Modifié le 23 novembre 2018 à 11:58

Le plus si discret GRU, renseignement militaire russe célèbre malgré lui

Le siège du renseignement militaire russe, le GRU, à Moscou.
Décès du chef du renseignement militaire russe, une organisation taxée d'amateurisme La Matinale / 3 min. / le 23 novembre 2018
Le renseignement militaire russe (GRU), organisation centenaire au passé discret, s'est depuis peu frayé un chemin sous le feu des projecteurs de médias occidentaux, en donnant une image un peu paradoxale. Explications.

G.R.U.: ces trois initiales ont su faire parler d'elles ces derniers mois. Acronyme du renseignement militaire russe, elles désignent une organisation récemment accusée d'une série d’opérations en Occident - de l’empoisonnement de l'ex-espion Sergeï Skripal au Royaume-Uni aux piratages de l'Agence mondiale antidopage ou du Parti démocrate américain.

Igor Korobov, chef de cette organisation, est décédé jeudi des suites d’une longue maladie, ont déclaré les autorités russes. Il laisse derrière lui une organisation qui a subi récemment quelques grosses bavures.

Bavures et maladresses

Le GRU est apparu sur le devant de la scène en Occident ces derniers mois, mais il s’est aussi distingué par son amateurisme. Il y a peu, on apprenait que les Pays-Bas avaient pris en flagrant délit quatre agents du GRU en pleine opération de piratage. Leurs notes de taxi permettaient de remonter à une antenne du renseignement militaire à Moscou et un de leurs véhicules était aussi enregistré à l’adresse du GRU. De fil en aiguille, leurs maladresses ont permis d’identifier des dizaines d’autres agents.

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Autre exemple, les deux Russes accusés de tentative de meurtre par empoisonnement de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia à Salisbury, au Royaume-Uni. Des journalistes d’investigation ont rapidement pu retracer leur identité et leur carrière au GRU, notamment en fouillant sur internet.

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"Le GRU n'a pas pris en compte qu’il s’agissait d’un nouveau siècle, numérique, où les gens laissent beaucoup de traces différentes, qu’on peut retrouver", explique Pavel Felgenhauer, expert militaire russe.

Stratégié délibérée?

La spécificité du GRU est d'être auteur de diversions, de mener des opérations spéciales, et non de former des espions: ses agents n'ont donc pas le même degré de couverture, souligne Pavel Felgenhauer. D’autres experts vont jusqu’à penser que ces bavures étaient volontaires, qu’en "signant" ces actes, la Russie informe les Occidentaux qu’elle peut agir sur leur sol en toute impunité.

L’organisation, qui existe depuis 100 ans, a toujours été puissante, bien que dans l’ombre du KGB, ou service de renseignement intérieur, et du SVR, le service de renseignement extérieur. La récente visibilité du GRU en Occident n’est donc pas forcément signe qu’il a gagné en puissance, mais qu’on a appris à mieux le démasquer, estime Eric Dénecé, directeur du Centre français de recherches sur le renseignement.

"Sergeï Skripal, lui-même ex-officier du GRU, a été approché par le gouvernement britannique dès 1996, et 'retourné' par ce dernier", rappelle-t-il. "Et Skripal a dû donner énormément d'informations sur le GRU, qui ont permis de mieux connaître le fonctionnement de cet organe de renseignement."

Atout majeur du pouvoir russe

Des médias russes rapportent que le président Vladimir Poutine a sermonné le patron du GRU à la suite des bavures. Mais au début du mois, lors de la cérémonie du centenaire de l'organisation, le chef du Kremlin n'a pas tari d'éloge à son propos. "Je connais vos capacités uniques (...) et je suis convaincu que chacun de vous fera tout pour la Russie", a-t-il déclaré aux troupes.

Le GRU, qui était en première ligne avec ses forces spéciales d’intervention lors de l'occupation militaire de la Crimée en 2014 après les événements de l'Euromaïdan en Ukraine, ne semble donc pas près d'être lâché par le pouvoir, malgré la rivalité entre les différents organes des services secrets russes.

Isabelle Cornaz/kkub

Publié le 23 novembre 2018 à 10:25 - Modifié le 23 novembre 2018 à 11:58