Modifié le 16 janvier 2017 à 21:52

Du pouvoir à la parole, les ex-chefs d'Etat s'offrent de juteuses retraites

Dossier: les ex-Chefs d'Etat font fortune
Dossier: les ex-Chefs d'Etat font fortune TTC / 11 min. / le 16 janvier 2017
La mode des conférences données par des ex-présidents vient des Etats-Unis. Depuis quelques années, cette pratique s'impose aussi en Europe, où l'on s'arrache les ex-leaders à peine sonnée l'heure de leur retraite.

2016, annus horribilis pour les hommes d'Etat: éclipse totale pour Matteo Renzi et David Cameron, adieux de Nicolas Sarkozy ou retraite anticipée pour François Hollande.

Mais perdre le pouvoir, c'est aussi l'occasion de travailler moins pour gagner plus. Les anciens dirigeants politiques s'arrachent à prix d'or dès qu'ils ont quitté leur poste. Peu importe le thème, pourvu qu'on puisse en attirer un derrière le micro.

Pour comprendre comment ce business fonctionne, l'émission de la RTS T.T.C. s'est envolée pour Londres, à la rencontre du fondateur du London Speaker Bureau, la première agence mondiale de conférenciers. Elle a plusieurs centaines de noms à proposer dans son catalogue, à commencer par des politiciens, et organise 2500 événements par an.

Pour leurs conférences, les grandes banques exigent toujours un ex-leader des grandes économies, simplement pour impressionner leurs clients.

Tom Kenyon-Slaney, fondateur du London Speaker Bureau.

"Nos clients sont des gouvernements et des sociétés qui tiennent des réunions ou des assemblées. Ils sont très précis sur ce qu'ils veulent", explique Tom Kenyon-Slaney, fondateur du London Speaker Bureau. Selon lui, les organisateurs ne se contentent pas du premier politicien venu. "Les grandes banques exigent toujours un ex-leader des grandes économies, simplement pour impressionner leurs clients", relate le directeur.

Un montant à six chiffres pour les ex-présidents

Selon Tom Kenyon-Slaney, les ministres des Finances sont les plus demandés, puis viennent ceux des Affaires étrangères.

Il n'existe pas de grille tarifaire à proprement parler, tout semble se négocier. Mais le fondateur du London Speaker Bureau avance tout de même un montant à six chiffres pour un ex-président ou ex-Premier ministre des grandes économies, soit des honoraires entre 100'000 et 250'000 dollars (101'000 et 252'000 francs suisses). L'agence, elle, perçoit 15 à 20% de ces montants.

Pour se faire une idée des revenus de chacun, l'entrepreneur a accepté d'estimer les honoraires que plusieurs personnalités pourraient attendre d'une conférence organisée par une banque:

L'ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi pourrait ainsi prétendre à environ 40'000 euros par conférence. Ce serait à peine plus pour le président français sortant François Hollande, avec 50'000 euros, mais bien en-dessous du tarif facturé par son prédécesseur Nicolas Sarkozy en 2012 (300'000 euros).

L'ancien président français s'approche ainsi des tarifs anglo-saxons. A l'image du président américain Barack Obama, qui pourrait exiger une rémunération d'environ 500'000 dollars par conférence aux Etats-Unis, et près du double pour une conférence internationale, estime Tom Kenyon-Slaney.

C'est à peu près la rétribution attribuée à l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, mais tout de même au-dessus des Premiers ministres britanniques Tony Blair et David Cameron, qui pourraient facturer leurs interventions jusqu'à un maximum de 500'000 euros.

Contre-productifs

A la longue, l'appât du gain peut toutefois devenir contre-productif. Les innombrables conférences payantes d'Hillary Clinton – qui lui ont rapporté au total près de 22 millions de dollars – ont terni sa réputation et lui ont peut-être aussi coûté la présidence.

Un autre ex-leader, l'ancien chef du gouvernement britannique Tony Blair, a lui aussi amassé une petite fortune. Depuis qu'il a quitté le 10 Downing Street en juin 2007, il aurait empoché jusqu'à 100 millions d'euros d'honoraires en conseil et conférences. Même son ancien compagnon de route Denis Mc Shane, ex-ministre britannique des Affaires européennes, pense que cela a contribué à ternir sa réputation.

En Suisse, les prétentions financières de nos anciens dirigeants ne se mesurent pas à la même aune. Tom Kenyon-Slaney, du London Speaker Bureau, estime le tarif d'un speech donné par l'actuel conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, à "seulement" 10'000 euros.

Serge Enderlin/fme

>> Sujet développé dans l'émission TTC, diffusée lundi 16 janvier.

Publié le 16 janvier 2017 à 19:50 - Modifié le 16 janvier 2017 à 21:52