Modifié le 08 février 2019 à 14:29

Le difficile retour des familles de djihadistes étrangers en Syrie

Une femme et ses enfants qui ont fui les combats entre le groupe Etat islamique et les Forces démocratiques syriennes dans la province de Deir Ezzor en Syrie.
Le difficile retour des familles de djihadistes étrangers en Syrie et en Irak Le 12h30 / 3 min. / le 08 février 2019
En Syrie, des centaines de djihadistes étrangers attendent d'être rapatriés dans leurs pays d'origine qui, eux, sont nombreux à refuser leur retour. La RTS a rencontré sur place des femmes de combattants décédés.

Le retour des djihadistes européens partis combattre en Syrie est un casse-tête. Les Etats affichent tous une politique différente et beaucoup refusent de reprendre leurs citoyens.

Selon BFMTV, deux avions des forces spéciales américaines auraient été affrétés vendredi matin pour organiser le retour des Français partis combattre en Syrie et en Irak pour le compte de l'Etat islamique. L'information doit encore être confirmée.

Milliers de femmes et d'enfants

En Syrie, des centaines de djihadistes étrangers se trouvent actuellement dans la province de Deir Ezzor, dans l'est du pays. Ils ont rendu les armes, se sont livrés aux forces kurdes et souhaitent rentrer dans leur pays.

Au milieu du désert, des milliers de femmes et d'enfants, majoritairement irakiens et russes, s'entassent dans des camions. Sous l'unique tente de ce camp de transit, à quelques dizaines de kilomètres du front, des femmes partagent une assiette de riz, enroulées dans une couverture.

"Je suis innocente, j'étais à la maison"

"On était en Russie et mon mari m'a dit: 'Viens, on va faire du tourisme à Mossoul'", raconte l'une d'elles, Jamila. Coupée par un soldat kurde qui lui intime de dire la vérité, elle reprend.

"Non, en fait nous n'étions pas à Mossoul, je vous ai menti. Mon mari était combattant à Raqqa, il est mort il y a deux ans. Mais moi, je n'ai rien fait. Vous savez, nous les femmes n'avons pas le droit de combattre, nous nous occupons des enfants. Je suis innocente, j'étais à la maison. Il faut que les Nations unies nous aident. Cela fait longtemps que je voulais fuir (le groupe) Etat islamique, mais les passeurs nous demandaient 5000 dollars par personne. Pour moi et mes enfants, cela aurait fait 15'000 dollars. Où voulez-vous que je les trouve?"

"Ma famille me manquait"

A côté d'elle, Miriam est originaire du Maroc. "Moi, je ne voulais pas venir ici, je vivais bien à Meknès. Mais mon mari a commencé à fréquenter des salafistes et petit à petit, l'idée du djihad a germé dans son esprit", relate-t-elle. "Un jour, en ouvrant ma page Facebook, je suis tombée sur une photo de lui en Syrie. Ensuite, il a fait pression pour que je le rejoigne. Il me disait: 'Viens, ne reste pas avec les enfants loin de moi. Les gens vivent bien ici.'

Son mari lui a par la suite envoyé de l'argent, et elle l'a rejoint sur les terres du califat. "Mais après quelques mois, ma famille me manquait", explique Miriam. "Je l'ai supplié pour que nous rentrions au pays, mais il a toujours refusé. Maintenant il est mort, alors nous pouvons partir. J'espère qu'ici, ils vont faire le nécessaire, parce que mes proches m'attendent au Maroc."

Une dizaine d'enfants de djihadistes suisses

Ces familles demandent quasiment toutes à rentrer chez elles, une nouvelle difficulté pour les Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition militaire active dans le nord du pays, et qui vise surtout à chasser le groupe Etat islamique de la zone, ndlr.).

"Le principal problème auquel nous sommes confrontés avec les djihadistes est que leurs pays d'origine refusent de les rapatrier. Personne n'en veut", souligne Awal Nirwan, commandant des FDS dans la province de Deir Ezzor. "Et, malgré nos demandes officielles, aucun gouvernement ne nous a répondu. Mais notre objectif reste toujours de les renvoyer dans leur pays."

Selon le Service de renseignement de la Confédération, une dizaine d'enfants de djihadistes suisses vivraient toujours en Syrie et en Irak.

Réalisation: Noé Pignède, envoyé spécial en Syrie

Adaptation web: Katharina Kubicek

Publié le 08 février 2019 à 13:13 - Modifié le 08 février 2019 à 14:29