Modifié le 23 mars 2018

Un documentaire détaille les sombres affaires de Lafarge en Syrie

Scandale Lafarge en Syrie: Liens avec Daech
Scandale Lafarge en Syrie: Liens avec Daech 19h30 / 2 min. / le 23 mars 2018
Le cimentier français Lafarge a versé entre 2012 et 2014 l'équivalent de 25'000 euros par mois au groupe Etat islamique en Syrie, selon l'émission Complément d'enquête, diffusée jeudi sur France 2.

Lafarge obtenait des laisser-passer pour les véhicules qui approvisionnaient son usine de Jalabiya (nord du pays) en matières premières et prenaient en charge le ciment pour livraison dans tout le pays. "Seul Lafarge disposait de ces laisser-passer" explique Abou Eskandar, ancien transporteur pour Lafarge Syrie.

Le documentaire de France 2 dévoile une note interne du cimentier indiquant les dates d'une douzaine de rendez-vous entre le responsable de Lafarge en Syrie et un officier des services de renseignements français. Le sommet de l'Etat français ne pouvait ignorer ce qui se passait à Jalabiya, analyse dans le reportage Philippe Vasset, journaliste à Intelligence Online.

Employés mis en danger

Un ancien cadre de l'usine détaille la peur permanente des employés face aux enlèvements et à la menace des groupes terroristes autour de l'usine. Celle-ci a été maintenue en exploitation au détriment de la sécurité du personnel, illustre le documentaire, jusqu'à la prise du site par les milices du groupe Etat islamique (EI) en octobre 2014, date à laquelle les collaborateurs n’ont plus eu d’autre choix que de fuir le site.

Le groupe LafargeHolcim, issu de la fusion des cimentiers français et suisse du même nom, dit aujourd'hui collaborer avec la justice française. Six anciens cadres de Lafarge, dont l’ex-PDG Bruno Lafont et l’ex-directeur général de LafargeHolcim Eric Olsen ont été mis en examen pour "financement d'une entreprise terroriste" et "mise en danger de la vie d'autrui".

>> Relire: Deux dirigeants de LafargeHolcim mis en examen, dont son ex-PDG

Mystérieuses enquêtes préliminaires

En Suisse, où le groupe franco-helvétique dispose de son siège, aucune enquête pénale n’est ouverte par l'autorité de poursuite pénale fédérale. Pas même une enquête préliminaire, précise le Ministère public de la Confédération. LafargeHolcim indique pourtant dans son rapport annuel 2017 daté du 2 mars que "deux procédures préliminaires ont été ouvertes en Suisse et aux Etats-Unis". Le groupe refuse d'indiquer de quelles autorités auraient émané des demandes de renseignements.

LafargeHolcim explique également dans son rapport annuel qu'aucune provision ne lui semble nécessaire en lien avec les conséquences judiciaires possibles des activités de Lafarge en Syrie. L’entreprise franco-suisse réitère sa prise de position en répondant qu'elle "regrette et condamne avec la plus grande fermeté les erreurs inacceptables commises en Syrie" et souligne la mise en place d'une structure renforcée de contrôle interne.  

Pascal Jeannerat

Publié le 23 mars 2018 - Modifié le 23 mars 2018