Modifié le 06 décembre 2018 à 11:59

Les migrants représentent près de 5% des travailleurs dans le monde

Des ouvriers sur un chantier en Russie.
Des ouvriers sur un chantier en Russie. [AP Photo - Keystone]
Les migrants constituent 4,7% de la force de travail dans le monde. Leur nombre atteignait l'année dernière 164 millions, selon les estimations dévoilées mercredi à Genève par l'Organisation internationale du travail (OIT).

L'institution mentionne une augmentation de 9% en quatre ans. Mais les données de 2017 sur 188 pays prennent en compte près de 20 millions de réfugiés.

"Cette ampleur correspond à la croissance économique des pays et également à la croissance de la migration en général", explique Etienne Piguet, professeur à l'Université de Neuchâtel, spécialiste des flux migratoires et vice-président de la Commission fédérale des migrations. "L'augmentation va toutefois rester constante, il n'y a pas de déferlante de la migration comme certains l'affirment", note-t-il.

Le travail, motif n°1 des migrations

"La majorité des migrants" se déplacent pour leur travail ou pour en chercher un, a dit de son côté devant la presse la directrice du département du travail et de l'égalité à l'OIT, Marisa Tomei. Ceux-ci apportent une contribution positive et remplissent surtout des emplois qui ne sont pas occupés par les ressortissants nationaux du pays d'accueil, selon elle.

Parmi les migrants actifs, 96 millions sont des hommes et 68 millions des femmes. La part des premiers s'est étendue de 2 points de pourcentage pour s'établir à 58%.

Dans la force de l'âge, avec 42% de femmes

Toutefois, davantage de femmes se sont déplacées depuis 20 ans pour trouver du travail. Mais "la discrimination à laquelle elles font souvent face en raison de leur sexe et de leur nationalité réduit leurs opportunités d'emplois", selon Marisa Tomei.

Autre caractéristique de ces travailleurs: ils sont dans la force de l'âge, selon les termes de l'OIT, c'est-à-dire que la plupart sont âgés entre 25 et 64 ans. Leur départ pourrait avoir un impact négatif sur la croissance économique de leurs pays.

Près de 112 millions de travailleurs migrants se trouvent dans des pays riches. Les travailleurs migrants constituent 18,5% du total des actifs des pays riches mais seulement environ 2% dans les pays pauvres. Parmi les régions, près d'un quart habitent dans le nord du continent américain. La même part se trouve en Europe, à l'exception de l'Est du continent, et 13,9% dans les Etats arabes.

Mesures concrètes pour freiner les flux

"L'intérêt de ce rapport est d'offrir une vision nuancée des effets de la migration", souligne Etienne Piguet. D'une part, la migration est extrêmement importante pour la prospérité des pays en croissance économique. "Mais parfois aussi, on préférerait que des travailleurs formés ne quittent pas leur pays, pour travailler ailleurs dans des emplois où ils sont souvent surqualifiés."

Parmi les mesures concrètes pour lutter contre le phénomène, selon Etienne Piguet, il faut reconnaître les diplômes d'un pays à l'autre, veiller à ce que les conditions de travail soient acceptables, et éviter le dumping salarial. "En faisant cela, on n'aura plus, pour certains travailleurs, des incitations biaisées à vendre leur force de travail ailleurs, et pas non plus d'incitations pour les gouvernements à recruter à bas prix ailleurs."

>> Ecouter les explications d'Etienne Piguet dans La Matinale:

Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations.
Lukas Lehmann - Keystone
La Matinale - Publié le 06 décembre 2018

Propos recueillis par Romaine Morard/avec ats et kkub

Publié le 06 décembre 2018 à 09:39 - Modifié le 06 décembre 2018 à 11:59