Grand Format

La présidence Trump sous l'oeil du New York Times

Introduction

Le New York Times est le quotidien le plus lu aux Etats-Unis, et aussi celui qui obnubile le plus Donald Trump. Alors que le président américain entame la 2e partie de son mandat, une série documentaire propose une immersion dans cette rédaction, qui n'a jamais fait de cadeau au milliardaire.

Chapitre 01

Le New York Times face aux accusations de fake news

Des bureaux de New York à la cellule investigation de Washington, la documentariste Liz Garbus et son équipe de tournage ont plongé dans la rédaction du New York Times durant la première année de la présidence Trump, en 2017. Il en ressort une série de quatre épisodes, qui dépeint le quotidien d'une armée de reporters acharnés à révéler ce que fait vraiment Donald Trump et son entourage. Principal champ d'action: les collusions avec la Russie.

On va avoir du mal à le comprendre et à le couvrir de manière offensive. En même temps, c’est vraiment un sujet en or

Le rédacteur en chef Dean Baquet, le jour de l'investiture de Donald Trump le 20 janvier 2017

Dean Baquet, rédacteur en chef du New York Times Dean Baquet, rédacteur en chef du New York Times [© 2018 Aletheia Films LLC]

Mais enquêter sur Donald Trump prend du temps et les finances du New York Times souffrent, malgré un nombre record de lecteurs. Ainsi, accusés de propager des fake news, les journalistes semblent animés 24h/24 par la seule quête de la vérité, au risque de sacrifier leur vie privée. Laborieux recoupage des sources, délicate gestion des "off the record", bouclages fiévreux, accès bloqués à la Maison Blanche, questionnements sans fin sur le ton à adopter, attaques verbales via Twitter: la nouvelle présidence ne leur accorde aucun répit.

J'avais promis à mes enfants qu'ils récupéreraient leur mère après la campagne. Je me suis bien plantée

Maggie Haberman, journaliste spécialisée sur Donald Trump depuis 20 ans

Maggie Haberman. Maggie Haberman. [2018 Aletheia Films LLC]

Les soupçons de collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Trump figurent en tête de leurs scoops. Mais les autres affaires (Weinstein, l'extrême-droite, les Dreamers, ...) ne sont pas négligées pour autant.

Découvrez ci-dessous les quatre épisodes du documentaire "Mission vérité - Le New York Times et Donald Trump". Mais avant cela, petite mise en contexte:

Chapitre 02

Les tensions russo-américaines avant l'ère Trump

Lorsque Donald Trump est élu président des Etats-Unis le 8 novembre 2016, cela fait déjà quatre mois que la Russie est dans le collimateur des experts en sécurité américains. Durant la campagne, des courriels de hauts responsables du Parti démocrate ont notamment été piratés et publiés par WikiLeaks. Juste auparavant, Donald Trump avait invité "pour rire" la Russie à exhumer des dizaines de milliers de courriels remontant à l'époque où Hillary Clinton dirigeait la diplomatie américaine. La candidate démocrate accuse les services de renseignements russes d'être derrière cette cyberattaque. "Tout est possible", déclare pour sa part le président Barack Obama.

Au mois de décembre 2016, la CIA conclut dans un rapport secret, révélé par le Washington Post, que la Russie a mené des cyberattaques pour aider Donald Trump à être élu. Et selon deux hauts responsables du renseignement, cité par la chaîne NBC, Vladimir Poutine aurait donné les instructions sur la façon de filtrer et d'utiliser les messages dérobés. Des notes compromettantes non-authentifiées sur Donald Trump ont été mises en ligne par des médias américains. Des notes compromettantes non-authentifiées sur Donald Trump ont été mises en ligne par des médias américains. [DR] Alors que la pression ne cesse de monter entre Moscou et Washington, 35 diplomates russes sont expulsés. Neuf entités et individus sont sanctionnés, dont les Services de renseignement militaire (GRU) et le FSB. Barack Obama accuse les premiers d'avoir "falsifié, altéré (...) des informations avec l'objectif ou l'effet d'interférer dans le processus électoral américain en 2016". Le second aurait "aidé" le GRU.

En janvier, Donald Trump apprend des chefs du renseignement américain que les services russes d'espionnage disposeraient d'informations compromettantes sur lui, dont des vidéos d'ordre sexuel. Selon plusieurs médias, dont le New York Times, ces informations proviendraient d'un ex-agent du contre-espionnage britannique, Christopher Steel. Donald Trump parle de "fake news". Le porte-parole du Kremlin assure qu'il n'existe pas de "kompromat" (informations compromettantes) sur Trump.

