Modifié le 15 mars 2019 à 09:33

"Le transport maritime doit prendre conscience de son impact"

Le "Grande America" avant qu'il ne coule dans le Golfe de Gascogne, le 11.03.2019.
François Piccione livre son analyse sur les pollutions liées à la marine marchande La Matinale / 5 min. / le 15 mars 2019
La région de La Rochelle, en France, se prépare à une potentielle marée noire. Pour le spécialiste François Piccione, le naufrage du "Grande America" met en lumière les pollutions oubliées du transport maritime.

Le porte-conteneurs, qui a sombré mardi après-midi, transportait des matières dangereuses et 2200 tonnes de fioul lourd. Deux nappes d'hydrocarbures ont été localisées jeudi dans la zone du naufrage du navire italien et pourraient atteindre le littoral français dimanche.

La catastrophe met en lumière l'impact environnemental du transport maritime, alors que tous les regards se focalisent vers le transport aérien et que l'on parle de taxer le kérosène.

"On présente souvent le transport maritime comme étant un mode de transport propre, parce qu'on ne prend en considération que ses émissions de gaz à effet de serre", constate François Piccione, coordinateur du réseau océans, mer et littoraux à la Fédération française des associations de protection de la nature et de l'environnement , vendredi dans La Matinale.

"Le transport maritime implique plein de pollutions"

"Mais il faut savoir que le transport maritime implique plein d'autres pollutions, qui sont pour certaines beaucoup moins connues que les émissions à effet de serre qui ont un impact sur le réchauffement climatique. Il y a des pollutions liées à la santé, comme les émissions de dioxyde de souffre et de dioxyde d'azote. Vous avez aussi la perte de conteneurs en mer ou les dégazages, notamment. Donc il y a plein d'impacts liés au transport maritime."

Le dioxyde de souffre et le dioxyde d'azote constituent ce qu'on appelle les particules fines et "le transport maritime en émet énormément", souligne François Piccione. "C'est très peu réglementé au niveau international, au niveau de l'Organisation maritime internationale (OMI), et le transport maritime utilise effectivement un fioul très peu raffiné par rapport aux autres modes de transports comme le transport terrestre ou le transport aérien. Donc il y a un vrai travail à faire sur la motorisation du transport maritime qui, aujourd'hui, utilise encore un fioul très polluant."

Le fret maritime au cœur de la mondialisation

Aujourd'hui, 90% des produits fabriqués et consommés dans le monde sont transportés par mer. "Le transport maritime est le symbole même de la mondialisation et on se préoccupe uniquement des questions économiques", souligne ce spécialiste. "On transporte une marchandise d'un point A à un point B, en prenant en compte seulement des considérations liées à l'économie, et malheureusement très peu de considérations liées à la protection de l'environnement et même au social."

"Il faut que le transport maritime prenne conscience de son impact environnemental, et il faut prendre des mesures fortes au niveau international, mais aussi à l'échelon européen ou de la France déjà, pour essayer de résoudre ces questions d'impacts environnementaux", conclut François Piccione.

Propos recueillis par Romaine Morard/oang

>> Ecouter aussi le sujet de la Matinale:

La régression progressive de la banquise rend les routes de l'Arctique toujours plus navigables.
a_medvedkov - Fotolia
La Matinale - Publié le 15 mars 2019

Publié le 15 mars 2019 à 08:17 - Modifié le 15 mars 2019 à 09:33