Modifié le 05 décembre 2018 à 06:05

Les gilets jaunes sont "une classe qui rappelle à la France qu'elle existe"

Pour Alessandro Pelizzari, sociologue syndicaliste UNIA la lutte des classes en France n'a jamais cessé.
Pour Alessandro Pelizzari, sociologue syndicaliste UNIA la lutte des classes en France n'a jamais cessé. 19h30 / 3 min. / le 04 décembre 2018
Alors que le mouvement des gilets jaunes persiste dans toute la France, Alessandro Pelizzari, sociologue et secrétaire régional du syndicat UNIA à Genève, a rappelé en quoi il trouve ce mouvement social légitime.

Le sociologue a souligné le fait qu'il s'agit d'une "forme de lutte de classes par le haut qui suscite et qui crée le terreau d'une réaction par le bas", pointant du doigt "Macron et tout son mépris".

La révolte n'est pas uniquement économique mais aussi "sociale", ajoute-t-il, considérant que la classe qui s'exprime "rappelle à la France qu'elle existe".

La gauche aussi responsable des inégalités

Le syndicaliste rappelle l'impact des décisions prises sur les classes sociales, estimant qu'augmenter le prix de l'essence et baisser l'aide sociale n'a peut-être que peu d'influence sur les classes urbaines et intellectuelles, "mais cela peut changer la fin d'un mois pour des personnes et je pense que cela a été oublié".

Un oubli qu'il impute également à une partie de la gauche, notamment celle qui se reconnaît dans un discours moderniste et qui "a totalement oublié qu'il y a des inégalités sociales et qu'il existe des classes défavorisées qui en souffrent".

"En Suisse, la conflictualité sociale est moins visible mais elle existe"

Interrogé sur le modèle suisse, qui se traduit entre autres par une imposition moins forte qu’en France, le syndicaliste genevois reste prudent.

Citant le futur accord trouvé entre employés et employeurs dans le secteur de la construction, il estime que cela a justement démontré que les "marges de redistribution n’existent plus automatiquement" et qu’au contraire, "il faut se battre et s’organiser pour décrocher les quelques augmentations de salaires.

"Avoir un pays comme la Suisse, où la conflictualité sociale est moins visible, ne signifie pas que les inégalités ou les conflits n’existent pas", rappelle le sociologue. Au contraire, ces conflits peuvent être "beaucoup plus individualisés et plus atomisés", estime-t-il.

En ce sens, Alessandro Pelizzari est d’avis que "la souffrance collective" des gilets jaunes est peut-être "la meilleure psychothérapie de groupe contre le dépression qu’on voit dans nos pays, comme en Suisse".

>> Revoir le sujet du 19h30 qui donne la parole aux gilets jaunes:

Gilets jaunes, la colère des français sur les inégalités s'exprime dans la rue
19h30 - Publié le 04 décembre 2018

>> Revisionnez également l'analyse de Jean-Philippe Schaller qui décrypte les conséquences que le mouvement peut avoir sur Emmanuel Macron:

C'est un tournant pour Emmanuel Macron. De jeune élu vaillant il apparaît comme le nouveau Napoléon de la France
19h30 - Publié le 04 décembre 2018

Propos recueillis par Darius Rochebin

Adaptation web: Tristan Hertig et Nicolas Kalbfuss

Publié le 04 décembre 2018 à 22:08 - Modifié le 05 décembre 2018 à 06:05

"Il est temps que la peur change de camp"

Au sujet de la crainte que peuvent éprouver les autorités françaises, Alessandro Pelizzari estime qu'il est maintenant temps "que la peur change de camp".

"C'est bien que des personnes comme Macron commencent à avoir peur, car des salariés connaissent cette peur quotidiennement", a déclaré le syndicaliste genevois, estimant légitime que le mouvement des gilets jaunes "s'exprime aujourd'hui dans la rue".