Modifié le 12 février 2019 à 14:05

L'Espagne ouvre le procès historique des indépendantistes catalans

Les séparatistes devant les juges de la Cour suprême de Madrid à l'ouverture de leur procès, le 12 février 2019.
Interview de Benoît Pellistrandi, historien, spécialiste de l'Espagne La Matinale / 6 min. / le 12 février 2019
Le procès de douze anciens dirigeants séparatistes catalans s'ouvre mardi à Madrid. Pour l'historien Benoît Pellistrandi, le procès "conduit à réfléchir à la plus grave crise que l'Espagne ait traversée depuis la guerre civile".

Cinq cents témoins et trois mois d'audience pour rouvrir la question catalane qui divise l'Espagne: la portée du procès qui s'ouvre mardi à la Cour suprême de Madrid est historique. A tel point que le président du Tribunal, Carlos Lesmes, a estimé qu'il était le "plus important depuis le rétablissement de la démocratie" post-Franco. L'accusation qui pèse sur les prévenus, pour la plupart des anciens responsables du gouvernement régional catalan, se base sur la désobéissance politique et la construction d'institutions parallèles depuis 2012. Ils risquent entre 7 et 25 ans de prison.

Retransmis en direct sur les médias espagnols, le procès se déroulera sans l'ancien président catalan Carlos Puigdemont, figure de proue du séparatisme qui a pris la fuite en Belgique fin octobre 2017. "L'accusation de rébellion va donner lieu à des débats", estime mardi dans La Matinale de la RTS l'historien spécialiste de l'Espagne Benoît Pellistrandi. "Certains juristes jugent cette inculpation disproportionnée."

L'affaire s'ouvre dans une ambiance tendue, alors que le gouvernement espagnol a annoncé vendredi mettre fin aux discussions avec les séparatistes catalans. Le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez est quant à lui montré du doigt pour avoir maintenu le dialogue avec les indépendantistes.

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"Ce n'est pas un procès partisan"

Les nationalistes catalans parlent d'un procès "politique" partisan. "La Constitution et le statut d'indépendance sont en effet des questions politiques fondamentales", explique le spécialiste de l'Espagne. De nombreux sujets seront traités durant l'audience. "On parlera des problèmes de violence mais surtout de la conception même de la démocratie et citoyenneté espagnole. Mais ce n'est pas un procès partisan car ce n'est pas pour les idées indépendantistes que les douze sont devant les juges, mais pour avoir abusé et enfreint leur pouvoir."

A l'heure où les rumeurs d'une possible dissolution au sein du Parlement s'accélèrent, les tensions pourraient bien croître. "On est dans une confrontation extrêmement dure, car ce que les Catalans feignent d'ignorer, c'est que leur niveau de provocation verbale a atteint de tels sommets qu'ils ont réveillé un nationalisme espagnol qui peut faire penser au franquisme, même s'il en est loin."

Benoît Pellistrandi rappelle que le président actuel de la Catalogne, Quim Torra, a comparé publiquement les Espagnols à des "hyènes humaines". "Les événements qui se sont déroulés entre septembre et octobre 2017 ont été d'une gravité incroyable. Tout a été remis en cause: l'intégrité du pays et son architecture démocratique." La réconciliation prendra du temps.

Propos recueillis par Romaine Morard/ani

Publié le 12 février 2019 à 09:31 - Modifié le 12 février 2019 à 14:05