Modifié le 02 mars 2018 à 20:37

Les imprimeries de journaux en Suisse, un secteur en souffrance

Des imprimeries font encore face aux changements technologiques
Des imprimeries font encore face aux changements technologiques 19h30 / 3 min. / le 02 mars 2018
Les rotatives tourneront-elles encore longtemps en Suisse romande? Le secteur de l'imprimerie de journaux va mal, à l'image de la presse, et connaît un phénomène de concentration. Certains acteurs continuent cependant de se battre.

Fin 2017, le groupe Saint-Paul annonçait une restructuration importante au sein de son imprimerie à Fribourg: la suppression d'une trentaine de postes sur les 93 que comptait encore l'imprimerie. Trois ans auparavant, le groupe avait déjà connu une réorganisation, alors que La Liberté, La Gruyère et Le Messager avaient rejoint les centres d'impression de Tamedia.

>> Lire:  Une trentaine d'emplois supprimés par le groupe fribourgeois Saint-Paul

"Les effectifs ont été drastiquement diminués et nous sommes aujourd'hui soumis à une exigence de rentabilité", raconte au 19h30 de la RTS Frédéric Gendre, correcteur à l'imprimerie Saint-Paul depuis 17 ans. "Cela n'a rien à voir avec la situation que j'ai connue à mes débuts."

Que ce soit Saint-Paul à Fribourg, ou Ringier qui a annoncé la fermeture de son centre d'impression d'Adligenswil (LU) pour la fin 2018, les exemples des difficultés que connaît la branche ne manquent pas. En 20 ans, la moitié des imprimeries ont fermé leurs portes, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS).

D'après ces mêmes chiffres, près de deux tiers des emplois de la branche ont disparu en deux décennies.

Tamedia domine le marché

Parmi les causes de ce phénomène figure la crise que traverse la presse: réduction du nombre de pages des journaux, arrivée du numérique et recul des tirages. Par exemple, pour 2006-2007, Le Matin annonçait un tirage de 70'000 exemplaires, selon l'institut Recherches et études des médias publicitaires (REMP). Dix ans plus tard, le quotidien était tiré à 37'000 exemplaires. Autre difficulté: les centres d'impression nécessitent de gros investissements qu'il faut rentabiliser.

Cette situation a permis l'émergence d'un acteur dominant sur le marché suisse: Tamedia et ses trois centres d'impression de Berne, Lausanne et Zurich. Le reste du secteur se répartit entre Ringier à Lucerne jusqu'à la fin de l'année, ainsi qu'à Aarau, Sion, Genève et au Tessin.

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Et Tamedia ne compte pas s'arrêter là. Dès 2019, les titres de Ringier seront imprimés dans les centres de son concurrent. "Nous sommes ouverts à collaborer avec des partenaires, comme par exemple en Suisse alémanique avec Ringier", confirme Christoph Zimmer, porte-parole de Tamedia. "A l'avenir, nous allons imprimer la NZZ, Le Temps et le Blick. Et cela va continuer ainsi..."

Un nouveau centre d'impression à Monthey

Face à ce quasi-monopole, certains acteurs résistent. A l'image d'ESH Médias, qui publie notamment Arcinfo, Le Nouvelliste et La Côte. Le groupe a investi 20 millions de francs dans un nouveau centre d'impression à Monthey. Il compte y regrouper tous ses titres, actuellement imprimés dans le centre de Sion, qui va fermer, ou chez Tamedia à Lausanne. Avec pour objectif de continuer d'imprimer en Suisse romande et conserver les emplois existants.

"Nous ne savons pas quels seront les plans de Tamedia", explique Stéphane Estival, directeur général d'ESH Médias. "Que ferions-nous si Tamedia décidait de fermer son centre en Suisse romande? Si nous n'avions pas construit à Monthey, nous serions devenus des clients d'imprimeur à 100%, sans aucune maîtrise sur notre politique industrielle."

Mais rien n'est gagné pour le groupe de presse régional. Pour que le centre d'impression de Monthey soit rentable, il devra proposer des prix attractifs et attirer d'autres titres pour faire tourner les rotatives à plein régime.

Reportage: Delphine Gianora

Adaptation web: Tamara Muncanovic

Publié le 02 mars 2018 à 20:29 - Modifié le 02 mars 2018 à 20:37