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L'initiative contre la spéculation alimentaire inquiète les négociants

La spéculation alimentaire [RTS]
La spéculation alimentaire / T.T.C. (Toutes taxes comprises) / 10 min. / le 15 février 2016
La branche du négoce dans l'agroalimentaire, dont de nombreux acteurs sont installés sur l'Arc lémanique, craint un "oui" à l'initiative "contre la spéculation alimentaire" le 28 février, relate TTC.

"Ce n’est pas dit que toutes les maisons de négoce puissent rester en Suisse si elles ne peuvent pas arbitrer leurs positions comme elles le voudraient. La réglementation qui devrait être mise en place si cette initiative passait, c’est Kafka", s'inquiète Ramon Esteve, directeur général d'Ecom Agrindustrial, à Pully (VD).

Le groupe, représenté dans 45 pays et qui compte 8000 salariés, est l'un des trois plus importants négociants de café du monde. Comme lui, plusieurs centaines d'acteurs de la branche du trading sont présents sur l'Arc lémanique et se sentent sous pression à l'approche de la votation du 28 février. Mais de quelle réglementation s'agit-il exactement?

Des intermédiaires orientés vers le profit

"On veut par cette initiative empêcher les effets spéculatifs sur le marché des produits alimentaires. C'est-à-dire les personnes qui achètent des produits dérivés mais qui n’ont plus de rapport avec la production agricole ou la transformation de ceux-ci", explique l'un des promoteurs de l'initiative, le socialiste neuchâtelois Jacques-André Maire.

Il y a un marché naturel qui fait qu’un producteur vend sa production à un intermédiaire, qui la revend ensuite à un transformateur. (...) Nous avons maintenant des intermédiaires qui veulent eux faire du profit avec ces marchés.

Jacques-André Maire (PS/NE)

"Il ne faut pas oublier qu'il y a un marché naturel qui fait qu'un producteur vend sa production à un intermédiaire qui la revend ensuite à un transformateur. Par contre depuis une dizaine d’années environ, nous avons maintenant des intermédiaires qui veulent eux faire du profit avec ces marchés", précise-t-il.

>> Le résumé de l'argumentaire: La spéculation sur les denrées alimentaires soumise aux Suisses

"Perte de compétitivité"

En Suisse, le négoce de matières premières représente 3,9% du PIB et plus de 20 milliards de création de valeur dans le pays, soit 35'000 emplois, directs et indirects, a détaillé à TTC le secrétaire général de la Swiss Trading & Shipping Association, Stéphane Graber. Pour lui, l'initiative des jeunes socialistes est un danger. "La Suisse étant le seul pays qui aurait ce type de réglementation, cela poserait un très gros problème de compétitivité pour la place suisse et donc des risques sur les emplois et les revenus", estime-t-il.

La Suisse étant le seul pays qui aurait ce type de réglementation, cela poserait un très gros problème de compétitivité pour la place suisse et donc des risques sur les emplois et les revenus

Stéphane Graber, secrétaire général de la Swiss Trading & Shipping Association

Spéculation d'importance mineure

Et qu'en pensent les quatre géants mondiaux du trading alimentaire, qui se trouvent tous au bord du lac Léman et contrôlent 90% du commerce mondial des céréales?

On se demande pourquoi ce secteur devrait être handicapé par rapport à la concurrence étrangère en lui imposant des règles qui ne s'appliqueraient qu’aux sociétés suisses

Dominique Le Doeuil, vice-président finance chez Cargill

On se demande pourquoi ce secteur devrait être handicapé par rapport à la concurrence étrangère en lui imposant des règles qui ne s'appliqueraient qu’aux sociétés suisses

Dominique Le Doeuil, vice-président finance chez Cargill

Chez Cargill, numéro un mondial du commerce de blé, maïs et soja dont le siège européen est à Genève, et le seul groupe qui a accepté de s'exprimer auprès de TTC, on estime que la spéculation financière que vise l'initiative du 28 février ne joue qu'un rôle mineur. En effet, le prix des marchandises est fondé sur des concepts macro-économiques comme les conditions météo, ou encore sur les embargos des Etats, précise un administrateur. Reste que la réalité du droit d'initiative helvétique surprend les responsables du géant américain, habitués à évoluer hors-sol.

"On se demande pourquoi ce secteur devrait être handicapé par rapport à la concurrence étrangère en lui imposant des règles qui ne s'appliqueraient qu'aux sociétés suisses (...) Et tout ça dans un contexte où, de toute façon, les marchés internationaux sont déjà extrêmement régulés. Ce serait un mauvais signal qui serait donné pour la Confédération (...)", estime Dominique Le Doeuil, vice-président finance chez Cargill.

Serge Enderlin/jvia

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