Publié le 09 février 2019 à 18:31

Le Mexique veut en finir avec le pillage de carburant malgré les menaces

Valve clandestine sur un pipeline dans l'Etat mexicain de Puebla, en juillet 2018.
Le Mexique veut en finir avec le pillage de carburant malgré les menaces Tout un monde / 4 min. / le 07 février 2019
Après l'explosion meurtrière d'un oléoduc en janvier, le président mexicain veut mettre fin au vol de carburant par des groupes criminels. Il se dit prêt à tenir bon malgré les menaces proférées.

Le 18 janvier dernier, l'explosion d'un oléoduc perforé par des trafiquants a causé la mort de 120 villageois venus s'approvisionner en carburant à Tlahuelilpan, à une centaine de kilomètres au nord de Mexico. Cette tragédie a remis en lumière le trafic illégal d'essence par des groupes criminels, une pratique baptisée "huachicol".

OLEODUC
L'actu en vidéo - Publié le 19 janvier 2019

A la suite de l'accident, le président mexicain Andrés Manuel López Obrador avait demandé à tout le pays de s'unir dans la lutte contre ce phénomène. Car la population est impliquée dans cette activité des cartels en trafiquant ou en achetant de l'essence volée. Le chef de l'Etat a donc exhorté ses concitoyens à ne plus participer à ce qu'il décrit comme un système de pillage à grande échelle.

Menaces de mort lancées par les cartels

Mais les cartels qui siphonnent les oléoducs de la compagnie pétrolière ont réagi en menaçant de tuer des innocents si le gouvernement ne retirait par les militaires chargés de surveiller les canalisations.

Car le "huachicol" est devenu aujourd'hui l'une des principales activités illicites des trafiquants au Mexique. L'équivalent de 600 camions citerne de carburant disparaît quotidiennement via le siphonnage des oléoducs, représentant une perte de quelque trois milliards de francs annuels pour l'entreprise pétrolière d'Etat Pemex.

Marché bien plus large que les drogues

Et si le vol de carburant est devenu si rentable pour les organisations criminelles, c'est parce qu'il dispose d'un marché beaucoup plus important que les drogues. Il est également difficile à démanteler parce qu'il s'agit d'un enchevêtrement complexe entre trafic illégal et marché légal.

"Le trafic illégal est passé inaperçu en écoulant le carburant par plusieurs voies et notamment dans des établissements légaux. Ce qui fait que, pendant très longtemps, on a laissé ce délit s'infiltrer dans l'économie légale. C'est pour cela que le vol de carburant a pris de telles proportions", explique dans l'émission Tout un monde la journaliste mexicaine Ana Lilia Pérez qui enquête depuis une dizaine d'années sur le phénomène du "huachicol".

Des programmes sociaux pour contrer le phénomène

Le président mexicain a réagi aux menaces des cartels en assurant qu'il ne se laisserait pas intimider. Pour mettre fin au "huachicol", certains oléoducs ont été fermés et les militaires sont chargés de surveiller le réseau qui traverse une grande partie du territoire. 

Andrés Manuel López Obrador a aussi lancé une série de programmes sociaux pour aider les régions les plus touchées. Car des communautés entières se sont progressivement impliquées dans ce trafic. C'est ce qu'explique Ana Lilia Perez.

"Peu à peu, les communautés se sont impliquées dans ce trafic de leur plein gré, ou contraintes et forcées par les groupes criminels qui contrôlent leurs régions", poursuit Ana Lilia Pérez. "Actuellement il y a beaucoup de communautés dont l'économie dépend du vol de carburant, surtout dans les zones rurales."

Emmanuelle Steels/oang

Publié le 09 février 2019 à 18:31