Modifié le 08 février 2019 à 12:22

La France rappelle son ambassadeur en Italie face à "une situation grave"

France - Italie, crise diplomatique: la France rappelle son ambassadeur à Rome pour consultation.
France - Italie, crise diplomatique: la France rappelle son ambassadeur à Rome pour consultation. 19h30 / 2 min. / le 07 février 2019
La France a rappelé son ambassadeur en Italie pour "des consultations" après une série de "déclarations outrancières" et "d'attaques" sans "précédent" de responsables italiens, a annoncé jeudi le ministère français des Affaires étrangères.

"La France a fait, depuis plusieurs mois, l'objet d'accusations répétées, d'attaques sans fondement, de déclarations outrancières que chacun connaît et peut avoir à l'esprit", a déclaré la porte-parole du Quai d'Orsay. "Cela n'a pas de précédent, depuis la fin de la guerre. Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable", a ajouté Agnès von der Mühll.

Le rappel d'un ambassadeur est tout aussi sans précédent entre la France et un autre pays membre de l'Union européenne (UE), confirme-t-on de source diplomatique.

Main tendue italienne

Les deux chefs politiques du gouvernement populiste italien, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini et le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, se sont déclarés jeudi "disponibles" pour dialoguer avec le gouvernement français. "Nous sommes tout à fait disposés à rencontrer le président (français Emmanuel) Macron et le gouvernement français", a écrit Matteo Salvini, patron de la Ligue (extrême droite) dans un communiqué.

>> Voir les déclarations émises par le gouvernement italien entre jeudi et vendredi:

Matteo Salvini répond à Emmanuel Macron
L'actu en vidéo - Publié le 08 février 2019

La rencontre mardi en France du vice-premier ministre italien Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), avec des "gilets jaunes", mobilisés depuis plusieurs semaines contre le président Emmanuel Macron, a fait déborder le vase. Luigi Di Maio a annoncé sur les réseaux sociaux avoir rencontré des responsables des "gilets jaunes", en concluant: "Le vent du changement a franchi les Alpes. Je répète: le vent du changement a franchi les Alpes".

Cette rencontre a fait suite à une série de propos d'une rare violence de Luigi Di Maio comme du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini, patron de l'extrême droite italienne, à l'encontre de l'exécutif français. Matteo Salvini, patron de la Ligue et homme fort du gouvernement italien, a ainsi dit espérer que le peuple français se libère bientôt d'un "très mauvais président", des propos totalement inédits entre responsables de pays fondateurs de l'UE.

Sur l'immigration, la Libye, les activistes italiens recherchés pour terrorisme depuis les années 1970 et réfugiés en France ou le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin, les différends entre Rome et Paris ont aussi conduit à des échanges vifs ces derniers temps.

Les confrontations pourraient bien disparaître après les élections européennes. ''Les prévisions économiques ne permettront pas la réalisation du budget de l'Etat italien entré en récession, explique Jean-Pierre Darnis, maître de conférences à l'Université de Nice et spécialiste de l'Italie. Dans quelques mois, Il devra passer par une loi de correction financière, qui sera une énorme bataille politique que les partis actuels ne peuvent pas mener. Il y aura alors une forme d'évolution, mais après les élections."

>> Ecouter l'intégralité de l'éclairage de Jean-Pierre Darnis:

L'ambassade française à Rome, dans le Palazzo Farnese.
Tiziana Fabi - AFP
Forum - Publié le 07 février 2019
 

>> L'analyse de Jean-Philippe Schaller dans le 19h30:

Jean-Philippe Schaller "Europe: La division est profonde. On est toujours dans le bras de fer entre populistes et mondialistes."
19h30 - Publié le 07 février 2019

afp/ebz

Publié le 07 février 2019 à 14:36 - Modifié le 08 février 2019 à 12:22

L'escalade verbale entre Rome et Paris depuis juin 2018

Le 12 juin 2018, Emmanuel Macron dénonce le "cynisme" et "l'irresponsabilité" du gouvernement italien qui a refusé d'accueillir le navire Aquarius et les 630 migrants à son bord.

Le ministre de l'Intérieur italien, Matteo Salvini, exige des excuses, brandissant la menace d'une annulation de la visite à l'Elysée du nouveau chef du gouvernement, Giuseppe Conte. Elle a finalement lieu le 15.

Le 22 juin, Emmanuel Macron évoque "la lèpre qui monte" en Europe, "le nationalisme qui renaît, la frontière fermée que certains proposent" et ceux qui "trahissent même l'asile".

"Nous sommes peut-être des populistes lépreux, mais moi les leçons je les prends de qui ouvre ses ports. Accueillez les milliers de migrants et après on en reparlera", rétorque Matteo Salvini à "l'arrogant président Macron".

Fin octobre 2018, un clip du gouvernement français appelle les citoyens à voter aux élections européennes de mai 2019 en affichant l'Italien Matteo Salvini et le Hongrois Viktor Orban comme repoussoirs. On y voit des migrants sauvés de la noyade, puis Matteo Salvini et Viktor Orban haranguant les foules.



"Le gouvernement français publie, avec l'argent des contribuables, un clip officiel pour les européennes en m'utilisant comme un épouvantail. Macron et ses amis doivent avoir très peur. En 2019, un printemps des peuples qui va les balayer les attend", réagit Matteo Salvini sur Twitter.

Le 7 janvier 2019, Matteo Salvini et l'autre vice-Premier ministre du gouvernement, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement Cinq Etoiles (M5S), expriment leur soutien au mouvement des "gilets jaunes" français,

Le 20 janvier, Luigi Di Maio appelle l'Union européenne à des "sanctions" contre des pays comme la France, accusée "d'appauvrir l'Afrique" et de pousser les migrants à rejoindre l'Europe par sa politique de "colonisation". L'ambassadrice d'Italie en France est convoquée au ministère français des Affaires étrangères pour ces propos jugés "inacceptables".



Le 22 janvier, Matteo Salvini dit espérer que le peuple français se libérera bientôt d'un "très mauvais président".

La France ne va pas jouer au "concours du plus bête" avec les dirigeants italiens, déclare le lendemain la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau. Mais, en l'état, "des visites de responsables français ne sont pas envisageables en Italie", prévient-elle.

Le 27 janvier, Emmanuel Macron déclare que "le peuple italien est notre ami et mérite des dirigeants à la hauteur de son histoire".

Le 7 février Luigi Di Maio annonce qu'il a rencontré le 5 février, en région parisienne, des responsables des "gilets jaunes" français.