Modifié le 21 février 2019 à 15:09

Quand la pornographie s'immisce dans le smartphone des ados

Les images X n'ont jamais été aussi accessibles.
"Pornographie: un jeu d’enfant", diffusé lundi 18 février, est disponible dans RTSplay jusqu'au 20 mars 2019. [Cinétévé]
L'accès facilité à internet a dévié une partie des attentes et des pratiques sexuelles des jeunes, relève le documentaire "Pornographie: un jeu d'enfant". En Suisse, 40% des adolescents âgés de 12 à 20 ans ont déjà reçu des images érotiques sur leurs smartphones.

Avec le développement d'internet et l'usage accru des tablettes et des smartphones, les jeunes ont un accès facilité à des images d'ordre sexuel. Poussés par leur curiosité ou par la pression du groupe, certains vont taper les mots "sexe" ou simplement "faire l'amour" dans des moteurs de recherche dès que l'occasion se présente. C'est à 10 ans que les enfants verraient pour la première fois un film pornographique, en moyenne. Selon une étude récente de l'Université des sciences appliquées de Zurich, 18% des 12-13 ans ont déjà regardé un film X. Ce chiffre passe à 38% pour les 14-15 ans.

L'accès facilité à des images pornographiques n'a pas avancé l'âge moyen du premier rapport sexuel (il est de 17 ans depuis les années 1960). En revanche, il aurait modifié la vision qu'entretiennent les jeunes sur leur sexe, sur la sexualité, et même plus globalement sur les rapports hommes-femmes. C'est le constat que dresse le documentaire français "Pornographie: un jeu d'enfant" (à voir ci-dessus).

Réalité biaisée

"Les filles viennent nous demander si leur vulve est normale. Elles me disent 'J'ai des petites lèvres qui sont trop grandes' (…) Et les garçons ont des angoisses terribles de ne pas pouvoir y arriver", assure le professeur français Israël Nisand dans le film. En plus d'avoir une attente démesurée sur leurs capacités corporelles, certains adolescents en arrivent à penser que les pratiques dégradantes ou violentes sont de l'ordre de l'ordinaire. La possession devient un élément central. Le concept de "consentement" n'est pas dans leur esprit.

"Dans la pornographie, la femme est presque toujours l'objet au service de l'homme, des hommes qui sont possesseurs de pouvoir et qui sont des machines, ce qui n'est pas tellement mieux", relève Jocelyne Robert, sexologue. Jocelyne Robert, sexologue. Jocelyne Robert, sexologue. [Cinétévé]

Interrogé, le pédopsychiatre suisse spécialisé dans la cyberaddiction Philippe Stephan relativise. "Dans nos consultations, l'accès facilité à la pornographie n'a pas modifié le rapport à l'autre sexe. Les représentations liées à la passion amoureuse sont toujours là", assure ce médecin.

Pratiques douteuses, voire dangereuses

Selon les spécialistes intervenant dans le documentaire, des pratiques jusque-là peu courantes se développent, tant chez les garçons que chez les filles: drague par l'envoi d'images de soi nu ou en train de se masturber (sexting), rapports sexuels filmés sous la contrainte, cyberharcèlement d'ordre sexuel, voire fellations à plusieurs dans les toilettes, viols ou contacts avec des pédophiles. "Laisser les enfants en stabulation libre devant ces images-là sans les accompagner d'une parole d'adulte, c'est une véritable barbarie", s'insurge le professeur Israël Nisand.

Là encore, le médecin vaudois Philippe Stephan se montre plus prudent. Pour lui, les situations extrêmes ont toujours existé et sont le fait de personnes qui rencontrent des difficultés de manière générale. Par ailleurs, "les fantasmes ont toujours été là. On assiste uniquement à une libération de la parole, favorisée par internet".

Caroline Briner

Publié le 20 février 2019 à 09:36 - Modifié le 21 février 2019 à 15:09

Comment accompagner les adolescents face aux images X ?

Plusieurs associations conseillent les adolescents en Suisse romande. Parmi elle, ciao.ch permet à quiconque de poser des questions anonymement, auxquelles répondent des professionnels. Anne Dechambre est responsable de ce site.

RTSinfo: Faut-il laisser les enfants assouvir leur curiosité et regarder des films X?
Anne Dechambre: Non. Il faut assouvir leur curiosité mais autrement que par la pornographie, qui peut être choquante et destructrice selon l'âge .

A quel âge les parents doivent-ils aborder la thématique avec leurs enfants?
Vers 10-11 ans, mais cela peut être plus tôt si l'enfant se pose des questions.

Comment accompagner l’usage du smartphone?
L'essentiel est d'établir une relation de confiance avec ses enfants et de leur dire que s'ils voient des images qui les choquent, ils doivent en parler à leurs parents, ou au moins à un adulte. Cela peut être un oncle, un professeur, l'infirmière de l'école, etc. Cette recommandation ne concerne pas que le porno d'ailleurs, mais aussi la violence ou le harcèlement. De manière générale, pour se construire, l'enfant a besoin de dépasser les limites. Donc cela ne sert à rien de vouloir se battre contre des moulins à vent. Il faut surtout que les enfants communiquent.

Que peuvent faire les parents si leurs enfants sont choqués par des images X ?
Je leur conseille de les écouter et de souligner qu'il s'agit d'acteurs et d'actrices, qui sont maquillés, épilés et payés pour ce travail. Et que ça n'a rien à voir avec une relation d'amour.

Que dire aux adolescents qui s'échangent des photos coquines d'eux-mêmes?
Il faut leur faire comprendre que ça peut être un jeu dangereux car ils ne peuvent pas maîtriser le chemin que vont parcourir ces images. La question qu'on leur pose est: "Est-ce que tu te présenterais ainsi dans la cour de récréation?".

Est-ce que l'école en fait assez?
L'école informe sur la sexualité et invite de plus en plus d'acteurs différents dans la prévention. Il est important d'intervenir tôt en transmettant ce message simple aux enfants: Votre corps vous appartient. Il faut apprendre à se respecter et à respecter l'autre.