Modifié le 26 octobre 2018 à 20:54

La Suisse ne s'aligne pas sur le nouvel étiquetage de l'UE pour l'essence bio

Biocarburants pourquoi la Suisse ne s'aligne pas
Biocarburants pourquoi la Suisse ne s'aligne pas L'actu en vidéo / 1 min. / le 26 octobre 2018
Les noms des carburants ont changé dans les stations-services des pays de l'Union européenne. Cette directive vise à valoriser la présence des biocarburants. La Suisse, qui manque de bio dans son essence, ne s'aligne pas.

Fini les pistolets à essence étiquetés sans plomb 95 ou 98 dans les pays de l'UE. Depuis la mi-octobre, les automobilistes doivent choisir entre E5, E10, B7 ou B10, notamment. E pour essence, B pour diesel. Le chiffre, lui, correspond à la teneur en biocarburants.

Chaque type de carburant est également représenté par une forme: rond pour l'essence, carré pour le diesel et losange pour les carburants gazeux.

Le but de ces changements est non seulement d'uniformiser l'étiquetage des pistolets à essence en Europe, mais aussi de sensibiliser la population à la quantité de biocarburants que contient leur essence, depuis déjà un certain temps.

Jean-Pierre Passerat, président de Léman bio énergie.

Cette sensibilisation est importante, pour que les gens connaissent vraiment ce qu'ils utilisent dans leur véhicule.

Jean-Pierre Passerat, président de Leman Bio Energie

Une directive européenne de 2014 allant dans ce sens a été approuvée par les 28 pays de l'Union européenne, ainsi que sept pays voisins (Islande, Macédoine, Turquie, Serbie, Norvège, Liechtenstein et... la Suisse).

Taux de biocarburants en Suisse inférieur à la norme

En Suisse, les ventes de biocarburants ont aussi connu une forte croissance ces dernières années, passant de 11 millions de litres vendus en 2013 à 180 millions de litres écoulés en 2017.

Pourtant, les stations-services helvétiques font exception et ne changeront pas d'étiquetage. Selon Martin Stucky, porte-parole de l'Union pétrolière suisse, "l'étiquetage qui a été mis en place pour l'Union européenne n'est pas intéressant pour la Suisse, parce que l'éventail des produits que nous avons sur une station est largement inférieur aux produits mis à disposition pour les automobilistes de l'UE".

En réalité, ce sont surtout les teneurs en biocarburants qui sont inférieures aux normes européennes. Les biocarburants ne sont pas obligatoires en Suisse, mais seulement recommandés. Et seuls le diesel et le sans plomb 95 en contiennent.

Biocarburants issus du recyclage uniquement

Si la Suisse a pris du retard sur ses voisins, c'est parce qu'elle a adopté une législation plus exigeante: "la production des biocarburants ne doit pas se faire au détriment de la sécurité alimentaire", précise notamment la loi. Les biocarburants ajoutés en Suisse doivent donc obligatoirement provenir du recyclage et non de la terre.

Jean-Pierre Passerat, président de Léman bio énergie.

Seul 1% de l'essence vendue dans les stations suisses est additivé de bioéthanol

Jean-Pierre Passerat, président de Leman Bio Energie

C'est ce qui limite la quantité en Suisse. Pour fabriquer du biocarburant pour l'essence, comme le bioéthanol, il faut récupérer des résidus de bois ou des restes alimentaires, comme les déchets de fruits. Or, "on manque de matières premières bio selon ces normes. Seul 1% de l'essence vendue dans les stations suisses est additivé de bioéthanol", affirme Jean-Pierre Passerat, président de Leman Bio Energie.

En revanche, le diesel suisse contient des biocarburants issus de la récupération d'huiles de friteuse ou d'imprimerie, notamment. Et pour Jean-Pierre Passerat, il aurait fallu faire un étiquetage différencié pour le diesel. "Il serait quand même bien de signaler aux consommateurs qu'il y a 7% de biodiesel."

Pour l'heure, les pays de l'UE qui ont adopté le changement maintiennent encore les anciens noms à côté des nouveaux, le temps que tout le monde s'y habitue.

>> Le sujet du 19h30:

Les noms des carburants ont changé dans les stations-service européennes. La Suisse va devoir s'adapter.
19h30 - Publié le 26 octobre 2018

Feriel Mestiri, Estelle Braconnier

Publié le 26 octobre 2018 à 20:28 - Modifié le 26 octobre 2018 à 20:54