Une semaine avant l'investiture, des sénateurs du Congrès, tant démocrates que républicains, lancent une enquête sur les actes d'espionnage reprochés à la Russie.

>> Archives: Barack Obama expulse 35 diplomates russes, le Kremlin menace de répliquer (30.12.16), "Trump peut devenir un grand président, ou mener au désastre" (10.01.17) et Donald Trump: "Le dossier russe est une chose inventée par mes adversaires" (11.01.17)

Chapitre 03

Michael Flynn et l'ambassadeur russe

Passée l'investiture de Donald Trump du 20 janvier 2017, le New York Times met en place une cellule d'investigation consacrée à l'affaire russe.

Rapidement, les journalistes décident de se pencher sur le conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn. Ils ont entendu parler de conversations téléphoniques avec l'ambassadeur de Russie à Washington, Sergey Kisliak, qui auraient été interceptées par le FBI et la CIA. Ils savent par un contact que la Maison Blanche ment sur la teneur des appels. Pour en savoir plus, ils établissent une liste de 120 potentiels informateurs au sein du gouvernement. Le Washington Post lance un premier pavé: les deux hommes ont discuté des sanctions édictées par Obama.

Nous nous trouvons devant le dossier le plus brûlant de ces dernières années

Dean Baquet, rédacteur en chef

Le 9 février 2017, le New York Times fait sa Une avec une révélation fracassante : au moment même où l'administration Obama ordonnait des sanctions contre la Russie pour son ingérence présumée dans les élections américaines, Michael Flynn aurait assuré à l'ambassadeur russe que Donald Trump serait beaucoup moins sévère. Le 13 février, Michael Flynn démissionne. Il reconnaît avoir "par inadvertance trompé le vice-président élu (Mike Pence) et d'autres personnes avec des informations incomplètes". Selon le New York Times, l'armée le soupçonne même d'avoir reçu de l'argent du gouvernement russe lors d'un voyage à Moscou en 2015.

Le lendemain, le journal ajoute une couche, en annonçant que des membres de l'équipe de Trump ont eu des contacts répétés avec le renseignement russe. Particulièrement visé, le directeur de la campagne de Trump, Paul Manafort, juge tout cela "absurde".

Le ministre américain de la Justice Jeff Sessions Le ministre américain de la Justice Jeff Sessions [Kevin Lamarque - Reuters] Nouveau scandale début mars: Jeff Sessions, ministre de la Justice, s'est entretenu avec l'ambassadeur russe en juin et en septembre 2016. Il dément avoir parlé de campagne politique. Néanmoins il se récuse dans toute enquête sur une intervention russe, au grand dam de Donald Trump.

Auditionné par le Congrès, le directeur du FBI James Comey confirme que le service de renseignement intérieur a ouvert une enquête sur les tentatives du gouvernement russe de s'ingérer dans l'élection présidentielle. Il en profite pour démentir toutes mises sur écoute de la Trump Tower par Barack Obama. Le New York Times décide de mettre l'accent sur la première information.

Chaque fois qu'on parle des tweets de Trump sur sa soi-disant mise sur écoute, on passe sous silence que la campagne du président fait l'objet d'une enquête pour espionnage

Matt Apuzzo

>> Voir l'épisode "Les cent premiers jours":

Les 100 premiers jours

Diffusion sur RTS 2 dimanche 20 janvier à 21h10 et lundi 21 à 23h15. Disponible dans RTS play jusqu'au 19 février 2019.

>> Archives: Michael Flynn, le conseiller à la sécurité de Donald Trump, a démissionné (14.02.17), Le ministre américain de la Justice se récuse de toute enquête sur Moscou (02.03.17) et Le FBI enquête sur des liens entre Moscou et des proches de Trump (20.03.17)

Chapitre 04

Le limogeage du directeur du FBI James Comey

9 mai 2017, nouveau scoop : sur les recommandations du ministre de la Justice, le président Trump a limogé James Comey. Le New York Times en est le premier informé. Même le directeur du FBI n'était pas au courant. La nouvelle fait l'effet d'une bombe. Désormais, les journalistes vont écrire des sujets sur l'enquête russe en nommant Donald Trump directement. Le premier article s'appuie sur un dîner du 27 janvier, qui laisse entendre qu'il y pourrait y avoir eu tentative d'entrave à la justice.

