Modifié le 14 janvier 2019 à 11:21

Le développement de la viande de synthèse, un défi d'avenir?

Viande in vitro: en Hollande, un laboratoire pourrait produire des milliers de hamburgers à partir d'une seule cellule.
Viande in vitro: en Hollande, un laboratoire pourrait produire des milliers de hamburgers à partir d'une seule cellule. 19h30 / 4 min. / le 13 janvier 2019
Le développement de la viande de synthèse est présenté comme une alternative à l'élevage intensif. Pour certains, il s'agit de la solution face aux défis environnementaux et alimentaires.

"On fait un prélèvement sur un muscle bovin. Ensuite on récupère des cellules et on les cultive pour en obtenir des milliards. Après quatre jours, vous allez avoir 600'000 cellules. Pour faire un hamburger, il en faut beaucoup plus, il en faut des milliards. Puis, toutes les cellules musculaires s'agglomèrent pour former un muscle: cela va prendre trois semaines, et le processus entier dure huit semaines", détaille Anon van Essen, technicien chez Mosa Meat, un petit laboratoire qui développe de la viande in vitro à Maastricht, aux Pays-Bas.

Le laboratoire assure pouvoir fabriquer 80'000 hamburgers de taille standard avec une seule cellule.

Des investisseurs en Suisse

La première image du hamburger en viande de synthèse a fait le tour du monde, et il pourrait être dans nos assiettes d'ici trois ans. C'est du moins la conviction du professeur Marc Post, qui vient de lever 8 millions de de francs pour développer cette viande in vitro. Parmi les investisseurs, on trouve Merck et surtout Bell, le traditionnel boucher suisse.

"Je pense que rationnellement les gens comprennent très bien les bénéfices: le bien-être des animaux et la sécurité environnementale et alimentaire. En plus, c'est la même qualité, le même goût, le même apport nutritionnel... C'est juste fabriqué d'une manière différente", assure Marc Post.

Du côté des bouchers, on reste très sceptique. "Pour moi, ce n'est pas de la viande. La viande doit avoir de la texture, des fibres, du goût. Je doute que pour le moment ils arrivent à faire autre chose qu'un espèce d'agglomérat de viande sans texture", suggère ainsi Claude-Alain Tâche, boucher à Châtel-Saint-Denis.

Je pense que, rationnellement, les gens comprennent très bien les bénéfices de la viande in vitro: le bien-être des animaux et la sécurité environnementale et alimentaire.

Professeur Marc Post, responsable scientifique chez Mosa Meat

Un retour aux protéines végétales

Mais au-delà du goût, la viande produite en laboratoire est aussi vue comme une solution pour nourrir les dix milliards d'habitants que devrait compter la planète en 2050.

Mais selon l'agriculteur et ancien conseiller d'Etat neuchâtelois Fernand Cuche, c'est une fausse bonne idée. "Même si nous développons des technologies qui sont basées sur des possibilités de production naturelles, on ne va pas y arriver. Il y a un épuisement des ressources et un excès de consommation de viande. Il faut qu'on revienne à des protéines d'origines végétales. Et la technologie, si elle veut faire de l'argent dans l'alimentation de demain, doit se diriger du côté des protéines d'origine végétale".

Fernand Cuche, ancien conseiller d'Etat (Vert-NE) et ancien objecteur de conscience.

Il y a un épuisement des ressources et un excès de consommation de viande. Il faut qu'on revienne à des protéines d'origine végétale.

Fernand Cuche, agriculteur et ancien conseiller d'Etat neuchâtelois écologiste

Certains restaurants misent par exemple plutôt sur les protéines d'origine végétale comme alternative végétarienne à la viande. Tibits, à Lausanne, revisite par exemple le traditionnel papet vaudois. "La base est végétarienne. On a encore la saucisse qui est à base de soja, avec des épices et d'autres secrets", explique Daniel Frei, le directeur de Tibits.

Papet vaudois végétarien ou viande de laboratoire sont deux alternatives pour limiter l'élevage industriel intensif. Reste à déterminer lequel plaira le plus au consommateur et lequel aura le moins d'impact sur l'environnement.

Delphine Gianora/jvia

Publié le 13 janvier 2019 à 21:03 - Modifié le 14 janvier 2019 à 11:21