Modifié le 22 mars 2016 à 11:10

"Des baisses des rentes de pension risquent de devenir la normalité"

L'invité de la rédaction - Olivier Ferrari
L'invité de la rédaction - Olivier Ferrari L'invité de la rédaction / 13 min. / le 22 mars 2016
Suppression du taux plancher, taux d'intérêts négatifs et augmentation de l'espérance de vie. Face à ce tournant, le 2e pilier devra s'adapter, en augmentant les cotisations et en baissant les rentes, estime Olivier Ferrari.

Pour le spécialiste des caisses de pension, invité du Journal du Matin sur la Première, le fait qu'entre 2010 et 2014, les plus de 65 ans ont gagné presque 11 mois d'espérance de vie (de 18,9 à 19,7 ans) aura une influence sur les rentes.

"Pour quelqu'un qui a une rente de 1000 francs par mois aujourd'hui, on doit payer environ 12'000 francs de plus pendant une année sur 18 ans de pré-financement. Cela représente 55 francs de réduction de la rente actuelle", explique Olivier Ferrari, directeur de CONINCO Explorers in finance SA, une société financière spécialisée dans le conseil aux investisseurs institutionnels.

Adapter les cotisations

C'est dans l'économie que l'on trouvera cet argent, dit l'analyste. Même si, reconnaît-il, l'économie ne génère plus une création de richesse telle qu'il y a 30 ans, lorsque les caisses de pension avaient une marge de sécurité. Cette marge ne cesse aujourd'hui de se réduire.

Farouchement opposé à la fusion des 1er et 2e pilier (voir encadré), aussi bien qu'à la réduction du nombre de caisses en Suisse, Olivier Ferrari considère inévitable d'adapter les cotisations pour les prestations promises. "Certaines institutions de prévoyance ont donné des rendements excédentaires dans de très belles années. Aujourd'hui, on en voit le retour."

Pour ces dernières, les rentes devraient bel et bien diminuer, suppose l'analyste; une baisse qui risque de "rentrer dans une normalité". "Le deuxième pilier n'est pas un enrichissement que l'on doit avoir. Il sert à garantir un revenu de substitution", rappelle le spécialiste.

"Le contribuable devra payer"

Quant aux caisses de pension en difficulté, telle que celle de l'Etat de Genève, qui a perdu 75 millions de francs en 2015, Olivier Ferrari estime qu'elles se sont retrouvées dans cette situation parce que l'Etat ne payait pas sa cotisation, ayant légalement le droit de ne pas le faire à ce moment-là.

>> Lire: De nouveaux milliards à trouver pour la caisse de pension de Genève

"Aujourd'hui, pour remettre à niveau la caisse genevoise, il faut injecter directement une contribution que l'Etat a économisé pendant des années. On fait donc payer aux générations actuelles son action du passé."

fme

Publié le 22 mars 2016 à 10:01 - Modifié le 22 mars 2016 à 11:10

Non à la fusion des piliers

Le spécialiste des caisses de pension Olivier Ferrari s'est farouchement opposé à l'idée d'une fusion des deux piliers dans le Journal du matin.

"Le premier pilier est financé à 15% par la Confédération, donc par nos impôts. Le 2e pilier, lui, est un capital. Quoi qu'il advienne, le capital, je l'ai, même si l'on doit réduire ma rente AVS à un moment donné."

Alors que la Confédération et les cantons dépensent près de 5 milliards de francs par an pour les prestations complémentaires, la question d'un système unique serait-elle plus égalitaire? "Je suis contre ce qui ramène tout à l'Etat. Aujourd'hui, si nous croyons encore au capitalisme, alors nous devons croire au régime de retraites par capitalisation", répond Olivier Ferrari.