Lors d'un dîner, Trump aurait demandé s'il pouvait compter sur sa loyauté. Comney aurait répondu qu'il pouvait compter sur son honnêteté

Michael Schmidt, journaliste

Le journaliste Michael Schmidt apprend que James Comey mettait par écrit tous ses entretiens avec Donald Trump, formels comme informels. Il livre alors la preuve d'une tentative d'interférence du président dans une enquête politiquement sensible: le 14 février, le milliardaire aurait demandé au directeur du FBI d'abandonner les recherches sur Michael Flynn.

Robert Mueller a dirigé le FBI pendant douze ans, de 2001 à 2013. Robert Mueller a dirigé le FBI pendant douze ans, de 2001 à 2013. [Larry Downing - Reuters]

Le 18 mai, Robert Mueller, un expert unanimement respecté qui est aussi un ami de James Comey, est désigné procureur spécial dans l'affaire russe. Sa nomination provoque le soulagement, alors que l'agence Reuters annonce qu'il y a eu, entre avril et novembre 2016, au moins 18 contacts entre une partie de l'équipe de campagne de Trump et des responsables russes.

Le 8 juin, James Comey est auditionné par une commission du Sénat. Des articles du New York Times sont abordés. L'entretien du 14 février entre l'ex-directeur du FBI et Trump semble faire bonne presse. Mais un autre texte, sur les contacts entre l'équipe de Trump et les agences de renseignement russes, est rejeté. "Dans l'ensemble, ce n'était pas vrai", assure James Comey. La rédaction est partagée entre l'effroi et la colère. Les journalistes critiqués sont certains d'avoir relayé leurs sources correctement.

Dès le départ, on sait qu'on va écrire des articles qui vont avoir des conséquences qu'on ne maîtrise pas

Michael Schmidt

Michael Schmidt lors de l'audition de James Comey. Michael Schmidt lors de l'audition de James Comey. [2018 Aletheia Films LLC] Début juillet, alors qu'une partie de la rédaction est à Hambourg pour la première rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, une autre équipe sort un nouveau scoop: Donald Trump Jr a rencontré une avocate liée au Kremlin pour pouvoir obtenir des informations pouvant nuire à Hillary Clinton. La rédaction est en effervescence.

Et c'est la débandade à la Maison Blanche. Le porte-parole Sean Spicer démissionne, fâché que le nouveau directeur de la communication soit Anthony Scaramucci. Celui-ci annonce "des mesures spectaculaires pour arrêter les fuites" dans la presse. Il critique virulemment Reince Priebus, qui laisse alors le poste de secrétaire général de la Maison Blanche à John Kelly, qui obtient la démission d'A.Scaramucci trois jours plus tard. "C'est un cycle sans fin. On revit tout le temps la même situation, mais avec d'autres personnages", résume la journaliste Maggie Haberman.

Désormais, les abonnements numériques du journal dépassent les revenus publicitaires de l'édition papier. "Il y a bel et bien un effet Trump", estime le PDG Mark Thompson.

>> Voir l'épisode "L'effet Trump":

L'effet Trump 

Diffusion sur RTS 2 dimanche 20 janvier à 22h05 et lundi 21 à 01h00. Disponible dans RTS play jusqu'au 19 février 2019.

>> Archives: Le limogeage de James Comey, une situation "qui évoque le Watergate" (10.05.17),  "Aujourd'hui, la probabilité d'une destitution de Trump est de 30%" (18.05.17), L'ex-chef du FBI a volontairement fait fuiter ses mémos à la presse (08.06.17), Le fils Trump publie des emails montrant que Moscou voulait aider son père (11.07.17), Donald Trump engage un célèbre avocat pour gérer l'affaire russe (15.07.17)

Chapitre 05

La voiture-bélier de Charlottesville

Le 12 août 2017, à Charlottesville, en Virginie, une voiture fonce sur des contre-manifestants qui font face à un rassemblement d'extrême-droite, faisant un mort et 35 blessés. Pour Donald Trump, "les deux camps sont fautifs". La torpeur s'ajoute à l'effroi dans une large partie de la population américaine. Le New York Times aligne les articles de réaction. Même des élus républicains reprochent au président de ne pas avoir condamné les nationalistes blancs.

