Modifié le 15 février 2016 à 19:04

"Les mécènes ne sont plus des grand-mères gâteau, mais des entrepreneurs"

Pascal Broulis et Tibère Adler
Philanthropie en Suisse: débat entre Pascal Broulis, conseiller d'Etat vaudois, et Tibère Adler (Avenir Suisse) Forum / 10 min. / le 15 février 2016
Les mécènes sont toujours plus nombreux et toujours plus généreux en Suisse. L'activité reste très opaque, mais évolue vers une vision plus entrepreneuriale, estime le sociologue Alexandre Lambelet.

La Suisse manque de statistiques officielles qui permettraient de dire combien elle compte de mécènes, ces riches contribuables qui font acte de générosité au profit d'un musée, d'une université ou d'un hôpital. Selon les observateurs contactés par la RTS, ils sont toujours plus nombreux et les sommes qu'ils engagent toujours plus importantes, mais le secteur reste peu transparent.

"On dit que les avoirs des fondations s'élèvent entre 30 et 80 milliards, mais il y a énormément de petites fondations, qui possèdent moins d'un milliard. On ne sait pas combien elles donnent régulièrement, mais on peut calculer un rendement de 3%", estimait le sociologue Alexandre Lambelet, professeur à la Haute école de travail social à Lausanne, lundi dans le Journal du Matin.

Formation et innovation

Des chiffres de Swissfoundations, qui regroupe environ 130 fondations donatrices, montrent toutefois que l'intérêt des philantropes est toujours plus grand pour le secteur formation, recherche et innovation. Celui-ci représentait 31% des dons en 2011, et presque 40% deux ans plus tard.

"C'est souvent un développement technologique qui a mené à la réussite" du mécène, estime Claudia Genier, directrice adjointe de SwissFoundations. "C'est un souhait de la part des fondations et des individuels de maintenir la compétitivité de la Suisse et d'assurer la relève scientifique", souligne-t-elle.

"Modèle américain"

En effet, le profil et les attentes des philanthropes évoluent: ceux-ci voient désormais le mécénat comme le prolongement de leur activité entrepreneuriale, souligne Alexandre Lambelet. Ils hésitent aussi moins à s'afficher publiquement, sur le modèle américain, où les mécènes ont une grande visibilité et assument pleinement leur volonté de peser dans les politiques sociales, à l'image par exemple du patron de Facebook Mark Zuckerberg.

Ce sont des partenariats qui s'instaurent et pas seulement de la charité.

Alexandre Lambelet, sociologue, professeur à la Haute école de travail social à Lausanne

"On a longtemps pensé que les philantropes étaient des grand-mères gâteau, qui donnaient simplement. On voit aujourd'hui qu'ils sont davantage des entrepreneurs, qui sont plus exigeants sur ce que l'on fait de leur don. Cela change un peu le rapport de force, dans le sens où ce sont des partenariats qui s'instaurent et pas seulement de la charité", explique le sociologue.

>> Le sujet du Journal du Matin sur l'évolution du mécénat avec l'exemple de Hansjorg Wyss:

Hansjörg Wyss s'impose comme l'Anti Blocher.
Peter Schneider - Keystone
Le Journal du matin - Publié le 15 février 2016

jvia

Publié le 15 février 2016 à 09:42 - Modifié le 15 février 2016 à 19:04

La Suisse "décomplexée" face au mécénat?

Plusieurs signaux ont récemment souligné la plus grande visibilité donnée au mécénat en Suisse. Le conseiller d'Etat vaudois Pascal Broulis a par exemple surpris en expliquant en toute franchise comment il s'y prenait pour démarcher des mécènes.

A Genève, les dernières journées du patrimoine avaient pour but de rendre hommage aux philantropes qui ont façonné la ville. La tradition de discrétion au sujet du mécénat a également été rompue avec l'annonce des 100 millions de francs offerts par le milliardaire Hansjorg Wyss, basé aux Etats-Unis, pour la création du campus biotech genevois.

Quant au think tank Avenir Suisse, il a remis l'an passé un rapport qui plaide pour ouvrir davantage les activités de l'Etat à un engagement philantropique privé, comme cela se fait aux Etats-Unis.