Modifié le 22 octobre 2018 à 22:14

Eric Arnoux, le promoteur criblé de millions de dettes, s'exprime

Qui est au juste Eric Arnoux, promoteur immobilier sous enquête de la justice genevoise? entretien exclusif de Yann Dieuaide
Qui est au juste Eric Arnoux, promoteur immobilier sous enquête de la justice genevoise? entretien exclusif de Yann Dieuaide TTC / 7 min. / le 22 octobre 2018
Criblé de dettes et au centre d'une enquête pour escroquerie et banqueroute frauduleuse, le promoteur Eric Arnoux a accordé une interview exclusive à la RTS. Retour sur ses affaires, qui en plus de créances, lui valent des animosités.

Deux piscines, un hammam, une salle de cinéma et un garage souterrain pour 4 voitures. Fin septembre, l'Office des faillites de Genève a mis en vente une luxueuse villa jamais terminée de près de 400m2 à Cologny.

Cette maison est l'une des dernières constructions d'un homme au parcours peu banal: le promoteur immobilier Eric Arnoux. Cet ingénieur en bâtiment français a commencé à faire fortune à la fin des années nonante en construisant des chalets haut de gamme. La villa de Cologny vendue aux enchère après une faillite d'Eric Arnoux. La villa de Cologny vendue aux enchère après une faillite d'Eric Arnoux. [DR]

À l’époque, Megève, Courchevel ou la Côte d’Azur sont ses terrains de jeu privilégiés. Mais la Suisse n'est pas en reste, avec notamment le Valais et Genève, où il est résident.

Cette ascension fulgurante a été brutalement stoppée au printemps 2017. Attendu par la police à sa descente d’avion à Cointrin, il est placé en détention préventive pendant deux mois.

Enquête pour escroquerie, banqueroute frauduleuse

Eric Arnoux, remis en liberté depuis, clame son innocence. Il est visé par une instruction pénale ouverte en 2016 par la Ministère public genevois pour escroquerie, banqueroute frauduleuse, diminution de l’actif au préjudice des créanciers, gestion fautive, violation de l’obligation de tenir une comptabilité. L’instruction, qui dure depuis près de deux ans, rassemble près de 150 heures d’audition et 250 pages de procès-verbal.

Dans un entretien accordé à l'émission TTC de la RTS, Eric Arnoux explique "qu'il n'y a pas plus normal" que lui et que "tout cela a été mis en œuvre par des personnes qui ne (lui) désiraient absolument pas du bien"

Ce que la justice reproche à l’homme d’affaires, c’est d’abord une montagne de dettes accumulée au fil de ses affaires. D’après les différents documents que la RTS a pu consulter, ces créances se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de francs.

Parmi les principales victimes, de très grosses banques comme BNP Paribas, via ses filiales suisse et luxembourgeoise, mais aussi Safra Sarasin, la banque CIC ou la Société Générale. Ces établissements ont accordé au promoteur de gigantesques prêts. Et dans de nombreux de cas, ils n’ont pas été totalement remboursés. C'est ainsi Safra Sarasin qui s'est vue obligée de racheter la villa de Cologny pour limiter ses pertes.

Mais les grands établissements financiers ne sont pas les seules parties lésées par Eric Arnoux. C'est aussi le cas d'artisans comme la Lyonnaise Catherine Fortier, qui a travaillé sur différents projets du promoteur à Mégève.

"Il empoche la dernière tranche de fonds"

"Quand le chalet est en construction, à la dernière étape de livraison, quand le dernier appel de fonds est versé par la banque, Éric Arnoux ne paie plus personne. La dernière tranche de travaux n’est jamais payée. Il empoche la dernière tranche de fonds donnée par la banque pour lui", se plaint-elle. Une critique partagée par d'autres entrepreneurs genevois avec qui nous avons pu discuter.

Faute de paiement complet sur l’un des chalets, Catherine Fortier a fait faillite, et elle a obtenu en 2014 la condamnation par la justice civile française d’une des sociétés du promoteur.

De son côté, le principal intéressé conteste tout enrichissement frauduleux. À propos de la multiplication de ses entreprises et adresses, il assure que cela est dû à l'aspect international de ses affaires.

"Pour la France, la Suisse, les Etats-Unis, nous avons créé à chaque fois une société par actif immobilier, par opération immobilière", explique-t-il. "Vous ne pouvez pas travailler en Suisse sans société suisse, vous ne pouvez pas travailler aux Etats-Unis sans société américaine. Donc si voulez travailler sur plusieurs continents, il faut avoir à chaque fois une société là où vous êtes", se justifie-t-il.

Et comment l'accumulation d'impayés a-t-elle pu atteindre de tels montants? Eric Arnoux a là aussi une explication: c’est la faillite de sa principale entreprise en 2014 qui serait la cause de la majorité de ses soucis financiers. Une holding dont dépendait toutes ses autres sociétés, et qui aurait sombré après la création d’un fonds d’investissement.

"Je me suis enrichi, puis appauvri"

"Des erreurs inévitablement j’ai dû en faire parce que moi-même j’ai perdu ma fortune totale dans ce dossier. Je suis le plus gros créancier de toutes mes entreprises. Il faut savoir que j’ai plus perdu à titre personnel que toutes les banques réunies, les créanciers réunis et les entreprises réunies", n'hésite-t-il pas à affirmer, évoquant une perte de "plus de 60 millions d'euros".

"Je me suis appauvri, mais extrêmement appauvri. Je me suis énormément enrichi jusqu’en 2009-2010, et je me suis appauvri les dix dernières années", se plaint-il.

Eric Arnoux vit à Londres depuis trois ans. Il affirme ne plus travailler et se consacrer exclusivement à sa défense depuis 2 ans. Il a encore créé sur place une nouvelle société début 2016 domiciliée dans un des immeubles les plus prestigieux de la capitale britannique.

Yann Dieuaide/mre

Publié le 22 octobre 2018 à 21:17 - Modifié le 22 octobre 2018 à 22:14