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Berlin juge "extrêmement difficile" le rapatriement des djihadistes

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Haas à Bruxelles, lundi 19.02.2018. [Olivier Hoslet - EPA/Keystone]
Les Européens discutent du rapatriement des djihadistes détenus en Syrie / Le 12h30 / 2 min. / le 18 février 2019
Les ministres européens des Affaires étrangères doivent discuter lundi du sort des djihadistes européens en Syrie. Paris et Berlin refusent d'ores et déjà d'entrer en matière tel quel sur la demande du président américain.

Le président américain Donald Trump a exhorté dimanche les Européens à reprendre leurs centaines de ressortissants détenus en Syrie après avoir rejoint les rangs du groupe Etat islamique (EI). Son appel intervient alors que le groupe djihadiste est sur le point d'être vaincu par l'alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans son dernier fief.

>> Lire: Le difficile retour des familles de djihadistes étrangers en Syrie et en Irak

Le sort de ces étrangers retenus par les forces kurdes n'a toujours pas été tranché. Ils sont Français, Allemands, Irlandais, Italiens, Anglais ou encore Canadiens. Les hommes sont en prison, les femmes et les enfants sont retenus dans des camps de déplacés.

Pas de retours en Allemagne sans garanties

Le ministre allemand des Affaires étrangères a jugé "extrêmement difficile", dimanche soir, d'organiser à ce stade un rapatriement de ces djihadistes européens.

Un retour ne pourrait être possible que si "nous pouvons garantir que ces personnes soient immédiatement envoyées ici devant un tribunal et qu'elles seront mises en détention", a déclaré Heiko Maas sur la première chaîne de télévision allemande ARD. Berlin veut "se concerter avec la France et la Grande-Bretagne (...) sur la façon de procéder", a-t-il encore précisé.

Décisions "au cas par cas" en France

En France, la politique de rapatriement des ressortissants français partis rejoindre l'EI en Syrie continue pour l'instant à se faire au "cas par cas", a déclaré lundi la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

"Il y a une situation géopolitique nouvelle qui vient d'être établie avec le retrait des Américains. Pour le moment, nous ne changeons pas de politique", a-t-elle déclaré sur France 2. Une source proche du dossier a évoqué le cas de 150 Français, dont 90 mineurs.

Appel à une solution européenne

En Belgique, le ministre de la Justice Koen Geens a réclamé dimanche une "solution européenne", appelant à "réfléchir tranquillement et regarder ce qui comporte le moins de risques sécuritaires".

Agences/oang

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Cas des prisonniers suisses en suspens

En Suisse, le Service de renseignement de la Confédération a dénombré selon ses derniers chiffres 93 "voyageurs motivés par le djihad qui, partis de Suisse, ont été ou sont actuellement dans des zones de conflits".

La plupart ont choisi la Syrie et l’Irak (plus de 80), le reste se trouve en Afghanistan, en Somalie et aux Philippines. Certains sont décédés, d’autres vivent encore et certains veulent rentrer ou l'ont déjà fait.

"Quand l’un de ces individus revient en Suisse, une procédure pénale est systématiquement ouverte", expliquait André Duvillard, délégué du Réseau national de sécurité, au quotidien Le Temps dans son édition du 4 février.

La question du rapatriement des ressortissants suisses désormais prisonniers ne semble pas encore avoir trouvé de réponses au sein des renseignements helvétiques, soulignait le quotidien. Le Conseil fédéral se prononcera à ce sujet en temps utile, selon le SRC.

Les Kurdes syriens mettent en garde

Les djihadistes emprisonnés en Syrie sont une "bombe à retardement" et les pays dont ils sont originaires doivent en assumer la responsabilité, a averti lundi un haut responsable de la région autonome kurde dans le nord de la Syrie.

Abdulkarim Omar, co-responsable des relations internationales du Rojava, a déclaré que les combattants de l'Etat islamique (EI) détenus par les Kurdes étaient au nombre d'environ 800, auxquels s'ajoutent quelque 700 femmes et 1500 enfants dans des camps pour déplacés. Des dizaines d'autres détenus et leurs proches arrivent chaque jour, a-t-il dit.

Ces prisonniers pourraient s'évader à la faveur d'une attaque contre la zone autonome, a insisté le responsable kurde syrien.