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"Le rapatriement des djihadistes reste la moins pire des solutions"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Nicolas Hénin, président d'Action Résilience [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Nicolas Hénin, président d'Action Résilience / La Matinale / 10 min. / le 28 février 2019
La problématique du rapatriement des djihadistes enflamme la Suisse et de nombreuses capitales européennes. Pour Nicolas Hénin, ex-otage du groupe EI et actuel président d'Action Résilience, il faut avoir le courage politique d'aller contre l'opinion publique.

La question est sensible en Suisse, en France, et partout en Europe. Faut-il rapatrier les combattants occidentaux du groupe terroriste Etat islamique (EI) ou alors les juger sur place, en Syrie ou en Irak?

Pour l'ex-journaliste Nicolas Hénin, le retour de ces terroristes n'est pas "sans risque" ni "sans coûts": "Il y a un risque de récidive terroriste ou même de propagation idéologique lors de leur détention (...) Par ailleurs, il y aura un coût extrêmement élevé pour le système pénitentiaire mais aussi judiciaire, ainsi que pour les services de renseignement."

Néanmoins, ce retour représente pour Nicolas Hénin "la moins pire des solutions" en termes sécuritaires.

Des prisons peu sûres au Moyen Orient

 "Toute autre solution est dangereuse et ne garantit pas que ces individus seront détenus convenablement, à l'abri de toute évasion ou de toute tractation politique qui risquerait de les voir à nouveau en liberté", explique-t-il encore.

"Je préférerai toujours avoir un détenu suisse en Suisse ou un détenu français en France que dans un pays à l'étranger, en particulier dans une prison du Moyen-Orient (...) Par le passé, il y a eu un certain nombre d'évasions, par la force ou par la corruption (...) Il y a quelques jours, la presse anglaise révélait qu'un djihadiste britannique arrêté par des rebelles syriens avait été jugé, puis relâché (...) ce djihadiste est aujourd'hui dans la nature", ajoute-t-il.

"Opposition colossale de l'opinion publique"

La question du rapatriement reste toutefois très tendue, tant en Suisse qu'en France. Pour l'expert, cette paralysie politique s'explique avant tout par une "opposition colossale de l'opinion publique" aux projets de retour.

"Quels que soient les sondages, quels que soient les pays ou encore les bords politiques, on a une opposition de l'ordre de 80 à 90% de gens qui, par peur, ne veulent pas revoir ces individus. Cette opposition est relativement contrebalancée par les experts, au sein des services de sécurité, des renseignement, les analystes ou encore les scientifiques qui travaillent sur le terrorisme, qui sont plutôt unanimes sur le fait qu'aucune autre solution que le rapatriement n'apporte de gage de sécurité et d'un traitement judiciaire sérieux."

Les dirigeants semblent donc bloqués entre une opinion publique très défavorable et des spécialistes qui conseillent le rapatriement. Pour Nicolas Hénin, il faut donc "un courage politique considérable" pour aller à l'encontre d'une majorité "qui s'exprime aussi massivement contre un tel mouvement".

Propos recueillis par Valérie Hauert

Adaptation web: Tristan Hertig

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Radicalisation similaire entre hommes et femmes

En Suisse, la gauche se dit plutôt favorable aux rapatriements alors qu'à droite, certains membres de la classe politique divisent la question, avec d'un côté, des hommes qu'il faudrait juger sur place, et de l'autre, des enfants et des femmes qu'il faudrait rapatrier.

Pour Nicolas Hénin, il est tout d'abord important d'avoir "un consensus" dans le cas des enfants. Pour lui, il s'agit de les considérer "commes des victimes": "La plus grande partie du contingent d'enfants occidentaux qui se trouvent actuellement entre la Syrie et l'Irak sont nés sur place", explique-t-il.

En revanche, le consultant refuse clairement une classification genrée: "Je suis assez surpris par la position concernant les femmes (...) En quoi considérerait-on qu'une femme serait moins responsable de son engagement au sein d'un groupe terroriste, voire moins dangereuse? Nous avons eu des femmes impliquées dans des projets d'attentats sur le sol européen (...) il n'existe aucune différence dans le niveau de radicalisation entre hommes et femmes."