Modifié

Comment UBS a évolué, cinq ans après son sauvetage

Il y a cinq ans, la Confédération élaborait le plan de sauvetage d'UBS [RTS]
Il y a cinq ans, la Confédération élaborait le plan de sauvetage d'UBS / 19h30 / 2 min. / le 16 octobre 2013
Le 16 octobre 2008, la Confédération sauvait UBS en pleine crise des subprimes. Qu'est-ce qui a changé cinq ans après? L'état des lieux avec Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe de Bilan.

RTSinfo: En quoi UBS a-t-elle modifié ses pratiques?

Myret Zaki: Dès 2008, UBS a très fortement réduit ses actifs risqués. Aujourd'hui, la banque d'affaires ne fait plus de spéculation en nom propre, et prend donc beaucoup moins de risques. Cela a pour conséquence une forte réduction de ses bénéfices - la banque d'affaires rapportait l'essentiel des bénéfices avec des bonus extravagants à la clé - et du personnel, surtout à Londres et New York.

RTSinfo: Qu'est-ce qui a changé dans la législation suisse?

Myret Zaki: Il y a eu énormément d'évolutions avec la loi "too big to fail" et le règlement de "Bâle III". Ce dernier oblige surtout les banques comme UBS à avoir beaucoup plus de fonds propres qu'auparavant. Ces liquidités doivent couvrir les risques que prend la banque. UBS a ainsi plus de contraintes que ses rivales à Londres et aux Etats-Unis, qui ne l'appliquent pas encore.

RTSinfo: Malgré les critiques sur son surdimensionnement, UBS n'a jamais séparé ses différentes activités.

Myret Zaki: UBS n’a pas séparé ses activités mais elle a arrêté, officiellement, le trading pour fonds propres. Aux Etats-Unis, la loi n’est pas encore entrée en vigueur, donc il est possible qu'elle fasse de la spéculation depuis Londres par des moyens détournés. On n’est pas à l’abri d'un nouveau scandale. Mais son bilan a été divisé par deux, donc elle investit moins. Tout se passe comme s’il y avait eu un arrangement entre Goldman Sachs et UBS, le premier s'accaparant le trading spéculatif et la seconde la gestion de fortunes.

RTSinfo: Sur quelles activités se concentre maintenant UBS?

Myret Zaki: Il y a eu un changement énorme dans l’activité de la banque. UBS s'est recentrée sur la gestion de fortune pour ses clients privés et les entreprises. Depuis 2006, UBS a perdu près de 1000 milliards de masse sous gestion. Elle pourrait toutefois atteindre son niveau d'avant-crise d'ici cinq ans, surtout grâce à l'Asie, où le dégât en image a été moindre pour UBS.

RTSinfo: Qu'en est-il de son activité aux Etats-Unis, où elle gère encore une importante masse d'actifs?

Myret Zaki: UBS s’expose en cas de crash aux Etats-Unis. De plus, c'est n’est pas un marché intéressant. Il est coûteux et risqué juridiquement. Si UBS et Credit Suisse ne font pas profil bas, ils risquent de se retrouver dans le collimateur de la justice américaine. Entre la crise des subprimes et les amendes, UBS n’a rien gagné aux Etats-Unis.

RTSinfo: UBS peut-elle quitter le marché américain?

Myret Zaki: Aucune banque n'ose quitter ce marché. Malgré les risques, elles ne veulent pas se couper de la gestion des grandes fortunes américaines, et de la proximité avec Wall Street et les gros institutionnels qui achètent les titres UBS. En outre, le contexte a peu changé et les taux d'intérêt américains sont si bas que les banques sont incitées à spéculer, que ce soit de manière détournée pour leur propre compte ou pour leurs clients. C’est une logique incorrigible chez eux, tant que les conditions ne changent pas à New York et à Londres.

Propos recueillis par Valentin Tombez

Publié Modifié

Rappel du sauvetage d'UBS

Dès la fin de 2007 déjà, UBS connaît une situation extrêmement difficile alors que son bilan se voit rongé par la crise des crédits hypothécaires à risques aux Etats-Unis.

Peu après la faillite de Lehman Brothers, en pleine crise financière mondiale, la Confédération dévoile son plan de sauvetage du numéro un helvétique bancaire.

Le conseil fédéral décide d'injecter 6 milliards de francs à UBS et la BNS reprend 39,1 milliards de dollars (à l’époque 45,9 milliards de francs) d'actifs illiquides dans un fonds de stabilisation.

En 2009, la Confédération cède sa participation avec, à la clé, un bénéfice de 1,2 milliard de francs.