Modifié le 05 janvier 2016 à 14:16

Marc Chesney: "il aurait fallu diminuer les tailles des banques systémiques"

Marc Chesney.
Marc Chesney, professeur de finance à l'Université de Zurich L'Invité de la rédaction / 21 min. / le 30 décembre 2015
Pour le Professeur de finance Marc Chesney, on n'a pas suffisamment tiré les enseignements de la crise de 2008, notamment en maintenant un système financier trop opaque et instable.

Invité du Journal du Matin sur La Première, l'auteur de "De la grande Guerre à la crise permanente" est plutôt pessimiste sur la situation économique.

"Nous avons environ 60 millions de chômeurs de plus qu'avant la crise au niveau mondial. Et le système demeure extrêmement fragile, car il est basé sur la dette. Il faut de plus en plus de dettes pour espérer générer un peu de croissance et cette dernière serait utile pour espérer rembourser une partie des dettes.  Au bout du compte, la dette explose au niveau mondial et la croissance est atone".

Crise de 1929 mieux gérée

La crise des années 30 a été mieux gérée, selon le Professeur, grâce au Glass-Steagall Act (nom sous lequel est connu le Banking Act de 1933), qui a permis une séparation entre les banques de dépôt et les banques d'affaires. "Cela a fonctionné pendant environ 70 ans. Donc ce n’est pas utopique. A Bruxelles et à Francfort, on parle beaucoup d'aller dans cette direction, mais rien de convaincant ne pointe à l'horizon."

Marc Chesney fait le même constat de la taxe sur les transactions financières, dont on "n'attend plus grand-chose", ou des capitaux propres des banques, qui sont "bien trop faibles".

La Finance au service de l'économie

L'objectif de nombreux gouvernements est de satisfaire les marchés financiers, déplore le Professeur de finance. "Il faut remettre les choses en place et bien comprendre que la finance doit servir l'économie et la société. Or actuellement, nous vivons le contraire. C'est l'économie qui sert la finance."

Par ailleurs, les montants énormes injectés par les banques centrales n'atteignent pas leur objectif, qui était de voir ces montants investis dans l'économie. Au lieu de cela, explique Marc Chesney, "ces montants sont restés dans le secteur financier. C'est pour cela que la croissance est atone et que l'économie souffre".

L'aristocratie financière

Autre problème constaté par le Professeur de l'UZH, celui des politiques trop souvent sous influence des lobbies financiers : "Les gouvernements occidentaux, qu'ils soient conservateurs, libéraux ou socialistes, appliquent le plus souvent une seule et même politique, celle qui répond aux intérêts des marchés financiers et de cette aristocratie financière".

Des propos illustrés par le principe du "Too big to fail". "Après les sauvetages d'urgence, il aurait fallu diminuer les tailles des banques systémiques", estime Marc Chesney. Avec une taille raisonnable, la banque qui prendra de mauvaises décisions d'investissement tombera en faillite, comme toutes les autres sociétés.

"Ce sont les règles du jeu. Pourquoi un certain nombre de banques peuvent-elles s'abstraire de ces règles et ne jamais tomber en faillite?", s'indigne le Professeur, qui craint que ce système n'incite des banques à prendre toujours plus de risques au frais de la société.

fme

Publié le 30 décembre 2015 à 10:57 - Modifié le 05 janvier 2016 à 14:16

Des règles financières trop complexes

Pour le Professeur de finance Marc Chesney, la finance est devenue bien trop complexe et ce serait "souvent fait exprès". Cette complexité permettrait davantage de profit, car les marges sont plus élevées lors que les produits financiers sont complexes.

Ce serait aussi un facteur de pouvoir. "Une certaine élite, qui prétend comprendre cette complexité, pourrait accéder au pouvoir par ce biais."

Par ailleurs, la régulation financière n'est pas en reste: Bâle I fait une trentaine de pages, Bâle II, 300 pages et Bâle III, 600 pages. "C'est inapplicable, comment voulez-vous appliquer 600 pages de régulation? Il faut des régulations simples, claires, que tout le monde comprend."