutissement de ce premier tronçon, annoncé par les autorités lettones, a été bien plus largement répercuté en Russie qu'en Europe et certains médias russes parlent d'une Europe "qui se mure."

Pas de problème pour les Russophones

Mais l'image est fausse, répond Emilija Pundziute Gallois. "La frontière n'est pas fermée, il y a un mouvement transfrontalier des populations. La Lettonie est d'ailleurs le seul pays balte qui a un accord de mouvements transfrontaliers sans visa avec la Russie." Les populations qui vivent à moins de 50 kilomètres de la frontière, des deux côtés, peuvent ainsi la traverser légalement, sans visa, dans les deux sens.

Car l'un des enjeux principaux pour les pays baltes, mais surtout pour la Lettonie, c'est de gérer au mieux la présence d'une population russe à cheval sur deux pays.

En aucun cas un "mur"

"Il y a des populations russophones qui habitent en Lettonie, c'est dû à l'histoire", rappelle cette spécialiste des pays baltes. "Lors de leur indépendance en 1991, ces populations russophones se sont retrouvées dans les pays indépendants. Il y a des membres de familles, ou par exemple des cimetières, qui se trouvent de l'autre côté de la frontière. Et donc c'est important pour ces populations de pouvoir passer. Ce n'est pas une frontière fermée."

Cette clôture, présentée par les Russes comme un mur, n'en n'est pas un. L'Union européenne a du reste mis en place des projets de coopération transfrontaliers entre la Lettonie et la Russie. Riga est même la première à bénéficier de fonds européens spécifiques à cette problématique.

Une problématique plus globale

"Les tensions sont plus globales", souligne Emilija Pundziute Gallois. "Elles ont augmenté entre l'Europe et la Russie de manière générale après la crise ukrainienne. Il faut voir cette relation entre les pays baltes et la Russie dans ce contexte plus global."

Les populations russophones, elles, sont tout à fait intégrées en Lettonie. "Elles se sentent bien chez elles et les relations des deux côtés des frontières se passe normalement, il n'y a pas de plus grosse préoccupation."

Vincent Stocklin/oang

Publié le 23 mars 2019 à 10:21 - Modifié le 23 mars 2019 à 10:23

Une clôture pour clarifier les relations avec Moscou

Le poids de l'histoire et les rancoeurs existent des deux côtés de la frontière entre les trois pays baltes et la Russie. La Lettonie, l'Estonie et la Lituanie ne sont pas sereines face à Moscou et la protection contre les migrants n'est que la pointe de l'iceberg qui explique la construction de cette clôture lettone.

Le tracé exact de la ligne de démarcation entre certains pays baltes et Moscou n'est toujours pas réglé - c'est le cas de l'Estonie notamment.

La Lettonie et la Russie, en revanche, ont signé en 2008 un traité mettant fin à leurs différends frontaliers, mais les problèmes ne sont pas compléments résolus même s'il est entré en vigueur en 2018.

Ce sont des difficultés de voisinage qui prennent la forme de passages illégaux et de contrebande entre les deux pays. Malgré le traité, les autorités lettones affirment que les gardes-frontière russes se montrent peu coopératifs quand il s'agit d'intercepter trafiquants ou clandestins.

Les Russes exigeraient notamment la preuve du passage de la frontière au travers d'empreintes de pas pour reprendre un ressortissant. Avec sa clôture et ses caméras, la Lettonie espère se protéger des clandestins, mais peut-être et surtout clarifier ses relations de voisinage possible avec son encombrant mais incontournable voisin russe.