Détritus et seringues usagées jonchaient le sol aux abords de l'ancienne voie ferrée.

Le 20e anniversaire de la fermeture du Letten

Publié le 13 février 2015 - Modifié le 13 février 2015

Il y a 20 ans, la scène ouverte de la drogue fermait à Zurich

Le 14 février 1995, les autorités zurichoises démantelaient le Letten. La scène ouverte de la drogue était devenue une indignité aux yeux des Suisses et du monde, concentrant précarité, criminalité et drames sanitaires.

Ce traumatisme a donné l'impulsion pour faire évoluer de manière pragmatique la politique de la drogue, jusqu'à ancrer dans la loi les "quatre piliers": prévention, thérapie, réduction des risques et répression.

Pauline Turuban

  • Le Letten, c'était quoi?

    Comment Zurich est devenue la capitale européenne de la drogue dans les années 1990

    En 1982, le centre autonome provisoire de Zurich ferme ses portes. De nombreux toxicomanes qui y avaient trouvé refuge se retrouvent à la rue et finissent par investir le parc du Platzspitz, tout proche de la gare. A l'époque, les autorités tolèrent; rassembler les toxicodépendants au même endroit semble être un moyen de mieux les encadrer.

    En 1992, le Platzspitz est fermé et la scène ouverte de la drogue se déplace vers la gare désaffectée du Letten. Jusqu'à 3000 toxicomanes, issus d'autres cantons voire de l'étranger, convergent vers la gare désaffectée pour se procurer et consommer de la drogue, en particulier de l'héroïne, au vu et au su de tous.

    Overdoses et criminalité sont monnaie courante

    Overdoses, violences entre dealers, criminalité et crasse y sont le lot quotidien. Le partage de seringues usagées entraîne la multiplication des contaminations au VIH. Les scènes de misère choquent le monde entier, le laisser-faire suisse est unanimement dénoncé. Pour Ruth Dreifuss, qui est alors la cheffe du Département fédéral de l'Intérieur, "la dignité humaine est foulée au pied".

    A bout, les riverains descendent dans la rue pour réclamer des solutions. Le Letten est finalement fermé le 14 février 1995, le site nettoyé, les rails sont démontés. On considère aujourd'hui que le choc a donné à la Suisse l'impulsion pour faire évoluer sa législation, jusqu'à devenir un pays souvent présenté comme avant-gardiste.

    Comme si c’était hier
    Mise au Point - Publié le 09 février 2015

  • Qui était concerné?

    Le profil des toxicomanes

    Selon les chiffres de Zipp-Aids (un projet pilote zurichois de lutte contre le sida), repris par le Tages-Anzeiger, 72% des toxicomanes du Platzspitz étaient des hommes. La majorité d'entre eux était en situation de grande précarité:

  • Les images du Letten

    Plongée en images dans le plus grand marché de drogues à ciel ouvert

  • Le Letten dans les archives de la RTS

    (Re)voir les sujets de Tell Quel et de Temps Présent

    "Drogue à ciel ouvert", le reportage de Tell Quel en mars 1994:

    Scène ouverte de la drogue dans le Kreis 5 de Zurich.
    Tell Quel - Publié le 14 février 2015

    "Letten: un an après", le sujet réalisé par Temps Présent en février 1996:

    Letten: Un an après
    Temps Présent - Publié le 29 février 1996

  • La chronologie interactive

    Les principales étapes de la politique de la drogue en Suisse

    La question de la drogue a vraiment été mise à l'agenda politique suisse pendant les années 1970.

    Du "tout répressif" à la politique dite des "quatre piliers", en passant par les distributions médicales d'héroïne, la position helvétique a beaucoup évolué.

  • Où en est-on aujourd'hui?

    Le point sur la toxicomanie en Suisse, 20 ans après la fermeture du Letten

    A défaut de statistiques précises, on ne peut qu'estimer le nombre de consommateurs réguliers de drogues en Suisse. Il y aurait entre 20'000 et 30'000 consommateurs réguliers d'héroïne, selon Addiction Suisse. Les consommateurs réguliers de cocaïne seraient environ 30'000, et le nombre de consommateurs occasionnels est en constante augmentation.

    Les décès liés à la drogue ont considérablement baissé depuis 1995:

    Les priorités ont changé

    Selon Jean-Félix Savary, secrétaire général du groupement romand d'études des addictions (GREA), la politique des 4 piliers reste "le cadre de référence en Suisse et un exemple au niveau mondial". Elle peine toutefois à s'imposer en Suisse romande. Par exemple, la quasi-totalité des salles d'injection se trouve outre-Sarine (voir carte ci-dessous).

    Le secrétaire général du GREA souligne que les problèmes liés à la drogue tendent à changer: selon lui, les priorités se portent désormais sur la précarisation des consommateurs, les nouvelles drogues de synthèse et le deal de rue.

    Le Letten, la scène ouverte de la drogue à Zurich fermée il y a vingt ans.
    Le Journal du matin - Publié le 12 février 2015

  • La méthode suisse comparée aux autres pays

    Salles de shoot, prescription d'héroïne: des programmes controversés qui semblent faire leurs preuves

    En ce qui concerne les salles d'injection, la Suisse est le précurseur. La première salle de shoot européenne a été ouverte à Bienne en 1986. Il y en a désormais en Espagne, en Allemagne, en Norvège, au Danemark... C'est aux Pays-Bas qu'elles sont le plus nombreuses.

    Le modèle est loin de faire l'unanimité, et cristallise les antagonismes sur la réponse à apporter aux problèmes de drogue. En France par exemple, le projet d'ouverture d'une salle d'injection à Paris piétine depuis 2013. Les opposants sont nombreux, et craignent la banalisation ou l'augmentation de la consommation de drogue.

    Pourtant selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), "les bénéfices attribués aux salles de consommation dépassent les craintes initialement évoquées".

    Les salles d'injection dans le monde:

    Prescrire de l'héroïne pour réduire les risques

    La Suisse a aussi été le premier pays au monde à intégrer la prescription médicale d'héroïne à son arsenal de traitement. Très critiquée à ses débuts, cette méthode est aujourd'hui mieux acceptée, en particulier dans les régions très exposées aux problèmes de drogue. Une vingtaine de centres sont habilités à la pratiquer.

    Dans une optique de réduction des risques, elle est aujourd'hui autorisée et pratiquée dans quelques pays: Canada, Royaume-Uni, Allemagne, Pays Bas, Espagne. Selon un rapport de l'OFSP, "des études publiées aux Pays-Bas, en Allemagne, en Espagne et en Grande-Bretagne confirment les résultats positifs enregistrés en Suisse".