C'est du terrorisme intérieur, perpétré par des suprématistes blancs. Le seul à ne pas le comprendre, c'est Donald Trump

Jeremy Peters, journaliste

Une semaine plus tard, le New York Times s'enorgueillit d'un nouveau scoop: le conseiller stratégique de Trump Steve Bannon quitte la Maison Blanche. Cet homme proche de l'extrême droite poursuivra son combat anti-élite en solo, sur le sol américain (c'est lui qui aidera l'ultraconservateur Roy Moore à remporter une primaire républicaine en Alabama) ou en Europe. L'ancien stratège de la Maison Blanche Steve Bannon, en décembre 2017. L'ancien stratège de la Maison Blanche Steve Bannon, en décembre 2017. [Brynn Anderson - Keystone]

Débarrassé de cet homme d'affaires controversé, le président américain galvanise sa base électorale en déplaçant le problème sur la presse. "Les seuls à offrir une tribune à ces groupes emplis de haine, ce sont les médias eux-mêmes avec leur fake news", déclare-t-il.

La presse n'a aucun devoir envers le président. Du coup, il s'acharne contre elle

Dean Baquet, rédacteur en chef

L'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort. L'ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort. [JUSTIN LANE - Keystone] Le scandale russe continue de faire couler de l'encre. Le FBI a mené une perquisition au domicile de Paul Manafort, chef de la campagne présidentielle de Donald Trump, en raison de son lien avec la rencontre entre le fils Trump et l'avocate russe (voir plus haut). Plusieurs semaines plus tard, le New York Times révélera qu'il est inculpé de conspiration contre les Etats-Unis. Toutefois l'acte d'accusation ne fait aucune référence à la campagne présidentielle.

L'enquête russe se déplace sur George Papadopoulos. Cet ex-consultant en politique étrangère de Trump reconnaît avoir caché au FBI qu'il a eu des contacts répétés, entre mars et août 2016, avec des intermédiaires russes pour trouver "de quoi salir" Hillary Clinton et essayer d'organiser une rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump. La Maison Blanche affirme qu'il n'était pas employé par le comité de campagne. Le New York Times relève que George Papadopoulos a été entendu par le FBI le 27 janvier, le jour où Donald Trump a organisé un dîner avec James Comey pour le prier d'être loyal...

La collusion a un aspect énigmatique. Il est très difficile d’en établir la preuve. C’est pour ça que de nombreux médias y consacrent un temps fou

Michael Schmidt, journaliste rattaché à la rédaction de Washington

En marge de ces inculpations, le New York Times révèle aussi que l'équipe juridique de Trump est divisée sur la manière de collaborer avec Robert Mueller. Ce scoop est obtenu grâce à deux avocats et un conseiller de Trump, qui ont eu la bonne idée de déjeuner à côté d'un journaliste!

Deux autres grosses affaires vont encore marquer cet automne 2017: la fin du programme DACA, instauré par Barack Obama et qui concerne les Dreamers, ces sans-papiers arrivés mineurs aux Etats-Unis. Et l'affaire Weinstein. Pour le rédacteur en chef Dean Baquet, le harcèlement sexuel constitue "le plus gros sujet de l’année pour le journal, avec Donald Trump". C'est d'ailleurs le quotidien qui révèle qu'Harvey Weinstein s’est rendu coupable de harcèlement sexuel pendant des décennies.

>> Voir l'épisode "Carnage à l’américaine ":

Carnage à l'américaine 

Diffusion sur RTS 2 dimanche 27 janvier à 21h00 et le lundi 28 janvier. Disponible dans RTS play jusqu'au au 26 février 2019.

>> Archives : Malaise après la réaction de Donald Trump sur les heurts à Charlottesville (13.08.17), L'ex-directeur de campagne de Trump inculpé de conspiration contre les Etats-Unis (30.10.17), Donald Trump stoppe un programme pour 800'000 jeunes sans-papiers (05.09.17)

Chapitre 06

George Papadopoulos, l'homme à l'origine de l'enquête

1er décembre. L'ex-conseiller à la Sécurité nationale Michael Flynn plaide coupable. Mais que savait exactement Donald Trump le jour Michael Flynn a voulu rassurer Serguei Kisliak sur l'avenir des sanctions prises par B.Obama? Le New York Times relève qu'au lendemain de ces discussions secrètes, le président élu avait salué Vladimir Poutine pour avoir décidé de pas expulser de diplomates américains.

