Modifié le 10 janvier 2019 à 13:06

Le cardinal Barbarin jugé à Lyon pour son silence sur des actes pédophiles

Le cardinal Barbarin à son procès à Lyon.
Aucune condamnation requise au procès du cardinal Barbarin La Matinale / 1 min. / le 10 janvier 2019
L'archevêque de Lyon Philippe Barbarin est jugé dès lundi pour non-dénonciation d'abus sexuels avec cinq autres anciens responsables du même diocèse. Ils sont accusés d'avoir couvert les actes pédophiles passés d'un prêtre.

"Je n'ai jamais cherché à cacher, encore moins à couvrir ces faits horribles", a déclaré le cardinal Philippe Barbarin lundi devant le tribunal correctionnel de Lyon.

Les juges devront déterminer si l'archevêque et ses co-prévenus ont suffisamment réagi en apprenant les accusations d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts.

Le prêtre concerné, accusé d'avoir abusé de plusieurs dizaines de mineurs entre 1986 et 1991, a reconnu les faits en 2015, et son procès est prévu dans le courant de l'année.

"Il faudrait que ça se finisse"

"Avec ce procès, j'attends un débat national et peut-être même international sur la question de la couverture de la pédophilie dans l'Eglise, mais aussi dans toutes les autres formes de société. La tentation de la couverture est une chose dont on commence à prendre conscience et qu'il faut régler", affirme lundi le père Pierre Vignon, prêtre du diocèse de Valence, dans l'émission Forum de la RTS.

Je ne comprends pas son attitude, tout est confus dans sa position

Père Pierre Vignon, prêtre au diocèse de Valence

En août dernier, celui-ci avait écrit une lettre ouverte appelant à la démission du cardinal Barbarin. "Les choses sont enfin mises devant le prétoire, laissons le travail se faire. Je ne comprends pas l'attitude de Philippe Barbarin, tout est confus dans sa position. Cela fait plus de trois ans qu'on le voit toujours un peu plus s'enfoncer dans cette histoire, il faudrait qu'à un moment ça se finisse", estime Pierre Vignon.

>> L'interview du père Pierre Vignon dans Forum:

Le père Pierre Vignon.
Jean-Pierre Clatot - AFP
Forum - Publié le 07 janvier 2019

Plainte d'abord classée sans suite

La justice s'était déjà prononcée il y a deux ans: après une enquête préliminaire, et une audition du cardinal Barbarin, le procureur avait classé la plainte sans suite. Motif: Philippe Barbarin a pris ses fonctions à Lyon en 2002, donc bien après les faits, qui étaient de toutes façons prescrits.

La défense du cardinal Barbarin s'appuie d'ailleurs sur cette première décision de non-lieu: "on ne corrige pas une injustice par une autre injustice", argumente son avocat.

>> Les précisions d'Anne Fournier depuis Lyon:

Procès du cardinal Barbarin: les précision d'Anne Fournier, correspondante à Lyon
19h30 - Publié le 07 janvier 2019

Du côté des plaignants, l'association La Parole libérée cherche elle à établir clairement la chaîne des responsabilités. "C'est un système que nous voulons dénoncer", explique le porte-parole de cette association qui regroupe des victimes de pédophilie dans l'église.

jvia/gma avec ats

Publié le 07 janvier 2019 à 11:17 - Modifié le 10 janvier 2019 à 13:06

"Ça passe par un chemin d'écoute"

"En Suisse, les évêques que je connais sont tout-à-fait conscients des responsabilités et font tout ce qu'ils peuvent pour aller à la rencontre des victimes. Ça passe par un chemin d'écoute", relève lundi Pascal Corminboeuf dans Forum. Ce dernier est vice-président de la CECAR, la commission d'écoute et de conciliation qui a été créée en 2016 en Suisse pour accueillir les victimes d'abus sexuels dans l'Eglise.

"L'Eglise n'a toujours pas compris qu'il fallait passer par l'écoute, par la reconnaissance des fautes et ensuite par la réparation, qui peut être financière. Il faut que les victimes osent enfin faire les démarches et qu'elles soient reçues de manière correcte", estime l'ancien conseiller d'Etat fribourgeois.

>> L'interview de Pascal Corminboeuf dans Forum:

Le Vatican refuse la comparution d'un cardinal

Les plaignants ont demandé la comparution d'un haut responsable du Vatican, le cardinal espagnol Monseigneur Luis Ladaria Ferrer: il est secrétaire de la congrégation pour la doctrine de la foi et l'un des proches du pape François. L'accusation veut le voir interrogé sur les consignes adressées au cardinal Barbarin.

Or, le Vatican a refusé que le cardinal fasse le déplacement à Lyon, au motif de "l'immunité de juridiction" lié à tout état souverain.

Dans ses voeux au corps diplomatique auprès du Saint-Siège, le pape François a toutefois déclaré lundi que l'Eglise s'engageait à combattre les abus sexuels sur mineurs, "l'un des crimes les plus vils et les plus néfastes possibles".