Suspicieuse, la rédaction est bien décidée à se concentrer toujours plus sur Donald Trump et ouvre une nouvelle rubrique: Matters of Fact (A l'épreuve des faits), sous-entendu "le mensonge du jour". Via le Noël de la Maison Blanche ou des galas, les journalistes alignent les discussions informelles.

Cette Maison Blanche est la plus grosse usine à mensonges que je n'ai jamais vue

Dean Baquet

A la fin de l'année, le New York Times décide de se focaliser sur les origines de l'enquête russe. Et parvient à un nouveau scoop: ce n'est pas l'ex-espion britannique Christopher Steel qui a été le détonateur de l'enquête du FBI, mais les Australiens. En effet, alors qu'il était soûl à un bar, George Papadopoulos a confié à un diplomate australien haut-placé des informations compromettantes obtenues de Russes et concernant Hillary Clinton. Qui les a relayées...

Vacances de Noël. Michael Schmidt est invité par le PDG de Newsmax à déjeuner au golf de Donald Trump, à Mar-a-lago, en Floride. Le déjeuner non officiel entre Donald Trump et Michael Schmidt en Floride. Le déjeuner non officiel entre Donald Trump et Michael Schmidt en Floride. [© 2018 Aletheia Films LLC] Le journaliste parvient à discuter avec le président, qui aborde de lui-même l'enquête Mueller. A 16 reprises, il affirme qu'il n'y a pas de collusion. Le président déclare aussi qu’il a un droit absolu sur le ministère de la Justice. De quoi motiver le journaliste à enquêter sur le limogeage de James Comey en mai.

Je me suis retrouvé en fin d’année avec des sachets remplis d’infos sur le volet "entrave à la justice" de l’enquête Mueller

Michael Schmidt

Michael Schmid tente de mettre de l'ordre dans ces infos et apprend notamment qu'un conseiller de Jeff Sessions a tenté d’obtenir des informations compromettantes sur James Comey. Mais toujours impossible de prouver que Donald Trump est intervenu.

En parallèle, la rédaction poursuit son investigation sur les agressions sexuelles qui secouent l'industrie cinématographique, mais aussi le Congrès et la Maison-Blanche. Le candidat au Sénat Roy Moore, accusé d'avoir abusé de jeunes filles de 16 ans, fait l'objet d'une attention particulière car il reste fortement soutenu par Steve Bannon et une frange de la population, qui n'y voient que de la "Fakenews". 

Michael Cohen, avocat de Donald Trump. Michael Cohen, avocat de Donald Trump. [Pablo Martinez Monsivais - AP Photo/Keystone] Le New York Times est rattrapé par les faits. Vox révèle que plusieurs journalistes ont porté plainte contre le reporter vedette à la Maison Blanche, Glenn Thrush. Déconcertée, la direction le suspend deux mois et le retire définitivement de son poste à Washington.

De son côté, Jim Rutenberg, spécialisé dans les affaires mêlant sexe et politique, scrute le passé de Donald Trump afin de savoir s'il a tenté d'étouffer des affaires. Moyennant un long travail de terrain, il révèle que l'ex-playboy Karen McDougal intente une action en justice contre le président. Et surtout que le FBI a perquisitionné les bureaux de Michael Cohen, qui a payé 130'000 dollars à une actrice porno qui assure avoir eu une relation sexuelle avec Donald Trump. Pour le journaliste, il ne fait pas l'ombre d'un doute que cet avocat, qui suit le milliardaire depuis près de 20 ans, "est au coeur d'agissements scabreux" pour la campagne électorale, et donc qu'il est relié à l'enquête russe.

>> Voir l'épisode "A l’épreuve des faits":

A l'épreuve des faits

Diffusion sur RTS 2 dimanche 27 janvier à 21h55 et lundi 28 janvier. Disponible dans RTS play jusqu'au 26 février 2019.

>> Archives: Les révélations de Michael Flynn font trembler l'Amérique (01.12.17), Jeff Sessions à nouveau interrogé dans l'affaire de l'ingérence russe (14.11.17), Donald Trump à la rescousse de Roy Moore, accusé de harcèlement (21.11.17), L'avocat de Donald Trump a versé 130'000 dollars de sa poche à une actrice porno (14.02.18)

Chapitre 07

Et aujourd'hui...

Depuis la fin du tournage, le New York Times n'a pas lâché la pression sur le président américain. Point de la situation:

Robert Mueller: il a annoncé début décembre que l'équipe de campagne Trump s'est vu offrir une coopération "politique" avec Moscou dès novembre 2015. Un Russe affirmant être "une personne de confiance" du gouvernement aurait notamment proposé à Michael Cohen une rencontre entre Donald Trump et le président Vladimir Poutine, tant pour des raisons politiques que pour le projet de "tour Trump" à Moscou.

Donald Trump: le FBI a ouvert en mai 2017 une enquête sur Donald Trump à la suite du limogeage de son directeur James Comey, selon le New York Times du 12 janvier dernier. Un volet contre-espionnage doit déterminer si le milliardaire a consciemment ou inconsciemment travaillé pour Moscou.

"Wow, je viens d'apprendre dans le défaillant New York Times que les anciens dirigeants corrompus du FBI, presque tous limogés ou forcés à quitter l'agence pour de très mauvaises raisons, ont ouvert une enquête sur moi, sans aucune raison ni preuve, quand j'ai viré ce menteur de James Comey, une vraie ordure!".

La commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants va examiner les informations du New York Times.

Les journalistes du New York Times. Les journalistes du New York Times. [© 2018 Aletheia Films LLC]

Michael Cohen: il a été condamné en décembre à trois ans de prison pour avoir notamment acheté le silence d'ex-maîtresses présumées de Donald Trump. Le 29 novembre, il a admis avoir menti au Congrès sur ses contacts avec la Russie pendant la campagne. Le 17 janvier, il a reconnu avoir payé pour truquer des sondages lors de la campagne présidentielle "à la demande" du milliardaire.

Michael Flynn: il attend toujours sa peine. Mais Robert Mueller plaide pour qu'il ne fasse pas de prison car il a contribué de manière "substantielle" à l'enquête russe.

Paul Manafort: il a été reconnu coupable de fraude bancaire et fiscale pour ses activités de conseil à l'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch. En septembre, il a accepté de plaider coupable d'association de malfaiteurs contre les Etats-Unis et d'obstruction à la justice, et de coopérer dans l'enquête russe. Mais de nouvelles accusations le menacent. Ses avocats auraient notamment expurgé des informations relatives à ses échanges avec l’homme d’affaires russe Konstantin Kilimnik.

George Papapopoulos: il a été condamné en septembre à 14 jours de prison pour avoir menti dans l'enquête russe.

Journalistes du New York Times en train d'investiguer. Journalistes du New York Times en train d'investiguer. [© 2018 Aletheia Films LLC] Jeff Sessions: il a été limogé le 7 novembre. Donald Trump n'aura jamais supporté qu'il se récuse dans l'enquête russe. En août, il lui avait demandé de mettre fin à la "chasse aux sorcières truquée".

John Kelly: en raison de mésentente avec Donald Trump, il a quitté le 2 janvier dernier le poste de secrétaire général de la Maison Blanche, qu'il avait pris de Reince Priebus.

Jim Mattis: le ministre de la Défense a annoncé son départ du Pentagone juste avant Noël, au lendemain de l'annonce du retrait des troupes américaines de Syrie. C'était le dernier "adulte dans la pièce", selon les mots du sénateur républicain Bob Corker.

Roy Moore: il n'a jamais obtenu le siège sénatorial de l'Alabama en décembre 2017, devancé par le démocrate Doug Jones.

James Comey: il a publié un livre dressant le portrait peu flatteur du président. Il est régulièrement entendu comme ex-directeur du FBI.

>> A lire également: La présidentielle américaine encore plus sous influence russe qu'imaginé et "Viril, macho et vulgaire, le populisme est aussi une affaire de style"

>> A écouter l'émission d'Histoire vivante consacrée aux médias anglophones :

Journalistes d'investigation du New York Times membres du "Russia Group"
Sarah Gittins - Aletheia Films LLC
Histoire vivante - Publié le 18 janvier 2019

Les bureaux du New York Times.
Les bureaux du New York Times. [© 2018 Aletheia Films LLC]

Crédits

  • Article et réalisation web: Caroline Briner

  • Une série proposée par Frédéric Pfyffer et Jean Leclerc

  • Unité documentaires - Radio Télévision Suisse – Janvier 2019